Question de la semaine : Peut-on financer une startup grâce au « love money » ?
La Presse — Dans l’univers des startups, les premières ressources financières ne proviennent pas toujours des banques ou des investisseurs professionnels. Bien souvent, elles arrivent d’un cercle beaucoup plus proche : la famille, les amis ou certaines connaissances.
Ce mode de financement, connu sous le nom de love money, constitue pour de nombreux entrepreneurs la première étape permettant de transformer une idée en projet concret.
Le principe est simple : des proches acceptent d’investir une partie de leur argent afin de soutenir un entrepreneur qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Les montants restent généralement modestes, mais ils jouent un rôle déterminant dans les débuts d’une entreprise.
Ces fonds servent, en effet, à financer les premières dépenses : renforcer les fonds propres en augmentant le capital social de l’entreprise dès le démarrage, amorcer le projet en finançant les besoins initiaux, comme la création d’un prototype ou l’étude de marché, prouver aux banques et investisseurs professionnels que le projet est soutenu facilitant par la suite l’obtention de prêts bancaires, etc. D’ailleurs, les exemples d’entrepreneurs ayant réussi à lancer leurs marques grâce au love money ne manquent pas, aussi bien en Tunisie qu’ailleurs.
Ce financement constitue souvent un premier moyen de démontrer que l’idée peut fonctionner avant de se tourner vers des sources de financement plus importantes et plus exigeantes. Pour mobiliser du « love money », l’entrepreneur n’a pas à faire face à la rigueur ni aux exigences des investisseurs professionnels, qui se montrent, particulièrement sélectifs et exigeants.
Il peut compter sur la confiance de son entourage, dont la motivation est souvent davantage relationnelle que financière. Leur objectif n’est pas souvent de réaliser un gain spectaculaire, mais plutôt de prêter main-forte à un proche pour l’aider à concrétiser son projet entrepreneurial.
Dans la pratique, il est généralement plus efficace pour un jeune entrepreneur de mobiliser plusieurs proches plutôt que de solliciter une seule personne pour un montant important. Multiplier les contributions modestes permet de répartir l’effort financier et de réduire les risques pour chacun.
A ce stade, les experts recommandent aux entrepreneurs d’adopter une démarche pédagogique. A une étape encore embryonnaire de la vie d’une startup, la clarté est essentielle. En effet, les membres de l’entourage sollicités ne maîtrisent pas toujours les aspects juridiques ou financiers d’une entrée au capital. Il est donc important de leur expliquer clairement le projet, les modalités de l’investissement ainsi que leur statut d’actionnaire.
Expliquer le business plan et les conditions de la levée de fonds aux investisseurs en love money, mais aussi consigner chaque apport (écrit, statut, pacte d’associés…), s’avèrent pertinents pour éviter les conflits, expliquer les risques de perte de capital et clarifier les attentes de chacun. Cette démarche contribue également à préserver les relations personnelles tout en impliquant les proches de manière rationnelle dans le développement de l’entreprise.
Pour cette raison, le recours au « love money » est souvent vécu comme une première expérience de gouvernance pour l’entrepreneur. L’entrée de nouveaux « actionnaires», même issus du cercle familial ou amical, implique, en effet, de respecter certaines règles : organisation de réunions, transparence dans la communication et information régulière sur l’évolution du projet.
Cette étape prépare également le startuppeur à l’arrivée, à un stade ultérieur, d’investisseurs plus exigeants, tels que les « business angels » ou les fonds d’investissement. De leur côté, les proches doivent garder à l’esprit qu’un projet entrepreneurial comporte toujours une part de risque. Ils doivent être pleinement conscients de la possibilité d’un échec afin d’éviter que d’éventuelles pertes financières ne se transforment en tensions familiales ou amicales.
Mais malgré ces risques et précautions, le love money demeure l’une des sources de financement les plus fréquentes pour les jeunes entreprises. À la croisée de la confiance et de l’investissement, il rappelle que derrière de nombreux projets entrepreneuriaux se trouve souvent un premier soutien venu du cercle le plus intime.