Le cas Rami Rahmouni a fait polémique : L’échec d’un système faillible…
La fuite du jeune nageur tunisien et le changement de sa nationalité sportive mettent à nu les défaillances cumulées et chroniques de la gestion de l’élite.
La Presse — Au-delà de ces discours émotionnels et limite populistes sur la décision du jeune nageur tunisien Rami Rahmouni de nager pour l’Arabie Saoudite, et de ce faux débats sur la sincérité et la fiabilité de son clan, posons la vraie question: pourquoi Rami Rahmouni a -t-il-agi ainsi ? Toute simple qu’elle est, la question touche l’aspect le plus sensible et le plus complexe de ce problème.
Un jeune et brillant nageur qui change de nationalité et qui opte pour un autre pays, ce n’est pas quelque chose de simple et de léger. Une décision lourde de conséquences et de significations. Depuis un an, ce nageur avait déjà pris sa décision, depuis qu’il s’est rendu en Arabie Saoudite et qu’il a été ensorcelé par le luxe qu’on lui a offert là-bas.
Il sait bien qu’ici, il n’aura pas grand-chose à espérer, faute de moyens économiques, bien sûr, et surtout faute d’encadrement de sa fédération et de la tutelle. Pour qu’un jeune de l’élite déserte de cette façon, c’est que ce système de gestion de l’élite a prouvé toutes ses limites.
C’est même un système faillible depuis des années avec des administrateurs déconnectés du monde sportif, des procédures à tuer, des retards monstres à débloquer des budgets dérisoires, des sponsors qu’on n’arrive pas convaincre à débourser 200.000 dinars, alors qu’ils déboursent le triple et plus sur des événements et des actions publicitaires vaines, en football notamment.
C’est cela le cœur du problème : les fédérations, les directeurs techniques nationaux (dont une grande partie font de l’administratif et du politique et oublient leur vocation) n’arrivent pas à gérer quelques talents qui ont besoin d’argent et d’accompagnement pour évoluer à l’étranger, et un ministère des Sports «bourré» de fonctionnaires déphasés et incompétents qui adorent le pouvoir et les fausses promesses.
Presque jamais on n’a servi ces athlètes de très haut niveau comme il le faut. Toujours ce strict minimum et ce manque d’idées et de communication qui puissent ramener de l’argent et améliorer l’équilibre psychologique de ces athlètes qui ont besoin de quelqu’un qui les dépanne et qui leur fait gagner du temps pour se mettre à rayonner.
La langue de bois de la présidente de la FTNatation
Hedia Mansour, nouvelle présidente de la FTN, a réagi à la décision de Rami Rahmouni avec un discours classique de la part des dirigeants sportifs tunisiens.
A la limite une langue de bois et des propos émotifs en relatant, comme d’habitude dans ce genre de cas, un récital de chiffres et de montants alloués qui, si c’est fiable, ne représentent pratiquement rien par rapport aux besoins d’un nageur de haut niveau.
La présidente de la FTN se dit même choquée de ce qu’a fait Rami Rahmouni. De quel choc parle-t-on ? C’était prévisible et ce ne sera pas le seul cas. Tant que ces champions qu’on découvre et qui progressent grâce à l’apport financier de leurs parents, en premier lieu, ne sont pas bien encadrés et suivis plus tard, les chasseurs de tête à l’international vont toujours appâter nos champions.
Arrêtons ce discours déphasé et insensé qui essaye de renvoyer la balle vers les intermédiaires et les gens qui détournent nos champions.
Donnons à ces champions les conditions minimales et respectables de luxe, respectons-les et puis on peut les attaquer quand ils désertent.
Au lieu de reconfigurer le modèle usé et biaisé de l’élite, au lieu de chercher de gros sponsors et de créer des événements et s’attaquer à la misérable infrastructure en natation et en sport tunisien, et au lieu de désigner les techniciens et les dirigeants dévoués et connaisseurs, on revient toujours aux même vieux réflexes. Le cas Rami Rahmouni va se répéter tant que les vraies racines du problème ne sont pas éradiquées.