Le boycott du marché au poisson par les Sfaxiens a été une véritable leçon de discipline, de conscience et de comportement civilisé, illustrant une consommation responsable et réfléchie.
Cette initiative est une très bonne réaction visant à dénoncer et à freiner les prix exorbitants devenus insupportables pour les consommateurs.
La Presse — Le citoyen est pris à la gorge par ces hausses continues du coût de la vie, notamment pour des produits essentiels comme le poisson. Ce boycott envoie un message clair, pacifique et ferme : le consommateur refuse les abus et réclame des prix justes. C’est une action collective qui témoigne d’une certaine maturité, d’une solidarité assumée et d’un véritable souci de préserver le pouvoir d’achat.
Une arme redoutable
Le boycott est une réaction qui exige un minimum de discipline. Lotfi Riahi, directeur de l’Organisation tunisienne de conseil aux consommateurs, a appelé les citoyens à boycotter la viande rouge et les bananes, dénonçant la flambée de leurs prix qu’il qualifie de « scandaleuse » sur les marchés tunisiens.
À titre d’exemple, le prix de la banane a oscillé entre 19 et 23 dinars le kilo.
La situation est plus préoccupante pour les viandes rouges. La flambée des prix s’explique par la mainmise d’un véritable cartel qui bénéficie d’une ramification qui remonte jusqu’au premier responsable de ce secteur, dernièrement dénoncé, et de la diminution du cheptel, en partie due à la contrebande.
Aucune évolution
Il ne faudrait pas être grand clerc pour constater qu’il y a des domaines qui n’ont pas évolué. Nous avons cerné les tâches, posé des conditions, recruté du personnel pour mettre à exécution lois et réglementation. Des décennies se sont écoulées, et rien n’a changé.
Spéculation et spéculateurs, eux, ont évolué. Ils possédaient des carnets et un crayon pour prendre des notes. Un téléphone fixe pour communiquer. Aujourd’hui, ils possèdent l’informatique et un portable. Ils sont au fait de ce qui se passe dans leurs dépôts clandestins même s’ils sont en villégiature ou aux sports d’hiver et sont capables par un simple coup de fil, de retirer du poisson à Kélibia ou Sfax pour le déployer, à Tunis. Connaissant l’offre et la demande, tout se fait à l’instant.
On nous annonce un nombre impressionnant de sanctions prises à l’encontre des contrevenants. Combien de visites, de paperasse scrutées et analysées pour arriver à ce chiffre ? Au moins le double. Un travail harassant pour des hommes et des femmes qui ne sont nullement dotés de ce don d’ubiquité qui leur aurait permis d’être partout à la fois.
Le cadre des contrôleurs économiques a été mis en place par feu Abdelaziz Lasram, ministre de l’Economie nationale en 1978. La population totale de la Tunisie en 1978 était de 6 309 390 habitants.
L’organisation actuelle ne leur permet d’aucune manière de faire leur travail comme il se doit.
Même le Projet de développement municipal I (PDM-I), financé en partie par le prêt de 75 millions de dollars accordé par la Banque mondiale en 1992, qui a marqué le début prometteur de l’effort de décentralisation entrepris par la Tunisie pour renforcer les municipalités et en faire le moteur du développement urbain à l’échelle locale n’a pas tenu ses promesses. Pourtant, on y attachait une importance particulière pour servir de catalyseur et de base à sa politique de décentralisation.
Espaces offerts à la spéculation
Les centaines de municipalités qui possèdent des marchés ont tout simplement offert des kilomètres carrés de surface pour les spéculateurs qui contrôlent tout.
En effet, et nous avons plaidé dans ces mêmes colonnes la réorganisation des marchés municipaux en « espaces protégés » où le responsable des lieux cautionne tout ce qui se passe : contrôle des entrées et sorties des produits, contrôle des prix et de la qualité. A l’image de ce qui se passe de par le monde.
A titre d’information, nous présentons ci-après les attributions d’un responsable d’un marché municipal en France : « Le responsable de marché municipal en France pilote la commande publique pour la mairie : il définit la stratégie d’achat, rédige les dossiers de consultation (cahiers des charges), gère les procédures d’appel d’offres dans le respect du droit, et signe les contrats. Il assure également le suivi administratif, juridique et budgétaire des marchés.
Voici ses principales attributions détaillées :
– Planification et stratégie d’achat : définir les besoins de la collectivité, analyser les marchés, et élaborer la stratégie d’achat selon les objectifs budgétaires et les politiques durables.
– Conduite des procédures : préparer, lancer et piloter les procédures de passation des marchés (rédaction du DCE – Dossier de consultation des entreprises, publicité).
– Analyses et attribution : analyser les offres des fournisseurs, participer aux négociations, et veiller au choix de l’offre économiquement la plus avantageuse.
– Gestion juridique et administrative : garantir la conformité aux règles de la commande publique (code de la commande publique), gérer les contentieux, et assurer la traçabilité des procédures.
– Suivi de l’éxécution : Suivre la bonne exécution des contrats, gérer les relations avec les prestataires, et veiller au respect des délais et des coûts.
Le responsable du marché peut également encadrer une équipe de gestionnaires et travaille en étroite collaboration avec les différents services techniques de la municipalité ».
Nous sommes bien loin de ce que font les responsables actuels des marchés municipaux qui sont incapables d’obliger les revendeurs d’apposer une étiquette de prix et qui n’ont aucune idée de ce qui entre et sort de leurs surfaces de vente, où la marchandise est déversée par une noria de camions qui ne sont jamais passés par les marchés de gros.
Ne parlons pas de l’affiliation aux caisses sociales, de l’assurance des employés et de bien d’autres questions relatives à la pleine responsabilisation de tous ceux qui y opèrent.
Régulariser la situation
Qu’est-ce qui nous empêche de tout reprendre en main et de régulariser la situation de ceux qui actuellement y tiennent des espaces de vente ?
Le pire serait une stabilisation sociale de la situation de ceux qui y travaillent, un apport pour les caisses sociales, une aide précieuse pour les services de contrôle, une revalorisation du rôle des marchés de gros, une sécurité pour les consommateurs au niveau de la qualité et de la traçabilité des produits et surtout un espace que les spéculateurs ne pourront plus jamais contrôler.
Toutes ces conditions sont prises en considération par ceux qui considèrent qu’un marché municipal est un espace sécurisé à tous points de vue.
Dans l’état actuel des choses, l’impression qui prévaut est que la responsabilité des municipalités se limite au contrôle de l’étalage anarchique et à offrir du travail à ceux qui louent ces espaces dans les marchés. Cela fait partie d’un autre monde.
Un gros dossier qui pourrait résoudre positivement les problèmes dont souffrent les consommateurs pris à la gorge par une spéculation effrénée. Il ne suffit pas de dénoncer et de sanctionner, il faut suivre le rythme, s’adapter et adopter les méthodes de gestion modernes, pour pouvoir évoluer dans un monde qui avance de plus en plus vite.