Africa Press Day 2026 : Investir dans la santé, moteur de développement en Afrique
Pendant deux jours, experts et décideurs ont exploré comment les systèmes de santé africains peuvent devenir plus équitables et efficaces, en mettant la population au cœur des politiques et en intégrant les nouvelles technologies et modèles financiers.
La Presse — L’Afrique a placé la santé au cœur de son développement lors de l’Africa Press Day 2026, organisé par le géant pharmaceutique Roche. Sous le thème “La santé : quelle valeur ?”, le forum a rassemblé journalistes, décideurs politiques, experts médicaux et financiers du développement pour réfléchir à une question cruciale : comment valoriser la santé sur le continent africain et en faire un levier stratégique de croissance et d’équité ?
En effet, pendant deux jours, les participants ont exploré des solutions concrètes pour renforcer les systèmes de santé, améliorer l’accès aux soins et favoriser la prévention des maladies chroniques, tout en examinant le rôle central de l’information médiatique dans la sensibilisation et le plaidoyer pour des politiques durables. L’événement combine panels, ateliers et visites de terrain, visant à connecter expertise scientifique et pouvoir décisionnel pour maximiser l’impact économique et social des initiatives sanitaires.
La santé, un investissement humain et économique
À l’ouverture du forum, Jacqueline Wambua, General Manager East Africa chez Roche Kenya, a souligné la nécessité de repenser la santé en Afrique comme un investissement stratégique et humain plutôt qu’un simple coût. Selon elle, la valeur de la santé dépasse les budgets : elle englobe le bien-être des familles, la productivité des travailleurs et la résilience des nations.

Sur un autre plan, Wambua a mis en lumière le rôle central des femmes dans le développement africain. Elles représentent le socle des familles, des communautés et de l’économie en tant que soignantes, entrepreneures, enseignantes et agricultrices. «Quand une femme est en bonne santé, les familles prospèrent, les communautés se renforcent et l’économie progresse», a-t-elle affirmé. À l’inverse, la mortalité prématurée due, par exemple, au cancer de l’œsophage entraîne des pertes humaines et économiques considérables, touchant des centaines d’enfants et compromettant le développement local.
Elle a aussi souligné que Roche s’engage activement avec son programme «Ambition du cancer de l’œsophage en Afrique», visant à augmenter de 60 % la survie grâce à une approche systémique : détection précoce, diagnostic rapide, traitement et soins de longue durée. La réussite repose sur des partenariats avec les gouvernements africains, l’OMS, des initiatives locales et des coalitions sectorielles. Wambua a insisté sur quatre vérités essentielles : la santé est coûteuse mais rentable ; elle constitue une politique économique ; la résilience des systèmes sanitaires est cruciale pour faire face aux crises futures ; et l’accès aux diagnostics et traitements reste inégal, nécessitant des modèles innovants et numériques.
Systèmes de santé responsables et équitables
Pour sa part, le Dr Ouma Oluga, Principal Secretary du State Department for Medical Services au ministère de la Santé du Kenya, a rappelé que la santé ne peut plus être considérée comme un simple coût administratif, mais comme un levier de développement économique et social. L’efficacité des systèmes de santé doit être évaluée non seulement sur la disponibilité des services, mais sur leur capacité à répondre aux besoins réels des patients, notamment des femmes, tout en tenant compte des contraintes économiques et institutionnelles.
Selon le Dr Oluga, trois obstacles principaux freinent l’accès aux soins : la perception négative des services, le déficit d’information et les inefficiences administratives. Ces facteurs créent un écart entre la connaissance scientifique et l’accès réel aux soins, avec des conséquences dramatiques, comme le montre la mortalité due au cancer de la tête chez les femmes.
Il a plaidé pour des solutions centrées sur le patient, des plateformes de politique de santé pour assurer transparence et coordination, et un financement aligné sur les priorités réelles et les résultats attendus. «Chaque décision politique doit être évaluée en fonction de son impact direct sur la vie des patients, la prévention des décès prématurés et la protection des familles», a-t-il sou- ligné.
Prévention et innovation : un retour sur investissement assuré
La session «La santé dans l’équité :qui a accès et qui ne l’a pas?», modérée par Matthieu Galais, DG de Roche Tunisie et Libye, a mis en lumière la nécessité d’une approche globale de la santé. La professeure Jalila Ben Khelil, présidente du comité de protection des personnes en Tunisie, a rappelé que prévenir les maladies coûte moins cher que les traiter à un stade avancé. Elle a identifié quatre leviers prioritaires : renforcement des soins primaires, dépistage systématique, accès continu aux médicaments essentiels et coordination entre les différents niveaux de soins.Au-delà des infrastructures, l’accès financier reste un enjeu central. Ben Khelil a insisté sur le renforcement de la couverture sociale et des programmes de prévention à grande échelle, soulignant le rôle de l’éducation sanitaire et de la sensibilisation pour permettre aux patients de mieux gérer leur maladie.
La télémédecine, présentée par Saad Chaacho, est apparue comme une solution clé pour réduire les déserts médicaux, avec des programmes déjà déployés au Maroc permettant à plus d’un million de patients de bénéficier de consultations spécialisées à distance. De son côté, l’entrepreneure Joanna Bichsel, fondatrice de Kasha Global, a insisté sur l’importance des partenariats public-privé et des solutions de financement innovantes pour améliorer l’accès aux traitements coûteux.
La finance au service de la santé : un levier de prospérité
Pour Oluranti Doherty, directrice du développement à l’export chez Afreximbank, la santé est un véritable levier de prospérité économique. Selon elle, les systèmes de santé sont l’infrastructure du capital humain, essentielle à la productivité et à l’industrialisation du continent. L’amélioration de l’accès aux soins réduit les pertes économiques liées aux maladies, retient les talents et renforce la souveraineté économique.
Afreximbank a investi plus de trois milliards de dollars dans le secteur de la santé en Afrique, dont deux milliards pour faciliter l’accès aux vaccins pendant la pandémie de Covid-19, 200 millions pour transformer des usines de production de consommables médicaux, et plus de 300 millions pour créer l’African Medical Centre of Excellence à Abuja, en partenariat avec le King’s College Hospital de Londres. Ce centre tertiaire de pointe traite les maladies non transmissibles telles que le cancer et les affections cardiovasculaires.
Doherty a souligné que chaque décès évité avant 45 ans équivaut à des décennies de productivité et de taxation, soulignant l’importance d’un dialogue efficace entre ministères et institutions financières pour garantir des investissements durables. «La question n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre d’investir dans la santé, mais si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire», a-t-elle affirmé.
Vers une Afrique en santé et prospère
L’Africa Press Day 2026 a mis en évidence une convergence de vues : la santé n’est plus seulement une dépense sociale, mais un investissement stratégique capable de générer des bénéfices économiques, sociaux et humains durables. L’accès équitable aux soins, le renforcement des systèmes de santé, l’innovation scientifique et technologique, la prévention et le financement ciblé constituent les piliers d’un développement africain durable.
Le forum a également souligné le rôle central des médias dans la création d’un nouveau récit africain de la santé, où l’information et la sensibilisation sont des instruments de transformation. Comme l’ont rappelé les intervenants, investir dans la santé des Africains aujourd’hui revient à protéger les générations futures, à renforcer la dignité des populations et à soutenir la croissance économique du continent.
En somme, la combinaison d’investissements stratégiques, de narration cohérente et de solutions innovantes représente la clé pour bâtir un système de santé résilient, équitable et capable de catalyser un changement durable, contribuant à réaliser la vision africaine pour 2063 : un continent prospère, inclusif et souverain.

