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Société

Mdhilla : Quand les galeries de l’oubli deviennent un musée

  • 7 mars 18:00
  • 4 min de lecture
Mdhilla : Quand les galeries de l’oubli deviennent un musée

Dans les entrailles du Bassin minier, là où la poussière de phosphate a longtemps scellé le silence des hommes, une voix s’élève pour que l’oubli ne l’emporte pas.

Chafik Rouabeh, employé de la CPG et passionné d’histoire, s’est donné une mission sacrée : exhumer les récits, les outils et les souffrances des mineurs de Gafsa.

À travers la création du tout premier musée dédié au patrimoine minier, il transforme la sueur et les larmes d’hier en un héritage vivant pour demain.

Portrait d’un passeur de mémoire qui refuse de voir l’identité de sa terre s’effriter avec le temps.

La Presse — Au cœur du Bassin minier, là où l’odeur du phosphate se mêle aux souvenirs des habitants et où la terre conte l’épopée d’hommes ayant sculpté leur vie dans la roche, émerge le nom de Chafik Rouabeh.

Passionné d’histoire, principalement celle de sa région, il s’est imposé comme le gardien vigilant de ses récits oubliés.

Employé à la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), Chafik n’est pas un simple agent minier. Il est le témoin passionné d’une longue histoire dont les détails se cachent dans les galeries anciennes et à l’ombre des «Damous» (mines souterraines).

Ces lieux, témoins de rares joies et de multiples souffrances, sont devenus son terrain de prédilection. Depuis des années, il a choisi de s’engager sur un chemin singulier : celui de la recherche et de la sauvegarde du patrimoine méconnu du Bassin minier.

Un travail d’orfèvre entre documents et vestiges

Entre un document jauni, une photographie décolorée, un vieil outil de mineur ou un récit transmis de génération en génération, Chafik prospecte avec la même ferveur qu’un mineur creusant la roche.

Mais sa quête ne porte pas sur le minerai; il cherche les histoires enfouies, celles de ces ouvriers qui ont partagé le pain et la sueur, et ces fragments de passé qui risquaient de s’évaporer avec le temps.

Toutes ces chroniques ne sont pas heureuses. Le «Damous» a parfois été le théâtre de tragédies inoubliables, là où des hommes sont tombés sous le poids de la pierre, laissant derrière eux le deuil d’une mère, d’une épouse ou d’un fils.

Pourtant, ces souvenirs font partie intégrante d’une histoire humaine profonde, indissociable de l’identité de la région.

Du rêve à la réalité : la naissance d’un musée

Animé par cette passion rare, Chafik Rouabeh s’est donné pour mission de dépoussiérer ces récits et d’exhumer des détails trop longtemps restés dans l’ombre. Conscient que cet héritage constitue l’âme et l’identité du lieu, il a refusé de garder ce trésor pour lui seul.

Après des années de collecte méticuleuse, il a décidé de mettre ce fonds inestimable à la disposition du public.

Très prochainement, cette initiative prendra une envergure historique avec l’ouverture du premier musée dédié au patrimoine minier. Cet événement, attendu comme un jalon culturel majeur, sera une porte ouverte sur une facette inédite du Bassin minier.

Dans cet espace, le phosphate ne sera plus seulement cette poussière grise marquant le visage des ouvriers ni ce « métal noir » vendu sur les marchés mondiaux. Il sera révélé dans son sens le plus profond : une boussole ayant guidé des générations, un socle pour leurs rêves et le navire ayant permis à la région de traverser des décennies de défis.

Chafik Rouabeh devient ainsi le narrateur fidèle de la terre et de l’homme du Bassin minier. Une histoire écrite par le labeur, marquée par les larmes, mais préservée par celui qui croit fermement que le passé, aussi lointain soit-il, demeure une part indissociable du présent.

Auteur

Hafedh Trabelsi

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