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Accidents de la circulation : Peut-on circuler sur des routes sans chauffards ?

  • 28 février 17:30
  • 6 min de lecture
Accidents de la circulation : Peut-on circuler sur des routes sans chauffards ?

Depuis quelques jours, les accidents mortels se sont multipliés sur nos routes, transformant le bonheur vertueux et spirituel porté par le mois saint de Ramadan en véritable cauchemar macabre, dont les victimes ne sont autres que des familles qui étaient dans l’attente des leurs pour la rupture du jeûne.

Le dernier drame en date est survenu jeudi soir sur la X20 à Tunis entre un taxi collectif et une voiture particulière, emportant la vie d’un magistrat administratif qui, indépendamment de sa fonction, a fortement marqué son entourage, rappelant si besoin est que la vie de chacun est chère et chaque perte en vie humaine sur les routes, sans doute évitable, ne peut laisser que chagrin et désolation.

La Presse — Durant toute la nuit, les internautes se sont déchaînés sur les réseaux sociaux, en l’occurrence sur la page très suivie «IFM Info Trafic», pointant plusieurs irrégularités, dont notamment «le comportement dangereux et dans l’impunité totale des conducteurs de taxi collectif», «le manque de présence et d’intervention des agents de la circulation», mais aussi «la conduite à vive allure à quelques minutes de la rupture du jeûne» et le non-respect en général des lois et du Code de la route…

Certes, il n’y a pas lieu de généraliser, puisque même dans le corps de métier des «taxistes collectifs», il existe des conducteurs responsables et des chauffeurs sérieux, mais le fait que ces véhicules, réputés pour leur rapidité et surtout leur rôle social permettant de combler un déficit de transport en commun, soient impliqués dans de nombreux accidents, fautifs bien entendu, les rend en tête des accusés et premier responsables des catastrophes routières vécues au quotidien.

Il n’est pas à démontrer, non plus, que plusieurs d’entre eux se croiraient les maîtres de la route, se permettant de prendre des risques tantôt non calculés, tantôt non justifiés, lesquels risques se traduisent ensuite par des dégâts irréparables. De nombreux appels s’ensuivent pour les en dissuader et ne montrer aucun signe de clémence à leur égard, du moment où il y va de la sécurité et de la sûreté d’autrui.

Cela étant, pointer uniquement les chauffards de taxi collectif serait peu juste, du moment où le phénomène du danger routier mortel ne leur est pas exclusivement réservé. Sur nos routes, pas mal d’accidents impliquant des poids-lourds sont de vraies tragédies, du fait de la conduite en état de fatigue ou en ne prenant pas toutes les mesures de sécurité.

L’on se rappellera, au passage, le camion qui a «sauté», il y a tout juste une semaine, du pont de l’Avenue de la République pour terminer son parcours devant les locaux de La Poste, brisant la glissière en acier, mais fort heureusement sans faire de victimes. Le même jour deux autres camions ont provoqué des accidents dans les périphéries de la capitale provoquant des bouchons monstres.

Mais cela n’est pas tout ! Des jeunes conducteurs à bord de grosses cylindrées, non soucieux de leur responsabilité en prenant le volant, se permettent de rouler à grande vitesse sur les artères de la capitale se croyant dans un rallye, gênant la circulation et les autres usagers aux meilleurs des cas, tout en mettant en péril leur propre vie et celle des autres.

Il existe aussi d’autres conducteurs, sous un prétexte ou un autre, qui se permettent de violer le Code de la route, en roulant dans le sens inverse, sur la bas-côté de la voie opposée, rien que pour éviter un petit détour ou gagner quelques misérables minutes susceptibles de devenir fatales…

-Pourquoi est-ce ainsi ?

Au fait, le phénomène n’est ni nouveau ni propre à la Tunisie. Ce sont juste les proportions qui diffèrent, reflétant un état d’esprit général et un déficit de civisme chez certains, mais qui risque de devenir aussi contagieux que dangereux, nonobstant l’existence de bons usagers de la voie publique et l’intervention des autorités policières qui ne peut être déployée, sans aucun doute, à chaque coin de rue et à chaque virage !

Interrogez un chauffard ayant causé un accident « pourquoi vous-vous êtes comporté ainsi», il ne vous donnera aucune explication sur son «égoïsme» ou son «incivisme» ou encore sur sa perception du «vivre-ensemble» dans une société digne de respect.

Un frimeur évoquerait fièrement sa pseudo-performance d’avoir fait 10km en 5 minutes. Une personne mal organisée essayerait d’arriver à l’heure coûte que coûte, malgré les embouteillages en heure de pointe et malgré un état éventuellement mauvais de sa voiture. Et la liste est longue de comportements, témoins d’un état d’esprit quasi général en lien avec la voiture, la chaussée et les lois…

Mais les habitués des routes tunisiennes remarqueraient sans encombre le ralentissement de tous les véhicules à l’approche d’un radar fixe et les appels de phares des véhicules venant du sens opposé, «solidarité oblige», en cas de déploiement de radar mobile.

Autrement dit, pour certains, la loi n’est respectée qu’en présence de la police. L’on projette, d’ailleurs, de généraliser les caméras pour relever automatiquement les infractions relatives au port de la ceinture de sécurité et de l’utilisation du téléphone portable au volant, en soi responsables de nombreux accidents…

Au niveau de l’Observatoire national de la sécurité routière, on multiplie aussi les actions de sensibilisation, entre autres, auprès des jeunes, et notamment à l’occasion des vacances scolaires ou des occasions suscitant des déplacements massifs.

Mais la grande responsabilité appartient, à notre sens, à tous les usagers de la route qui doivent œuvrer à un retour aux fondamentaux, d’abord, en considérant la voiture comme un moyen de transport et non pas comme un moyen de défoulement ou de divertissement ou encore de vice, ensuite, en se mettant dans la tête que les règles de la bonne conduite avaient été établies non pas pour limiter la liberté des gens mais pour un usage sûr et confortable de la voie publique et, enfin, en faisant preuve de responsabilité en pensant aux autres comme on pense à soi-même.

A défaut, la mécanique continuerait de faucher des vies et de jouer à l’escadron de la mort.

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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