Avec des investissements déclarés en hausse de 39 % et des IDE qui dépassent les 3,5 milliards de dinars en 2025, la Tunisie amorce un redressement progressif de son attractivité.
Une dynamique qui s’accompagne d’une recomposition sectorielle où les services gagnent progressivement du terrain.
La Presse —Invité au programme «90 minutes avec l’Iace», le directeur général de la Foreign Investment Promotion Agency (Fipa) et président de Tunisia Investment Authority (TIA), Jalel Tebib, est revenu sur les résultats liés à l’investissement réalisés en 2025.
Il s’agit, en somme, de chiffres très positifs qui reflètent, d’après ses dires, l’état de santé d’une économie engagée sur la voie du rétablissement. Rappelant que les investissements déclarés ont augmenté de 39 % par rapport à 2024, le responsable a précisé qu’il s’agit d’intentions d’investissement devant créer 100 mille postes d’emploi.
«Le législateur a laissé à l’investisseur une marge de quatre ans pour réaliser l’investissement déclaré, dont l’exécution peut prendre du temps pour plusieurs raisons, y compris la longueur des procédures», a-t-il précisé. En effet, dans l’analyse de la dynamique de l’investissement, l’évolution annuelle des intentions d’investissement constitue un indicateur clé qui permet de cerner la tendance.
«D’une manière générale, et d’après les statistiques livrées par les différentes agences d’investissement, 50 % des projets déclarés sont réalisés et concrétisés par la suite», a ajouté Tebib, indiquant dans ce même contexte que le défi consiste à améliorer ce taux, en s’attaquant aux raisons qui freinent la concrétisation des projets.
Vers une transformation de la structure des investissements
Une ventilation sectorielle publiée récemment par la TIA met en évidence une forte progression (75 %) dans le secteur des services, qui a cumulé des investissements s’élevant à 1.755,4 millions de dinars, soit 21 % du total des investissements déclarés mais aussi un recul de 14,3 % des montants investis dans le secteur industriel qui demeure le premier secteur d’accueil des investissements avec 35 % du total.
Ces chiffres annoncent, en fait, un début de transformation de la structure des investissements en faveur du secteur des services, dont la dynamique tend à s’accélérer. «On a vu un changement similaire qui s’est opéré au niveau des IDE. Il y a une quinzaine d’années, 60 % des investissements étrangers étaient réalisés dans le secteur de l’énergie.
Ce chiffre peut s’expliquer notamment par la nature capitalistique de ce secteur, mais sa capacité de création d’emplois reste limitée, notamment pour les diplômés de l’enseignement supérieur», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «Aujourd’hui, la structure des IDE a évolué, l’industrie concentre désormais près de 60 % des investissements étrangers. C’est une évolution positive. Mais à l’échelle mondiale, le véritable moteur de l’investissement devient le secteur des services, et c’est la trajectoire que nous souhaitons atteindre».
Des IDE en hausse
Du côté de la Fipa, les indicateurs sont également orientés à la hausse. Les IDE réalisés ont progressé de 30 % en 2025 par rapport à 2024 et de 60 % par rapport à 2022, pour atteindre plus de 3.570 millions de dinars. Un résultat légèrement supérieur aux prévisions de l’agence et qui s’inscrit dans une tendance haussière observée ces dernières années.
«Nous sommes revenus à des niveaux d’investissement qui correspondent davantage au potentiel de la Tunisie», a commenté Tebib. Le secteur industriel demeure le principal réceptacle des IDE avec 63 % des investissements réalisés en 2025, porté notamment par la progression des industries électriques et mécaniques. Tebib a, en outre, ajouté que l’objectif de la Fipa est d’atteindre 4.000 millions de dinars d’investissements étrangers en 2026.
«Nous œuvrons à ce que les efforts déployés par l’ensemble des structures impliquées dans la promotion de l’investissement soient renforcés afin d’atteindre cet objectif», a-t-il poursuivi. Il a, par ailleurs, rappelé que la Tunisie est parvenue à consolider ses partenariats traditionnels tout en attirant de nouveaux investisseurs.
Ainsi, la France, l’Allemagne et l’Italie figurent dans le Top 3 des investisseurs, tandis que la Jordanie et la République tchèque émergent comme de nouveaux partenaires. «Notre vision repose sur la diversification des sources d’investissement, et ce, en consolidant la présence des partenaires traditionnels tout en attirant de nouveaux investisseurs», a-t-il souligné.
Lancement prochain du portail national d’investissement
Interrogé au sujet de la gouvernance de l’investissement en Tunisie, Tebib a expliqué que la mise en place d’une structure unique chargée d’accompagner l’investisseur représente une solution efficace à la multiplicité des structures (Fipa, TIA, Apii, etc), qui peut conduire, selon ses dires, à des dédoublements d’actions, une dispersion des efforts et à une divergence des visions.
Pour autant, Tebib estime que la réforme de la gouvernance ne saurait, à elle seule, résoudre les difficultés auxquelles sont confrontés les porteurs de projets.
Ces derniers peuvent rencontrer des problèmes de différentes natures, tels que, par exemple, des problèmes fonciers. «L’investissement implique l’intervention de plusieurs administrations, telles que les directions relevant du ministère des Finances ou du ministère de la Justice.
Chaque structure joue un rôle spécifique, comme c’est le cas dans la plupart des pays. Mais aujourd’hui, les outils numériques permettent de fluidifier les procédures et d’améliorer la coordination entre les différents intervenants », a-t-il expliqué.
Dans cette optique, la TIA travaille actuellement sur un projet structurant : le portail national d’investissement, qui facilitera le parcours de l’investisseur.
Piloté par la TIA, cette plateforme numérique, qui réunira l’ensemble de l’écosystème institutionnel, vise à digitaliser et à simplifier le parcours de l’investisseur. «Pour l’investisseur, le temps est un facteur déterminant.
Les structures administratives doivent donc faire preuve de flexibilité et œuvrer à la réduction des délais.
Nous ne devons pas laisser passer les opportunités et devons soutenir les investisseurs qui manifestent un intérêt pour la Tunisie», a-t-il insisté.Interrogé sur les atouts compétitifs du pays, Tebib a rappelé que la Tunisie bénéficie d’un positionnement stratégique.
Son appartenance à plusieurs accords commerciaux, notamment la Zone de libre-échange continentale africaine, le Comesa, la Grande Zone arabe de libre-échange et l’accord d’association avec l’Union européenne, renforce son attractivité en tant que plateforme d’investissement.
La proximité géographique avec l’Europe constitue également un atout majeur dans un contexte marqué par la montée du nearshoring et le raccourcissement des chaînes d’approvisionnement.
À cela s’ajoute un vivier de compétences qualifiées qui continue de faire de la Tunisie une destination attractive pour les investisseurs internationaux.