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De longs jours d’incertitude : des Tunisiens bloqués dans les pays du Golfe témoignent

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  • 8 mars 20:52
  • 5 min de lecture
De longs jours d’incertitude : des Tunisiens bloqués dans les pays du Golfe témoignent

Ce qui devait être un voyage ordinaire s’est transformé en une expérience marquante pour plusieurs Tunisiens coincés dans les pays du Golfe lorsque les affrontements et les attaques entre l’Iran, l’entité sioniste et les États-Unis ont brutalement bouleversé l’équilibre fragile de la région. 

En effet, entre fermeture soudaine des espaces aériens, vols annulés et informations contradictoires, des voyageurs se sont retrouvés suspendus dans une attente incertaine, confrontés pour la première fois à une réalité qu’ils n’avaient jusque-là observée qu’à distance : celle d’un conflit qui change, en quelques heures, le cours d’une vie.

Des journées d’incertitude…

Borhene Dhaouadi faisait partie de ces voyageurs. Parti pour un séjour d’une dizaine de jours avec sa mère Samia, il n’imaginait pas que ce voyage spirituel et familial se transformerait en une aventure de dix-sept jours marquée par l’incertitude.

Leur itinéraire devait être simple : Omra en Arabie saoudite, visites culturelles à Mascate, rencontres familiales à Abu Dhabi et retrouvailles amicales à Dubaï. Mais soudain, la situation régionale se détériore, les tensions prennent une dimension militaire et les espaces aériens se ferment progressivement.

“Les vols apparaissent puis disparaissent. Les informations changent d’heure en heure. Et la question devenait simple : comment rentrer ?”, raconte-t-il. Ce moment marque pour lui un basculement. Une phrase qu’il avait souvent entendue dans les journaux “la situation au Moyen-Orient” cesse d’être un commentaire lointain pour devenir une réalité tangible.

 

Dans cette attente prolongée, la vie continuait pourtant presque normalement autour de lui. Les cafés et les restaurants restaient ouverts, les rues de certaines villes du Golfe conservaient leur rythme habituel. Mais derrière cette apparente normalité, les alertes sur les téléphones rappelaient constamment la fragilité de la situation.

Pour Borhene, ces journées d’incertitude ont aussi révélé la valeur des relations humaines. “Nos amis à Jeddah, Mascate, Dubaï ou Abu Dhabi ont été essentiels. Dans ces moments, l’amitié devient très concrète”, a-t-il souligné, tout en ajoutant que cette solidarité spontanée a permis de transformer une période d’angoisse en une expérience humaine marquante.

Quand la guerre se rapproche

Amel Karboul, elle aussi bloquée dans la région, a vécu une expérience similaire. Après deux semaines de réunions professionnelles dans le Golfe, elle devait simplement reprendre un vol pour Londres afin de retrouver ses enfants. Mais la guerre a changé ses plans.

“Des vols apparaissent puis disparaissent. L’espace aérien ouvrait et fermait brièvement. Les messages de sécurité arrivaient chaque heure”, explique-t-elle.

La première nuit, alors que des alertes évoquaient d’éventuelles interceptions de missiles, elle se retrouve dans une situation qu’elle n’avait jamais imaginée. Dans sa chambre d’hôtel à Dubaï, elle s’éloigne des fenêtres et passe une partie de la nuit dans la salle de bain, le seul endroit sans vitrage.

“Assise par terre, enveloppée dans une couverture, je pensais à la vitesse à laquelle la vie peut changer. Quelques heures plus tôt, j’étais dans le rythme habituel des réunions et des projets. Et soudain, je réfléchissais à la sécurité, aux abris et aux itinéraires de sortie”, a-t-elle raconté.

Finalement, après plusieurs jours d’incertitude, Amel trouve une solution en quittant la région par la route via Oman, avant de poursuivre son voyage par Le Caire puis de rentrer chez elle. Un long trajet, rendu possible grâce aux visas et aux documents nécessaires, un privilège dont elle est pleinement consciente.

Ces expériences ont profondément changé la perception des deux voyageurs. De loin, les conflits sont souvent analysés à travers le prisme de la stratégie ou de la géopolitique. Mais lorsqu’on s’en approche, la perspective devient profondément humaine.

“Les parents pensent à leurs enfants. Les gens se demandent simplement s’ils seront en sécurité”, observe Amel.

Pour Borhene, cette parenthèse dans l’incertitude a aussi suscité une réflexion plus large. Ce qu’il a vécu, dit-il, n’est qu’une infime part de ce que subissent les populations qui vivent quotidiennement dans l’ombre des conflits.

Après plusieurs détours, lui et sa mère ont finalement réussi à rejoindre l’Europe via Oman et Istanbul avant de rentrer en Tunisie. “Le retour à la maison, confie-t-il, avait une saveur différente”.

Ces jours suspendus ont laissé une trace durable. Ils rappellent combien la frontière entre la stabilité et le chaos peut être mince, et combien les gestes simples de solidarité peuvent faire la différence lorsque la normalité vacille.

Comme le dit un proverbe tunisien qu’Amel cite avec justesse : “Seul celui qui marche sur des braises ardentes connaît vraiment leur chaleur”.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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