Si beaucoup saluent le fond et la forme de l’œuvre, certains observateurs en interrogent toutefois l’intention. Pour eux, l’œuvre participerait à la fabrication d’une héroïsation officielle égyptienne et contribuerait à polir l’image du pouvoir.
La Presse —Une trêve sans paix à Gaza où, malgré le cessez-le-feu, le génocide se poursuit, et des arrestations massives et autres tueries en Cisjordanie occupée, où les expansions des colonies et les violences de colons nourrissent la crainte d’une transformation irréversible du territoire.
C’est dans ce contexte que se dévoile aux publics arabes le feuilleton ramadanesque égyptien Ashab Al-Ardh (Les détenteurs de la terre) diffusé sur les chaînes Al Hayat et DMC et dont l’action se déroule sur fond du génocide à Gaza, entamé en octobre 2023.
Présentée comme une œuvre dramatique à dimension documentaire, le feuillon, écrit par Ammar Sabri et réalisée par Peter Mimi, ambitionne de dénoncer les violations de l’occupation «israélienne», de mettre en lumière la résilience du peuple palestinien et de souligner le rôle de l’Égypte dans le soutien à la cause palestinienne et dans l’échec des projets de déplacement forcé.
« La série s’inscrit dans un long parcours de soutien mené par l’Etat égyptien durant les deux dernières années en faveur de la cause palestinienne.
Cet engagement ne s’est pas limité au plan politique ou diplomatique de haut niveau : la puissance douce de l’art vient également consacrer et prolonger ces efforts, en appui au peuple palestinien, en révélant des faits à l’opinion publique et en abordant la douleur de Gaza ainsi que la souffrance des civils sous les bombardements », peut-on lire dans le média égyptien Al Yawm Al-Sabaa.
Des propos relayés par d’autres organes de presse du pays, d’où est issue cette production signée par la Société unifiée des services médiatiques (Al-Sharika Al-Mouttahida).
Si beaucoup saluent l’impact, le fond et la forme du feuilleton, certains observateurs en interrogent toutefois l’intention. Pour eux, l’œuvre participerait à la fabrication d’une héroïsation officielle égyptienne et contribuerait à polir l’image du pouvoir.
Selon ces critiques, la fiction serait mobilisée pour convaincre l’opinion que l’Etat se trouvait au cœur de la bataille en soutien à Gaza, alors que les réalités politiques et économiques offriraient un tableau plus contrasté.
Dans ce débat, plusieurs voix rappellent que le peuple égyptien, lui, n’a jamais abandonné la Palestine : médecins, bénévoles et simples citoyens ont soutenu les habitants de Gaza par conviction humaine, morale et historique.
Mais pour eux, l’héroïsme populaire ne saurait être confondu avec les choix politiques du régime.
Quant au récit, il suit Salma Chawqi, interprétée par une remarquable Menna Shalabi, médecin affectée au service des soins intensifs dans la bande de Gaza, engagée au sein d’un convoi humanitaire égyptien. Son chemin croise celui d’un Palestinien, incarné par Eyad Nassar, confronté à un conflit existentiel brutal, animé par l’instinct de survie et l’attachement à la vie au cœur de l’horreur.
Alors qu’il tente de sauver son neveu sous les bombardements, une relation humaine profonde se noue entre eux, révélant les multiples visages de la douleur et de l’espoir en temps de tragédie.
La bande originale de la série est signée par le musicien et compositeur franco-tunisien Amine Bouhafa, à l’origine de la musique du film «La voix de Hend Rajab» de Kaouther Ben Hania et de la série «El Hachahcine» de Peter Mimi et Karim Abdel Azizi. Cette nouvelle collaboration confirme le rôle de Bouhafa comme l’un des principaux créateurs de musique de scène pour les œuvres à caractère historique.
Considéré comme l’un des compositeurs les plus talentueux de sa génération, il s’est imposé sur la scène internationale grâce à ses créations pour le cinéma et la télévision. Il a notamment collaboré avec le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako pour Timbuktu, qui a remporté en 2015, entre autres distinctions, sept César, dont celui de la meilleure musique originale.
Il a également travaillé avec l’Égyptien Adel Abid sur les séries Bab Al Khalq, « Place on the Palace » et « Jebel Al Halal ». Sa collaboration avec Kaouther Ben Hania pour « La Belle et la Meute » lui a valu le prix de la meilleure création sonore à Cannes en 2017.
En 2023, il reçoit le prix de la meilleure musique aux Critics Awards pour « Sous les figues » de la Tunisienne Erige Sehiri, puis, en 2025, le même prix pour « Aicha » du Tunisien Mehdi Barsaoui, lors de la 78e édition du Festival de Cannes dans le cadre des Critics Awards for Arab Films.
Plus récemment, il signe la bande originale de « La Petite Dernière » de Hafsia Herzi, nommée à sept reprises aux César, notamment dans les catégories meilleur film, meilleure réalisatrice, meilleur montage et meilleure musique.