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A la une Société

Consommation : Le Ramadan des paradoxes

  • 8 mars 18:15
  • 9 min de lecture
Consommation : Le Ramadan des paradoxes

Des départements et des commissions ont longuement planché sur les programmes, plans et prévisions pour que le Ramadan se déroule dans les meilleures conditions. Nous en avons déjà traversé, sans encombre, plus de la moitié.

N’empêche, le ministère du Commerce et du Développement des exportations a annoncé, dans un communiqué, les résultats de ses opérations de contrôle économique menées du 1er au 14 Ramadan.

La Presse —Le ministère a indiqué que ses équipes ont effectué 49.776 visites de contrôle dans 2.171 zones d’intervention. Il a confirmé que 9.875 infractions économiques ont été constatées durant cette période, soit une augmentation de 5,5 % par rapport à la même période du Ramadan de l’année dernière, où 9.357 infractions avaient été enregistrées.

Trop tôt pour tirer des conclusions ? Oui et non.

Oui, si nous prenons en compte que l’on a entendu des réserves, des jérémiades et des plaintes  au niveau des augmentations de prix d’un certain nombre de denrées, de produits qui, au début du mois saint, ont presque doublé.

Ainsi sans raison alors que la quantité ne fait pas défaut.

Considérant que malgré  le forcing des services de contrôle, on a enregistré une augmentation des infractions, il y a quelque chose qui ne marche pas  ou que l’on doit revoir.

C’est ainsi que les légumes, en dépit d’une excellente saison, ont vu leurs prix augmenter alors qu’on en trouve un peu partout en grande quantité. Mais par on ne sait quelle magie, certains ont doublé parce que c’est Ramadan.

La belle laitue était à un dinar. Elle s’est vendue entre 1,800d et deux dinars. Les petits pois se sont cramponnés autour de six dinars et six dinars cinq cents millimes. Les artichauts de même, alors qu’on en planque contre le mur des tonnes.

Ne parlons pas des fruits de saison et de l’intersaison. Les fraises à propos desquelles, on n’a pas fini de geindre, se sont bloquées à dix-douze dinars. Les bananes de contrebande ont été affichées entre quinze et vingt dinars.

Comme d’habitude, un certain nombre de points de vente, tel celui de l’Ariana, ont fait illusion les deux trois premiers jours, avant de céder à la tentation et d’aligner leurs prix sur ceux des marchés municipaux qui ont cavalé à bride abattue.

Des milliers de procès-verbaux ont sanctionné ces écarts, mais nous pensons qu’il faudrait trouver de nouvelles formules, une nouvelle organisation, pour verrouiller ces tentatives qui font échouer toutes les bonnes intentions des autorités locales, contrecarrées par une spéculation encore sûre d’elle-même.

Nous ne cesserons jamais de le répéter, ces marchés et ces points de vente constituent une force stratégique que les autorités se doivent de moderniser et de réorganiser. Des points de vente, des marchés municipaux responsabilisés, où on applique le principe du gagnant-gagnant et où le producteur réalise un profit et le consommateur obtient une utilité.

Si le consommateur n’y gagne pas ce que les intermédiaires empochaient, ils ne serviront à rien. C’est même un moyen de contenir le cavalier seul des grandes surfaces.

On n’a manqué ni de café, ni de thé, il y en  avait de différentes marques, ni  de sucre. Farine, semoules, pâtes, couscous, tout était là tout comme les laitages (dont on doit surveiller la consommation soutenue par des campagnes furieuses et trop insistantes).

Les viandes blanches ont été en vedette et là les prix ont voltigé au gré des lieux. Les grandes surfaces ont, comme d’habitude, saisi l’occasion pour s’assurer des marges confortables, moyennant des découpes et des emballages appropriés pour détourner les prix habituels.

Les vendeurs des marques les plus connues ont fait de même, alors que les représentants de ces secteurs ont assuré que tout irait bien et que les prix seraient stabilisés.

Côté viandes rouges, on ne sait quoi penser. Alors que les organismes chargés de protéger  et de conseiller les consommateurs n’arrêtent pas de dénoncer une hausse des prix insupportable, il n’y a qu’à voir les longues files devant les boucheries pour se rendre compte que l’on a du chemin à faire pour éduquer le consommateur. Les spéculateurs ont encore de belles opportunités pour s’enrichir.

C’est comme le problème du pain. Les instituts spécialisés nous donneront dans quelque temps la quantité qui a été jetée dans les poubelles, à l’occasion de ce mois de Ramadan. Encore une fois, les dégâts seront énormes.

Les boulangeries, classées ou non, ont fait fortune avec du pain d’une taille et d’un poids lilliputien baignant dans du curcuma ou dans lequel on a ajouté quelques graines et de l’huile pour le vendre à sept cents millimes et plus.

Et aux consommateurs d’en acheter sans broncher. Cela nous donne un consommateur qui achète autant de baguettes (cela ne coûte rien !) que de ces pains «spéciaux». Du gâchis, car on ne mangera que le pain «spécial» tout en repoussant les baguettes qui seront jetées à la poubelle ou finiront comme nourrissage de bétail.

Il faut en finir avec cette question de pain et libéraliser son prix en fixant son poids minimum et son prix plafond à partir d’une farine que l’on ne peut utiliser ailleurs et à cette subvention que l’on détourne de mille et une façons au vu et au su de tout le monde.

Oui, si bien des secteurs prenaient exemple sur l’entretien des lieux de culte qui sont peints, remis à niveau au point de vue sonorisation ou éclairage et autres opérations qui permettent leur fréquentation avec aisance et confort.

Tout est fait par des volontaires et le résultat prouve qu’il est possible de faire œuvre utile dans n’importe quel domaine, pour peu que l’on soit animé par la volonté de se rendre utile.

Oui, parce que les restaurants du cœur ont fonctionné à plein régime et ont rivalisé d’ingéniosité pour alléger la peine de ceux qui sont démunis. Remarquables ces volontaires !

Non, parce qu’avec l’Aïd qui pointe son nez, ce sont des dépenses supplémentaires et incontournables. On est encore en pleins soldes prolongés pour l’occasion, mais la fripe (sortie de secours pas seulement pour les démunis) a déjà donné le ton.

Les prix sont montés en flèche et la qualité «laisse à désirer» d’après une mère qui cherchait un blouson pour son fils.

Non, si l’on considère que contrairement à l’éthique de ce mois saint, des sujets exaltés et repris à longueur de journée sur les différents médias, le consommateur (dont certains sont mal éduqués, impulsifs, faibles et influençables) est une proie que l’on se prépare bien à l’avance à déplumer, pour en tirer le maximum.

Quitte à affronter le risque d’empoisonner, ou de tuer ses enfants, en lui fournissant sous différents aspects des produits avariés. Des tonnes de produits non conformes, emmagasinés dans des endroits sordides, ont été saisies.

C’est la raison pour laquelle nous serions bien curieux de connaître ce qu’il en sera de ceux qui ont été pris la main dans le sac.

Comment leur fera-t-on payer leurs forfaitures ? L’exemple doit servir à quelque chose. On ne peut quand même pas exiger que l’on mette à chaque coin de rue un contrôleur et un policier à tous les boulevards pour vérifier ce que l’on transporte.

Néanmoins, la première obligation serait de soumettre  toute opération commerciale à une traçabilité qui pourrait permettre de remonter aisément vers le fournisseur, son adresse et la légalité de ses activités.

Le fournisseur qui vend sa marchandise où la chaîne du froid n’est pas assurée est responsable. Celui qui livre à répétition des tonnes de produits à n’importe qui, pourvu qu’il vende, est responsable de la pénurie qui s’ensuit.

Celui qui ne détruit pas des produits dont la date de péremption est largement dépassée et la cède à ceux qui se chargeront de les écouler en changeant l’emballage est responsable.

C’est la raison pour laquelle la traçabilité est importante. Alors que c’est le commencement de la sagesse, on refuse de s’y convertir. Les lobbies verrouillent les initiatives et boquent toute tentative d’avancée de reprise en main.

N’oublions pas ce qui s’est passé à Sfax où on a décidé de boycotter le poisson en raison des prix prohibitifs. Et cela a marché.

Il faudrait éduquer les consommateurs pour que l’on ait la même réaction collective face à ces hausses de prix que rien ne justifie. Les pâtisseries, qui seront la surprise de la fin de ce mois saint, valent le détour.

Elles poursuivent allégrement leurs vertigineuses envolées, préparées par l’augmentation des prix des fruits secs que rien ne justifie.

Le Ramadan s’achève. Nous le retrouverons, avec joie et plaisir l’année prochaine. Reste à savoir si l’on tiendra compte des enseignements tirés par cette formidable mobilisation pour mieux encadrer le marché et contrecarrer les perturbateurs.

Comme quoi, préparer Ramadan n’est plus une question de mettre à disposition les denrées et produits nécessaires, mais aussi prévenir les ennuis futurs, dans un milieu difficile à contenir et à pénétrer. Celui des spéculateurs.

Auteur

Kamel GHATTAS

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