Catastrophes naturelles : apprendre enfin à prévoir
Quand une catastrophe naturelle frappe un territoire elle en révèle les fragilités, elle en interroge la mémoire et elle en redessine les priorités. Les inondations de janvier 2026, les plus intenses enregistrées depuis plus de sept décennies, ont agi en Tunisie comme un brutal rappel à la réalité climatique.
Les pluies diluviennes n’ont pas seulement submergé des rues et des quartiers; elles ont également submergé les illusions selon lesquelles le dérèglement climatique pouvait rester un phénomène lointain.
Face à cette évidence désormais incontestable, la décision de renforcer le Programme intégré de résilience aux catastrophes en Tunisie (ResCat), grâce à un financement additionnel de 50 millions de dollars de la Banque mondiale, constitue bien plus qu’un simple ajustement budgétaire.
Elle marque, en réalité, l’entrée progressive de la Tunisie dans une nouvelle culture du risque : celle de la prévoyance organisée, de la vigilance institutionnalisée et de la résilience pensée comme un pilier de souveraineté nationale.
Car la gestion des catastrophes naturelles ne relève plus d’une logique de réparation, mais d’une architecture de prévention. L’extension de la protection contre les inondations à Tunis-Ouest, Gabès et Djerba illustre précisément cette mutation conceptuelle.
Il ne s’agit plus seulement de réparer après la crue, mais d’anticiper la montée des eaux ; non plus d’improviser dans l’urgence, mais d’organiser la réponse avant que l’alerte ne retentisse.
Dans ce domaine, l’expérience accumulée à Bizerte, Monastir et Nabeul offre un laboratoire précieux. Les infrastructures hydrauliques, les systèmes d’alerte précoce et la modernisation des dispositifs hydrométéorologiques ne sont pas de simples équipements techniques : ils constituent les nervures invisibles d’un État capable de protéger ses citoyens face aux caprices de la nature.
Il faut également souligner que la résilience climatique n’est pas seulement une question d’environnement ; elle est aussi une question économique et sociale.
Protéger les zones urbaines contre les inondations, c’est préserver la continuité de l’activité des entreprises, garantir les emplois existants et en créer de nouveaux dans les secteurs de la maintenance, de l’ingénierie et de la gestion des infrastructures.
La Tunisie a, il est vrai, accumulé des retards dans la prévention des risques climatiques. Mais l’histoire des politiques publiques montre que les nations progressent souvent à la faveur des épreuves.
La volonté de combler ce retard, aujourd’hui affirmée par des investissements structurants et des partenariats internationaux solides, témoigne d’une prise de conscience salutaire.
Car dans un siècle où les catastrophes naturelles deviennent plus fréquentes et plus violentes, la véritable richesse d’un pays ne se mesure plus seulement à ses ressources, mais à sa capacité d’anticipation.
Et c’est précisément cette capacité que la Tunisie s’emploie désormais à renforcer : transformer la vulnérabilité en vigilance, et la fatalité climatique en stratégie de résilience.