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Africa Press Day 2026 : La Tunisie citée comme exemple de progrès dans la lutte contre le cancer

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  • 7 mars 19:00
  • 8 min de lecture
Africa Press Day 2026 : La Tunisie citée comme exemple de progrès dans la lutte contre le cancer

De notre envoyée spéciale à Nairobi : Meriem KHDIMALLAH

À l’heure où les systèmes de santé africains sont confrontés à des défis structurels majeurs, allant du financement limité à l’accès inégal aux soins, les acteurs du secteur appellent à repenser les modèles de coopération et d’innovation.

La Presse —Réunis à Nairobi les 4 et 5 mars dans le cadre de l’Africa Press Day 2026, organisé par Roche et placé sous le thème “La santé : quelle valeur ?”, responsables publics, experts et industriels ont débattu des solutions possibles pour renforcer la résilience des systèmes sanitaires sur le continent.

Rencontré en marge de cet événement, Maturin Tchoumi, chef de secteur Pharma International Afrique chez Roche, a livré dans un entretien accordé à La Presse son analyse des enjeux actuels et des pistes d’avenir pour la santé en Afrique. Il a notamment évoqué le rôle des médias, l’importance des partenariats public-privé, les opportunités offertes par l’intelligence artificielle ainsi que les perspectives de développement de la recherche scientifique sur le continent, avec un regard particulier sur la Tunisie.

La presse, un acteur clé dans le débat sur la santé

Pour Maturin Tchoumi, l’une des particularités de l’Africa Press Day est justement de placer les journalistes au cœur des discussions sur les politiques de santé.

Traditionnellement, ces débats sont menés principalement par les professionnels du secteur médical et les décideurs publics. Pourtant, selon lui, les médias ont un rôle essentiel à jouer dans la diffusion de l’information et la sensibilisation des populations.

“La santé se discute souvent entre professionnels de santé, mais elle devrait aussi se discuter avec ceux qui ont une voix auprès de la population. Les journalistes ont une manière d’expliquer les choses qui peut encourager les citoyens à adopter les bons comportements pour leur santé”, souligne-t-il.

Dans un contexte où la prévention et le dépistage précoce sont devenus des enjeux majeurs, l’information et la pédagogie apparaissent comme des leviers indispensables pour améliorer les résultats sanitaires.

Mais au-delà de la communication et de la sensibilisation, le principal défi auquel sont confrontés les systèmes de santé africains reste celui du financement.

Selon Maturin Tchoumi, cette question est connue depuis longtemps, mais elle s’est accentuée ces dernières années avec la diminution de certaines aides internationales destinées au continent.

“Les problèmes de santé en Afrique sont bien identifiés, et le financement en fait partie depuis des années. Mais la situation s’est aggravée dans certains pays avec la réduction des contributions de certains partenaires internationaux”, explique-t-il.

Ces contraintes budgétaires ont des conséquences directes sur l’accès aux services de santé essentiels.

Dans certains pays, par exemple, l’accès aux tests de dépistage du VIH ou à certains traitements peut être compromis par le manque de ressources.

Pour le responsable de Roche, il est donc urgent de changer la perception de la santé dans les politiques publiques.

“Il faut comprendre que si l’on arrête d’investir dans la santé, cela a un coût pour l’économie et pour la société”, insiste-t-il.

Il cite notamment l’exemple de trois pays africains qui, faute d’une prise en charge adéquate du cancer, ont perdu près de 10 millions de dollars de productivité économique entre 2017 et 2023.

“L’inaction a un coût. Investir dans la santé, c’est aussi investir dans la croissance et dans le développement économique”, affirme-t-il.

Les partenariats public-privé comme levier d’action

Dans ce contexte, les partenariats entre les gouvernements et le secteur privé apparaissent comme une piste importante pour renforcer les systèmes de santé.

Roche s’est engagé dans plusieurs initiatives de ce type sur le continent, notamment en Tunisie.

“L’année dernière, nous avons signé un partenariat avec le ministère tunisien de la Santé pour soutenir la digitalisation du parcours patient dans la prise en charge de la sclérose en plaques”, explique Maturin Tchoumi, tout en ajoutant que ce projet vise notamment à améliorer le suivi des patients et à optimiser la coordination entre les différents acteurs du système de soins.

Au-delà de la digitalisation, ces partenariats permettent également d’explorer de nouvelles approches, comme le développement de la télémédecine et des consultations à distance.

Selon lui, ces innovations peuvent contribuer à réduire certaines inégalités d’accès aux soins, notamment dans les régions où les spécialistes sont peu nombreux.

Parmi les expériences réussies de partenariat public-privé en Afrique, Maturin Tchoumi cite le cas de la Côte d’Ivoire.

Depuis une dizaine d’années, Roche y travaille en collaboration avec l’État ivoirien pour renforcer la prise en charge du cancer.

Dans le cadre de ce partenariat, les deux parties co-investissent dans l’amélioration du système de soins et dans l’accès durable aux traitements.

“Nous avons également mis en place un mécanisme permettant de proposer nos médicaments anticancéreux à des prix pérennes”, précise-t-il.

Après dix ans d’expérience, ce partenariat a permis de tirer de nombreuses leçons et d’obtenir des résultats tangibles.

La question qui se pose désormais est celle de l’extension de ce modèle à d’autres pays africains.

“L’idée serait de voir comment les solutions qui ont fonctionné dans un pays peuvent être adaptées ailleurs sur le continent”, explique-t-il.

Toutefois, il reconnaît que ce type de démarche reste complexe, car chaque pays dispose de son propre cadre réglementaire et de ses priorités nationales.

L’intelligence artificielle, un outil au service des médecins

Parmi les transformations majeures qui marquent aujourd’hui le secteur de la santé figure également l’essor de l’intelligence artificielle. Pour Maturin Tchoumi, ces technologies ne doivent pas être perçues comme une menace pour les professionnels de santé.

“L’intelligence artificielle ne remplacera pas le médecin. En revanche, elle peut prendre en charge certaines tâches qui ne nécessitent pas forcément l’intervention humaine”, explique-t-il.

Par exemple, l’IA pourrait aider à transcrire automatiquement les consultations, analyser les dossiers médicaux ou préparer les informations nécessaires avant la visite d’un patient.

Ces outils permettraient aux médecins de gagner un temps précieux et de se concentrer davantage sur les aspects essentiels de leur métier, notamment l’échange avec les patients et la prise de décision clinique.

“L’objectif est de libérer du temps pour que les médecins puissent voir plus de patients et améliorer la qualité des soins”, souligne-t-il.

Au-delà des défis actuels, Maturin Tchoumi se montre optimiste quant à l’avenir de la recherche scientifique en Afrique. Selon lui, plusieurs facteurs pourraient permettre au continent de devenir un acteur majeur de la recherche et du développement dans les prochaines décennies.

Parmi ces facteurs figurent notamment la croissance du nombre de scientifiques formés en Afrique, l’amélioration de l’accès à la connaissance et l’essor des nouvelles technologies.

Les progrès de l’intelligence artificielle, qui permettent aujourd’hui de concevoir certaines molécules beaucoup plus rapidement qu’auparavant, pourraient également accélérer le développement de la recherche.

“Si le leadership est au rendez-vous, l’Afrique peut devenir un acteur important de la recherche et du développement, comme la Chine l’est devenue ces dernières années”, estime-t-il.

Dans cette perspective, Roche participe à plusieurs initiatives visant à renforcer les capacités scientifiques locales.

C’est notamment le cas de l’African Genomic Program, un projet de recherche consacré à la génomique africaine.

En Tunisie, ce programme est développé en partenariat avec le ministère de la Santé et l’Institut Pasteur afin de soutenir la recherche génomique et mieux comprendre certaines pathologies.

Des progrès encourageants en Tunisie

Malgré les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux systèmes de santé, certains indicateurs montrent que des progrès sont possibles lorsque les politiques publiques, les partenariats et la sensibilisation fonctionnent ensemble. “La Tunisie en offre un exemple dans le domaine du cancer du sein”, a-t-il insiqué.

Aujourd’hui, plus de 60 % des femmes atteintes de cette maladie consultent à un stade précoce, ce qui améliore considérablement les chances de survie. Pour Maturin Tchoumi, ce résultat est le fruit des efforts conjoints des autorités sanitaires, des professionnels de santé et des partenaires engagés dans la lutte contre le cancer.

“Cela montre que lorsque l’État prend ces questions au sérieux et que les partenariats fonctionnent, des progrès réels peuvent être réalisés”, souligne-t-il.

Malgré les défis persistants, il se dit convaincu que l’Afrique dispose des ressources humaines et des capacités nécessaires pour transformer ses systèmes de santé. “Je reste optimiste. Les progrès sont réels et, avec les bonnes décisions, le continent peut franchir une nouvelle étape dans le développement de ses systèmes de santé”, conclut-il.

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Meriem KHDIMALLAH

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