Au fil de ce cheminement apparaissent deux figures singulières : un âne et un pingouin. Présences silencieuses aux allures allégoriques, ils accompagnent le narrateur dans le cadre et dans la durée.
Comme les animaux des fables, ils agissent comme des médiateurs symboliques, élargissant l’intime vers l’universel et transformant l’expérience personnelle en récit.
La Presse — La galerie Selma Feriani organise, le 10 mars, une soirée de projection « Ramadan After Hours » consacrée au film «Chronicles of a Vagabond» (Chroniques d’un vagabond) (2024) de l’artiste visuel Elyès Jeridi. A l’issue de la projection, celui-ci échangera avec l’artiste et curatrice Nicène Kossentini autour du processus de création de l’œuvre, de sa portée et des questionnements plus larges qui la traversent. Bien que leurs pratiques soient distinctes, les deux artistes se rejoignent dans une réflexion commune sur l’image, la mémoire et le récit.
Composé d’un prologue et de six épisodes, «Chronicles of a Vagabond» suit le parcours d’un errant qui marche sans destination, parlant, se souvenant et inventant des histoires au fil de son chemin. A partir de fragments de vie quotidienne, d’images issues des médias numériques et de séquences d’archives (found footage), le film propose une méditation cinématographique sur le temps, la mémoire et les formes du récit.
Artiste visuel et chercheur, Elyès Jeridi développe une pratique située à la croisée du film-essai, du cinéma expérimental et du documentaire d’auteur. Son travail explore les liens entre expérience intime et enjeux collectifs, entre mémoire individuelle et histoire partagée. La projection sera présentée par Nicène Kossentini, dont l’œuvre (photographies et vidéo) se caractérise par des univers minimalistes jouant sur les contrastes du noir et blanc et les zones de semi-visibilité.
A travers ses images, elle interroge la trace, la disparition et la relation sensible aux lieux. Selon Kossentini, «Chronicles of a Vagabond» revisite la forme sérielle contemporaine à travers un dispositif cinématographique fondé sur le mouvement et l’errance. Le film s’ouvre sur un départ et se déploie en un prologue suivi de six courts épisodes, conçus comme des haltes au sein d’un même parcours.
Rien n’y est véritablement figé, l’œuvre progresse au rythme du déplacement, de la voix et des résonances subtiles entre les images.Puisant dans des fragments de vie quotidienne, des images issues des médias numériques et des séquences d’archives (found footage), le film met en dialogue mémoire, perception et narration.
Il en résulte, explique-t-elle, une méditation sensible sur le temps et la présence. Une voix off, portée par le cinéaste lui-même, traverse le film et en devient le fil conducteur, à la manière d’un conteur, elle observe, hésite et interroge le réel, ouvrant la voie à des réflexions à la fois politiques, existentielles et temporelles.
Au fil de ce cheminement apparaissent deux figures singulières : un âne et un pingouin. Présences silencieuses aux allures allégoriques, ils accompagnent le narrateur dans le cadre et dans la durée. Comme les animaux des fables, ils agissent comme des médiateurs symboliques, élargissant l’intime vers l’universel et transformant l’expérience personnelle en récit.
Pour Kossentini, «Chronicles of a Vagabond» s’impose ainsi comme une œuvre qui interroge la forme cinématographique tout en explorant les liens entre mémoire et temporalité. A la fois fragile et mouvant, le film prend la forme d’une fable contemporaine, retraçant le chemin d’un homme qui marche, parle et résiste. A découvrir!