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Coup d’envoi de la 24e édition du Festival de la chanson tunisienne : Un lancement mitigé

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  • 7 mars 19:45
  • 7 min de lecture
Coup d’envoi de la 24e édition du Festival de la chanson tunisienne : Un lancement mitigé

Sous le slogan « Chaque chanson a une histoire », chanteurs, musiciens et différents corps de la scène musicale tunisienne vivront durant 4 jours au rythme de cette manifestation consacrée aux talents émergents et confirmés.

La Pressse — Le Festival de la chanson tunisienne vient de démarrer lors de la soirée du 5 mars et s’étend jusqu’au 8. Sous le slogan « Chaque chanson a une histoire », chanteurs, musiciens et différents corps de la scène musicale tunisienne vivront durant 4 jours au rythme de cette manifestation consacrée aux talents émergents et confirmés.

Une entrée en matière immédiate

La soirée inaugurale s’est tenue à la grande salle du Théâtre de l’Opéra de Tunis. D’ailleurs, cet établissement assure pour la première fois le financement et l’organisation du festival sur mandat du ministère des Affaires culturelles. La cérémonie d’ouverture a été diffusée en direct sur la chaîne nationale Watania 1.

Ce fut pourtant un lancement sans protocole ni formalités. C’est Wael Toukabri, en maître de cérémonie, qui s’est chargé de présenter l’évènement et les candidats. Arborant une chechia rouge qui marque une touche tunisienne authentique, il a su mêler élégance et tradition. Son discours a apporté une note conviviale à cette soirée qui célèbre la production musicale et les talents tunisiens. Or, on s’attendait à voir le directeur du Festival de la chanson tunisienne donner lui-même un discours de bienvenue qui annonce le démarrage de cette manifestation de taille.

Le spot conçu spécialement et avec soins pour l’évènement a été diffusé sur l’écran géant avant le début proprement dit de la soirée, le temps que le public s’installe. Or, d’habitude, on lui réserve une présentation qui met l’accent sur sa valeur symbolique et souligne l’effort de l’équipe qui l’a créé. Cette vidéo tournée dans un site emblématique, le palais Ennejma Zahra, utilise l’intelligence artificielle pour faire revivre des artistes dont l’œuvre reste gravée dans nos mémoires et continue de nous marquer de manière intemporelle.

Le jury a été dévoilé pour la première fois. Il s’agit de grands noms de la scène musicale tunisienne : Adnene Chaouachi en président, avec comme membres Najet Attia, Sami Maatougui, Hatem Guizani et Amine Kolsi.

La soirée a également été marquée par la prestation du ballet contemporain de l’atelier de danse du Théâtre national tunisien. Vêtus en costumes traditionnels, les danseurs ont exécuté une chorégraphie signée Mahmoud Ouarteni et Khira Dhaw sur des airs de « Ah Wedaouni » de Saliha. Un beau tableau dans l’ensemble, comme on a l’habitude d’en voir dans de nombreuses cérémonies.

Place ensuite à la compétition proprement dite. Les organisateurs de la cérémonie ont opté pour la première fois pour une disposition qui garde les musiciens hors de vue, dans la partie inférieure de la scène, laissant les interprètes seuls, ou presque, sur le plateau. Ainsi, la troupe de l’Orchestre national tunisien et son directeur Youssef Belhani n’étaient visibles que pour ceux qui ont occupé les sièges des premiers rangs. Cette configuration, qui vise à centrer les projecteurs et l’attention des spectateurs sur les candidats, a été fortement critiquée par ceux qui auraient voulu les voir se présenter dans un cadre « plus naturel ».

De belles voix, mais..

Sur 105 candidatures déposées, 34 œuvres ont été retenues dans les trois catégories : production de chanson, composition instrumentale et interprétation individuelle. Onze parmi elles ont été présentées lors de la première soirée.  Dans la catégorie meilleure chanson, nous avons écouté « Mawtini » chantée par Oumeima Haouet, « Helma » avec la voix de Mohamed Aidi, qui participe d’ailleurs pour la quatrième fois, « Hkeya » de Mounir El Mahdi, « Chared » de Mohamed Taher Sahbi, « Men Konna Sghar » de Asma Cherif et  le « Gharib » de Zina Saad qu’elle a composée elle-même.   Lotfi Dahmeni a chanté « Yelli dhalemni », un titre phare de Hedi Jouni et Jihen Gaidi nous a livré une reprise de « Ye Magweni » de Neema.

Le talent vocal de ces 8 candidats est incontestable, témoignant du processus de sélection rigoureux, surtout qu’ils ont tous opté pour un répertoire particulièrement exigeant et difficile. Or, il leur manquait la présence scénique qui captive. Une belle voix ne suffit jamais seule à séduire l’audience. On s’attendait à plus d’énergie sur scène, plus de vitalité et de fraîcheur.

On a même vu un candidat les yeux fixés sur son pupitre, tout au long de son passage, pour lire les paroles, sans même regarder les spectateurs. Certains interprètes sont déjà connus et habitués au contact avec le public, l’âge de certains autres laisse supposer au moins deux décennies de carrière.

Ce n’est probablement pas l’expérience qui leur manque, mais un travail sur la présence scénique qui s’impose impérativement. Fallait-il peut-être leur assurer un travail de préparation  et d’accompagnement,  un véritable coaching, pour valoriser davantage leur talent ? D’ailleurs, on pourrait se fier à l’enthousiasme spontané du public comme meilleur indicateur de l’attractivité des prestations. Les applaudissements pour accueillir les chanteurs et à la fin de leurs passages ont été plutôt froids par rapport à ce qu’on a l’habitude de voir dans les spectacles de musique.

Dans la catégorie composition instrumentale, les trois morceaux joués ont été particulièrement réussis. Il s’agit de « Zagharid we demoua » de Miled Molki, « Oued Rmal » de Walid Snoussi et « Ghouroub » de Hatem Frikha. Le violoniste Walid Snoussi est monté sur scène pour une prestation qui révèle sa virtuosité. Pareil pour Hatem Frikha qui a joué du qanoun debout et dont le passage a été remarquable par son talent et sa vitalité.

La touche d’excellence du maestro Youssef Belhani et son orchestre

S’il y avait un trophée de la prestation la plus dynamique et maîtrisée à la fois, il irait sans doute au maestro Youssef Belheni.

Ses mouvements et ses expressions faciales témoignent de son enthousiasme du début à la fin. Une conduite de l’orchestre qui captive et qui entraîne, et qui, certainement, aurait volé la vedette aux chanteurs s’ils avaient partagé la scène.

Cette énergie communicative s’est transmise aux musiciens, dont certains sont déjà des figures connues du public. Même sans les voir de près, ceux qui ne sont pas installés aux premiers rangs peuvent ressentir la passion qui anime les musiciens et la synergie entre le chef et l’orchestre dans chaque note et chaque passage.

Le festival se poursuivra jusqu’au 8 mars avec d’autres soirées artistiques et compétitives avant la proclamation des résultats et la remise des trophées. La chanteuse marocaine Latifa Raafat assurera la clôture.

Un choix contesté, mais que les organisateurs justifient par un « rayonnement maghrébin » du Festival de la chanson tunisienne auquel ils aspirent. Nous y reviendrons.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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