Le foncier, qu’il soit agricole, urbain ou industriel, est devenu un élément stratégique pour la croissance économique et l’aménagement du territoire en Tunisie.
Pourtant, des obstacles persistants : régularisation insuffisante, spéculation, lenteur administrative.
Cela freine sa valorisation et génère des tensions sociales et économiques. Chokri Faouzi, ingénieur général à l’Agence foncière agricole, revient sur ces enjeux et propose des pistes pour transformer le foncier en moteur de développement durable.
La Presse — Le foncier constitue aujourd’hui un déterminant clé de la croissance et de l’aménagement du territoire. Toutefois, malgré les efforts de régularisation engagés, des contraintes structurelles persistent et freinent la pleine valorisation du potentiel agricole, urbain et industriel du pays.
Chokri Faouzi, ingénieur général à l’Agence foncière agricole, a déclaré que le foncier constitue aujourd’hui à la fois un levier majeur de développement et une source persistante de tensions économiques et sociales.
Face à un environnement marqué par la pression démographique, l’urbanisation accélérée et l’essor de l’agriculture intensive, le foncier s’impose désormais comme un actif stratégique de premier plan.
Toutefois, il a souligné les difficultés liées à la régularisation, à la sécurisation des titres fonciers et à la gestion publique qui continuent de freiner l’investissement et d’alimenter certaines inégalités territoriales.
Foncier sous pression : agriculture, urbanisation et spéculation
Sur le terrain, plusieurs dynamiques préoccupantes se dessinent. La pression sur les terres agricoles s’intensifie, certains exploitants étant confrontés à des phénomènes de spéculation foncière qui renchérissent les coûts de production et fragilisent particulièrement la petite agriculture.
Parallèlement, Chokri Faouzi a fait observer que l’urbanisation rapide exerce une tension croissante sur le foncier urbain : dans des villes comme Tunis, Sfax ou Sousse, la flambée des prix complique de plus en plus l’accès au logement pour les classes moyennes.
Dans le même temps, le foncier demeure au cœur de nombreux projets structurants, qu’il s’agisse de zones industrielles ou de parcs technologiques. Néanmoins, il a relevé que la lenteur des procédures administratives continue d’entraver la concrétisation de ces investissements publics et privés, réduisant ainsi leur impact économique potentiel.
S’agissant de la régularisation, l’ingénieur général a indiqué que des progrès ont été enregistrés, mais qu’ils restent insuffisants au regard des besoins. Selon les données du ministère de l’Equipement et de l’Habitat, environ 60 % du foncier urbain et 40 % du foncier rural sont aujourd’hui correctement titrés. Cette situation, a-t-il averti, entretient une incertitude juridique qui pèse sur la confiance des investisseurs et limite la sécurisation des transactions immobilières et agricoles.
Vers une valorisation durable du foncier
Les impacts économiques de ces dysfonctionnements sont multiples. D’abord, ils constituent un frein direct aux investissements agricoles, les exploitants hésitant à engager des capitaux lorsque la propriété n’est pas pleinement sécurisée. Ensuite, la spéculation contribue à une hausse artificielle des prix du foncier, ce qui renchérit le coût des projets industriels et urbains.
Enfin, des inégalités foncières persistent : certaines régions rurales restent sous-exploitées malgré leur potentiel, faute de titres clairs ou en raison de litiges persistants.
Face à ces défis, Chokri Faouzi a plaidé pour un ensemble de réformes structurelles. Parmi les pistes envisagées figurent l’accélération de la digitalisation des registres fonciers afin de renforcer la transparence, la mise en place d’incitations ciblées pour sécuriser le foncier agricole et soutenir les petites exploitations, ainsi que l’encouragement des partenariats public-privé pour valoriser des terrains juridiques assainis.
Il a également appelé à une réforme du cadastre national et à un renforcement des mécanismes de contrôle des transactions.
En définitive, il a insisté sur le fait que le foncier ne doit pas être perçu comme un simple actif immobilier, mais comme un véritable moteur économique. Pour libérer ce potentiel, les investisseurs ont besoin d’une sécurité juridique renforcée, tandis que l’Etat est appelé à moderniser la gestion des titres et à améliorer la transparence du marché foncier.
A ces conditions, le foncier pourra pleinement jouer son rôle de levier de développement durable et inclusif en Tunisie.