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Dar Monastiri : deux siècles d’histoire au cœur de la médina de Tunis

  • 8 mars 15:26
  • 5 min de lecture
Dar Monastiri : deux siècles d’histoire au cœur de la médina de Tunis

Au détour d’une ruelle discrète de la médina de Tunis, non loin du mausolée de Sidi Mahrez, une grande porte en bois peinte en vert attire le regard. Derrière ce seuil se trouve Dar Monastiri, parfois appelée Dar Mestiri, une grande demeure du début du XIXᵉ siècle qui abrite aujourd’hui le Centre national de la calligraphie. Entre ses murs épais, le geste patient des calligraphes dialogue désormais avec l’histoire de la médina, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.

Une demeure offerte à un notable de Tunis

La maison, située au numéro 9 de la rue Monastiri, fut construite sous le règne de Mahmoud Bey (1814-1824). Selon les sources historiques, elle aurait été édifiée par le prince Hussein, fils du bey, avant d’être offerte à Mohamed Monastiri, notable et chaouachi (artisan et marchand de chéchias) de Tunis. L’historien et homme d’État tunisien Ahmed Ibn Abi Dhiaf évoque sa place dans la société de la capitale au début du XIXᵉ siècle. À sa mort en 1821, la demeure fut transmise à son fils, qui poursuivit l’activité commerciale familiale dans le souk des chaouachines.

L’architecte et historien français Jacques Revault a également documenté ces résidences urbaines dans son étude Palais et demeures de Tunis (XVIIIᵉ-XIXᵉ siècles), analysant l’évolution des plans, matériaux et décors sous les dynasties mouradite et husseinite. Au fil du temps, Dar Monastiri passa entre plusieurs mains. Une partie de la propriété revint à l’État, tandis qu’une autre fut acquise par la famille Fourati, qui entreprit d’importants travaux de restauration à la fin du XIXᵉ siècle.

Une architecture typique des grandes maisons de la médina

Comme la plupart des grandes demeures de la vieille ville, Dar Monastiri s’organise autour d’un vaste patio central, le cœur de la maison, autour duquel s’articulent les pièces d’habitation. Le visiteur est d’abord accueilli par une grande porte à deux battants, percée d’une petite ouverture appelée bab el-khoukha, autrefois utilisée pour entrer sans ouvrir le portail principal.

La maison comprend deux niveaux bordés de galeries à arcades. Certaines salles adoptent un plan en T, inspiré de l’iwan, forme architecturale répandue dans le monde islamique. À l’étage, les fenêtres sont ornées de moucharabiehs, appelés localement qannariyya, permettant à la fois intimité et circulation de l’air et de la lumière.

Les murs sont décorés de carreaux de céramique aux motifs traditionnels, dominés par les verts et jaunes, complétés par le marbre, le stuc sculpté et le bois ouvragé, dans une esthétique andalou-mauresque. Selon Yassine Mokrani, directeur du Centre national de la calligraphie et conservateur principal à l’Institut National du Patrimoine, la demeure possédait plusieurs dispositifs traditionnels de collecte des eaux de pluie, tels que des citernes appelées majels, et un puits est probablement existé. L’épaisseur des murs, proche d’un mètre, permettait de maintenir une température fraîche l’été et chaude l’hiver.

Demeure historique, lieu de transmission artistique

Classée monument historique en 1922, Dar Monastiri a connu plusieurs fonctions au XXᵉ siècle : Institut des Arts et Métiers (1924), Office de l’Enseignement de l’Artisanat (1933), puis Centre régional des arts tunisiens (1940). Après une importante campagne de restauration en 1992 par l’Institut National du Patrimoine, la demeure a retrouvé une vocation culturelle. Elle a accueilli le Centre national de traduction, avant de devenir en 2017 le Centre national de la calligraphie.

Aujourd’hui, dans les salles qui entourent le patio, des élèves de tous âges s’initient à l’art de la calligraphie arabe, apprenant le naskh, le diwani, le thuluth, la rqaa, le style maghrébin, et les techniques d’ornementation islamique. Expositions, ateliers et rencontres artistiques y sont régulièrement organisés, incluant des projets de numérisation de la calligraphie.

Entre mémoire et création

Dans la lumière douce qui descend du patio, le silence est parfois interrompu par le glissement du calame sur le papier. Là où vivaient autrefois les habitants d’une maison de notable, se transmet aujourd’hui l’art de la lettre arabe. Selon Yassine Mokrani, un projet est en cours pour transformer la demeure en musée des inscriptions et arts calligraphiques.

Dar Monastiri illustre également l’art de vivre des élites urbaines tunisiennes aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, où patrimoine, mémoire et création se rencontrent. Deux siècles après sa construction, la demeure continue de raconter son histoire et de faire dialoguer architecture, mémoire urbaine et art de l’écriture, au cœur de la médina de Tunis.

Auteur

La Presse avec TAP

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