A l’occasion de la Journée internationale des femmes, la Bourse de Tunis a accueilli l’initiative mondiale « Ring The Bell for Gender Equality ».
Une rencontre qui a permis de débattre de la promotion de l’égalité des genres dans la sphère financière, ainsi que de la question de l’accès des femmes au capital et à l’investissement en Bourse.
La Presse — C’est au siège de la Bourse de Tunis que s’est tenue, récemment, l’édition tunisienne de l’initiative mondiale « Ring The Bell for Gender Equality », à l’occasion de la célébration de la Journée internationale des femmes. Coorganisé par la Bourse de Tunis et ONU Femmes Tunisie, l’événement a constitué une occasion de débattre de la question de l’égalité des genres, particulièrement dans le secteur financier.
« Ring The Bell for Gender Equality » est, en effet, une initiative mondiale portée par les places boursières à travers le monde, en partenariat avec ONU Femmes et d’autres organisations internationales. Elle vise à sensibiliser au rôle déterminant du secteur financier et du secteur privé dans la promotion de l’égalité des genres, tout en encourageant des engagements concrets en faveur de l’autonomisation économique des femmes.
L’événement a ainsi constitué un espace d’échanges entre acteurs du marché financier, sociétés cotées et partenaires internationaux afin de renforcer la mobilisation collective en faveur d’une croissance inclusive et durable.
Le sous-investissement financier des femmes
Des sujets tels que l’accès des femmes au financement, mais aussi leur investissement en Bourse, ont été débattus. Revenant sur cette thématique, Bilel Sahnoun, directeur général de la Bourse de Tunis, a souligné, dans une déclaration à La Presse, que le sous-investissement financier des femmes n’est pas spécifique au contexte tunisien, mais constitue un phénomène généralisé à l’échelle mondiale.
Selon lui, cette situation s’explique notamment par le fait que les femmes ont tendance à éviter davantage le risque et à privilégier la sécurité, alors que l’investissement en Bourse comporte, par nature, un certain niveau de risque. « L’homme prend plus de risques que la femme. C’est naturel et c’est une tendance internationale.
Mais cela n’empêche pas que nous devons encourager les femmes à investir en Bourse », a-t-il ajouté. Le directeur général de la Bourse de Tunis a également indiqué que l’édition de l’année prochaine sera l’occasion de présenter des statistiques sur l’investissement en Bourse selon le genre. « Nous allons également travailler sur la question du financement des femmes.
Nous allons benchmarker avec d’autres places financières et tenter d’identifier des pistes pour améliorer l’accès des femmes au financement, que ce soit via les banques ou via le capital-investissement, afin de favoriser une meilleure autonomisation économique. L’expérience a d’ailleurs montré que, lorsqu’on finance une femme, l’argent est très souvent fructifié. Les femmes sont, semble-t-il, de meilleures payeuses que les hommes », a-t-il indiqué.
Une loi pour imposer une meilleure représentation des femmes dans les conseils d’administration ?
Sahnoun a, en outre, annoncé que la Bourse de Tunis lancera, l’année prochaine, de nouveaux indicateurs de performance (KPI) liés à l’égalité des genres au sein des entreprises cotées.
Sur la base des données collectées dans les rapports ESG publiés par une dizaine d’entreprises cotées, une évaluation du niveau de prise de conscience des sociétés cotées en matière d’égalité des genres sera réalisée.
Par ailleurs, le responsable a indiqué que la Bourse de Tunis plaide pour l’adoption d’une loi introduisant progressivement la parité dans les conseils d’administration des sociétés cotées, et ce, en s’inspirant des pratiques adoptées dans d’autres pays.
« Je plaide pour une loi progressive. On peut fixer, par exemple, trois ou quatre paliers afin d’atteindre, au bout de cinq ou sept ans, un taux de 40 % de femmes représentées dans les conseils d’administration », a-t-il précisé.
Il a également souligné que les pays qui disposent d’un meilleur équilibre entre hommes et femmes dans les conseils d’administration sont ceux qui ont instauré des lois obligeant les sociétés à intégrer un quota de femmes administratrices.
« Les autres pays qui n’ont pas imposé de contrainte réglementaire évoluent, mais à petits pas. En Tunisie, on est passé de 13 % en 2022 à 17 % en 2024, puis à 19 % cette année.
C’est une progression, mais cela reste insuffisant. Pourquoi ne sommes-nous pas à 40 % ? Parce qu’il n’existe pas d’obligation légale imposant ce quota dans les conseils d’administration », a-t-il souligné.
47 mille emplois pour les femmes d’ici 2030
De son côté, Issam Khorchani, consultant auprès d’ONU Femmes Tunisie, a insisté sur la nécessité d’améliorer à la fois le taux de femmes membres des conseils d’administration et celui des femmes qui investissent en Bourse en Tunisie. « Aujourd’hui, le taux de femmes membres des conseils d’administration atteint 19 %, tandis que le taux de celles qui investissent en Bourse s’élève à 25 %.
Il existe donc un écart important entre les femmes et les hommes en matière d’accès au capital et aux opportunités économiques », a-t-il expliqué. Khorchani a ajouté que 35 entreprises tunisiennes sont actuellement signataires et engagées avec ONU Femmes dans les programmes de renforcement de l’autonomisation économique des femmes, notamment dans des secteurs porteurs tels que l’économie verte, les technologies ou encore l’économie de soutien.
L’organisation travaille également de concert avec des partenaires institutionnels afin de renforcer l’autonomisation économique des femmes et encourage l’adoption, au sein des entreprises tunisiennes, des « Women’s Empowerment Principles » (WEPs). « Nous voulons également travailler avec les institutions financières, les entreprises et l’ensemble des acteurs économiques, publics comme privés, afin qu’ils deviennent signataires et s’engagent à nos côtés pour offrir davantage d’opportunités aux femmes tunisiennes, notamment en matière d’accès au capital et aux opportunités économiques », a-t-il indiqué.
Revenant sur le programme régional « Surging Women Employment Program » (Swei), géré par ONU Femmes en Tunisie et en Égypte, l’expert a précisé que celui-ci vise à accroître la participation des femmes au marché du travail en Tunisie de plus de 5 % d’ici 2030, afin de contribuer à l’atteinte de l’Objectif de développement durable n°5 (ODD 5), consacré à l’égalité des genres.
Cet objectif se traduirait par la création d’au moins 47 mille emplois pour les femmes, un effort qui sera mené en collaboration avec toutes les parties prenantes, y compris le secteur privé.