Chroniques de la Byrsa
Quelle vocation pour l’Acropolium ?
Ce mois de Ramadan, comme ses prédécesseurs, voit refleurir un printemps culturel qui est étroitement associé au patrimoine dans toutes ses dimensions. En particulier, il offre au grand public à travers tout le pays, et en particulier dans la capitale, l’occasion de (re)découvrir et de s’imprégner de la beauté de son héritage architectural à travers la multitude des espaces dédiés aux diverses manifestations artistiques qui meublent ce mois. Et puis, extinction des feux. On ferme les locaux et circulez, il n’y a plus rien à voir jusqu’à l’an prochain !
La « cathédrale » de Carthage, ancien lieu de culte catholique désaffecté et cédé à l’Etat tunisien en vertu d’un concordat entre le Vatican et la Tunisie conclu débuts des années 60 du siècle dernier et aux termes duquel le Saint-Siège léguait à la Tunisie les biens fonciers de l’Eglise dont elle n’avait plus l’usage.
Mais, soucieux de ne s’immiscer d’aucune manière dans la vie politique du pays qui était alors dominée par le parti au pouvoir, la Vatican a assorti son geste d’une condition : celle que les locaux récupérés soient consacrés aux services publics à vocation administrative, culturelle ou sociale, à l’exclusivité de toute activité à caractère partisan. Voilà ce qui explique que l’édifice majestueusement installé au faîte de la colline de la Byrsa est tombé dans l’escarcelle du ministère de la Culture.
Le passage obligé et le point de départ pour un circuit dédié au christianisme et à la chrétienté
Peu importe l’usage qui a été fait de cet espace des décennies durant. Aujourd’hui, il est fermé, en principe pour des réparations dictées par son mauvais état. Mais son emplacement au-dessus de vestiges anciens, sa situation au croisement des principales voies de la métropole antique et son appellation initiale de Cathédrale Saint-Louis de Carthage (en souvenir du passage par cet endroit de Louis IX de France et sa mort sur cette colline) lui assignent une vocation à caractère touristique consacré à l’ère chrétienne de notre passé. Mais attention : il ne s’agit pas de faire visiter ce qui fut une cathédrale. Non. Il s’agit de faire de cet endroit un lieu, le lieu de mémoire pour tout un passé.
Notre pays est, en effet, connu pour avoir accueilli l’une des plus anciennes communautés chrétiennes. Il a donné à la chrétienté la première traduction des Evangiles en langue latine et des martyrs parmi les tout premiers; il a donné de grands polémistes chrétiens, l’un des «pères» de l’Eglise et pas moins de trois papes et des communautés chrétiennes ont vécu sur cette terre au moins jusqu’au XI° siècle, tel que attesté par l’épitaphe d’un chrétien mort et enterré à Kairouan au début de ce siècle-là. Et, plus près de nous, nous avons connu des événements marquants à caractère chrétien, tel le Congrès eucharistique international tenu à Carthage même en 1930.
De tout cela et de bien d’autres choses encore que les spécialistes connaissent mieux que l’auteur de cette chronique, il existe des témoignages matériels et immatériels qu’il faut mettre à profit pour faire de l’« Acropolium » le passage obligé pour tout curieux du christianisme et de la chrétienté et le point de départ pour un circuit dédié que ce soit à Carthage même ou à travers le pays.
Ne serait-ce pas là un produit qui serait hautement recherché par les visiteurs étrangers, notamment de confession chrétienne, aussi bien que par les nationaux ?