Mes Humeurs : Du faux au fait, la fabrique d’une vérité
La Presse — Dans une récente Humeur intitulée « Nos respects Madame » (7 décembre 2025), j’évoquais les qualités de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés. Cette femme, qui incarne l’intégrité sans faille dans un univers où les intérêts divergents et les pressions diplomatiques s’entrecroisent, demeure fidèle à ses principes, attachée à la transparence et au respect du droit.
Ces derniers jours, elle revient au cœur de l’actualité avec un scandale fabriqué de toutes pièces. Sa parole, mesurée et ferme, inspire confiance parce qu’elle ne varie pas au gré des circonstances. Animée par une conscience professionnelle exemplaire, partout où elle va, son point de vue sur le travail des droits de l’homme se définit : se tenir aux côtés des victimes, particulièrement à Gaza.
Pour toutes ces valeurs et bien d’autres, Albanese, désignée Personnalité de l’année 2024 par PassBlue, subit des injustices infâmes de la part des institutions américaines, elles lui ont retiré sa carte de crédit, lui ont confisqué sa maison à New York… Malgré ces sanctions, elle continue à soutenir partout ses positions, elle se rend d’une radio à l’autre, se déplace d’une télé arabe à un média anglais, suscitant des réactions bienveillantes ou hostiles.
Le 7 février, elle a prononcé une allocution par visioconférence lors d’un forum médiatique organisé à Doha, par la chaîne Al Jazeera. Ses détracteurs (elle en a à profusion) lui reprochent des déclarations qu’elle n’a pas prononcées. Ses propos «… Nous, qui ne contrôlons ni capitaux financiers, ni algorithmes, ni armes, constatons aujourd’hui que l’humanité a un ennemi commun.
Et les libertés, le respect des libertés fondamentales, constituent notre dernier recours pacifique, notre dernier outil pacifique pour recouvrer notre liberté. » ont été falsifiés par une chaîne YouTube UN Watch, une organisation basée à Genève, connue pour son appui à l’occupation des territoires palestiniens (source Blog Mondoweiss).
UN Watch a modifié l’intervention d’Albanese, amputant des extraits pour qualifier l’Etat sioniste d’ « ennemi commun de l’humanité », les groupes de pression sionistes ont fait le reste. L’extrait tronqué s’est répandu comme une traînée de poudre, une tempête médiatique, fondé sur des propos erronés se déclenche.
Ces contre-vérités sont vite érigées en scandale international. Indignés, les milieux diplomatiques s’en emparent, Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, exige la démission immédiate d’Albanese « pour ses propos scandaleux », son homologue allemand Johann Wadephul lui emboite le pas « … elle ne peut pas conserver son poste, leur pair italien Antonio Tajani renchérit « son comportement, ses déclarations et ses initiatives » ne sont pas appropriés à la fonction qu’elle occupe, les ministres des Affaires étrangères tchèque et autrichien y vont de leurs dénonciations . J’en passe et des pires.
Suite à cette vague de dénonciations, la société civile internationale a commencé à réagir. Albanese a renvoyé la transcription intégrale de son intervention, déclarant : « Je n’ai jamais tenu de tels propos… » Evidemment (et malheureusement) sa mise au point n’a été ni relayée, ni commentée par les diplomates.