Le textile-habillement tunisien est en train de perdre des parts de marché importantes. Certes, le secteur continue de résister et de se maintenir « debout », mais il est loin du niveau de compétitivité souhaité.
Cela s’explique par un manque d’innovation, d’agilité et de réactivité, sans parler d’une certaine mentalité de contentement et de suffisance.
La Presse — À chaque fois qu’on parle des industries manufacturières, leur comportement et leurs difficultés à assurer l’envol souhaité et à garantir un bon positionnement à l’international, on pense, sans le vouloir, au textile-habillement.
Cela est d’autant plus vrai qu’au début des années 2000, ce secteur a été un levier majeur de l’économie tunisienne avec une part d’environ 40 % des emplois des industries et contribuait à hauteur de 50 % des exportations.
De belles performances qui ont permis à ce secteur stratégique de prétendre, malgré la concurrence des pays asiatiques et leur passage de sous-traitance à la co-traitance, à une position internationale de choix, notamment en fast-fashion.
Une baisse de régime inquiétante
Toutefois, à partir de 2010, le textile-habillement tunisien a commencé à connaître, malgré les interventions des décideurs et les multiples et importantes mesures retenues, une baisse de régime inquiétante.
Un ralentissement qui s’est vite traduit par des contre-performances, des pertes des parts de marchés, notamment européen, très conséquentes. Il suffit de rappeler, ici, que la Tunisie, qui a été le 4e fournisseur de l’Europe se retrouve aujourd’hui à la 9e place.
Les dernières statistiques relèvent que cette activité assure, aujourd’hui, environ 20 % des emplois industriels, alors que sa participation aux exportations se limite actuellement à environ 25 %.
Ce qui est encore plus inquiétant, c’est la dégradation de la valeur ajoutée de cette industrie, ce qui explique un domaine désormais fragile, de plus en plus distancé par la concurrence.
D’ailleurs, selon les dernières statistiques d’Eurostat, « même si la Tunisie figure encore parmi les 10 premiers fournisseurs non européens, le volume exporté et son influence commerciale montrent des signes de fragilisation ».
Et ce n’est pas tout, selon la même source, « la Tunisie enregistre à la fois la plus forte contraction en valeur absolue et la perte relative de parts de marchés la plus importante parmi ses voisins nord-africains ».
Les analystes reconnaissent, en effet, que le textile tunisien se retrouve désormais face à des défis structurels énormes, ce qui s’est traduit par un climat d’affaires complexe, des problèmes de financement profonds et un manque de certitude, surtout après la délocalisation de certains grands industriels, notamment le groupe « Benetton ».
Des défaillances malheureusement devenues chroniques qui nécessitent, selon tous les experts, une réinvention complète du secteur et une orientation résolue vers des créneaux à la fois réactifs et durables.
De nouvelles compétences
Toutefois, pour bien conduire cette réinvention, il est nécessaire, avant tout, de procéder à une purge globale au niveau de l’administration textile et ses structures d’appui notamment.
C’est-à-dire, « injecter » de nouvelles compétences engagées et motivées, comme le recommande à chaque fois le Président de la République.
Une nouvelle génération capable de servir et de performer. Et non pas à se partager les responsabilités et les privilèges.
Cela est d’autant plus urgent que, depuis une trentaine d’années, ce sont les mêmes personnes qui décident de la destinée du secteur.
C’est bien une étape irréversible pour espérer relever les enjeux aussi bien actuels que futurs de cette industrie phare.
En plus clair, l’on ressent, aujourd’hui, un besoin profond de transformer le secteur et de mieux l’outiller pour répondre aux nouvelles exigences du marché international et de faire face à une concurrence de plus en plus poussée.
En effet, compétitivité et productivité obligent, le secteur à besoin d’accélérer sa transition écologique, de maîtriser la digitalisation et de diversifier ses marchés pour espérer, soutiennent les experts, « réduire sa dépendance à la sous-traitance classique, désormais peu valorisante ».
Pour cela, il faut repenser l’investissement, le volume technologique du secteur et la qualité de sa production.
Autant donc de dispositions qui ne manqueraient pas de garantir à notre secteur l’optimisation de la production, l’agilité et la durabilité.
Une trilogie sur laquelle reposent les donneurs d’ordre internationaux.