Longtemps considéré comme un objectif naturel de la vie d’adulte, l’achat d’un logement semble aujourd’hui s’éloigner pour une grande partie des jeunes Tunisiens. Entre études plus longues, précarité professionnelle, flambée des prix de l’immobilier et nouvelles aspirations de vie, l’accès à la propriété n’est plus une priorité pour beaucoup d’entre eux.
Une évolution qui soulève la question d’une véritable crise du logement et pose le défi de redonner aux jeunes générations l’envie et les moyens d’acheter. Pendant des décennies, devenir propriétaire faisait presque partie du parcours de vie traditionnel en Tunisie.
La Presse — Le rêve pieux d’acquérir un logement grâce à ses seuls revenus tirés du travail semble être rangé dans les mémoires du passé, pour la majorité des Tunisiens au cours des 10-15 dernières années, appelée « décennie noire ». Auparavant, une fois les études terminées et un emploi trouvé, la priorité était souvent d’économiser pour acquérir un terrain, construire une maison ou acheter un appartement.
Ce projet représentait bien plus qu’un simple investissement : il incarnait la stabilité, la réussite sociale et la sécurité pour la famille. Aujourd’hui, cette vision semble progressivement s’effriter. Chez de nombreux jeunes, l’idée d’acheter un logement n’est plus une priorité immédiate ni un objectif à court terme. Le rêve de la propriété, qui animait les générations précédentes, paraît désormais plus lointain.
Des études plus longues
L’une des principales raisons tient à l’allongement des parcours universitaires. Les études se prolongent souvent bien au-delà de la licence, avec des masters, des spécialisations ou des formations supplémentaires destinées à améliorer l’employabilité. Cette réalité retarde l’entrée dans la vie active et repousse les grands projets personnels, dont l’achat d’un logement.
Des étudiantes en médecine à la Faculté de Monastir qui viennent de Gafsa par exemple ont d’autres priorités et de nouvelles aspirations, que d’acquérir un logement. La colocation ou l’hébergement dans un foyer universitaire, devenu un « luxe » par les temps qui courent leur suffit largement et elles ne sont pas à plaindre à ce niveau. La réussite dans leurs études est leur motivation suprême pour des jours meilleurs.
Mais même après l’obtention d’un diplôme, la stabilité professionnelle n’est pas toujours au rendez-vous. Beaucoup de jeunes doivent composer avec des contrats temporaires, des stages prolongés ou des périodes d’attente avant de trouver un emploi stable. Dans un tel contexte, s’engager dans un crédit immobilier sur plusieurs décennies devient une décision difficile à prendre.
Flambée des prix du logement
À cela s’ajoute la flambée des prix de l’immobilier. Le coût du foncier, celui des matériaux de construction et la hausse générale des prix ont rendu l’accès à la propriété de plus en plus difficile. Pour de nombreux jeunes salariés, le décalage entre leurs revenus et le prix d’un logement est devenu considérable. Même avec un crédit bancaire, le montant des mensualités et l’apport initial exigé restent souvent hors de portée.
Les mentalités évoluent également. Les jeunes générations aspirent davantage à la mobilité et à l’indépendance. Étudier dans une autre ville, chercher des opportunités ailleurs ou envisager une expérience à l’étranger font désormais partie des trajectoires possibles.
Dans ces conditions, la location apparaît souvent comme une solution plus flexible que l’achat, qui implique un engagement financier lourd et durable. Cette transformation des comportements n’est pas sans conséquence sur le marché immobilier.
Certains programmes de logements peinent à trouver preneur, tandis que la demande locative ne cesse d’augmenter. Le marché se trouve ainsi confronté à une nouvelle réalité : une jeunesse moins pressée d’acheter et davantage tournée vers des solutions temporaires.
Pour des crédits facilités
Pour relancer l’accès à la propriété, plusieurs pistes méritent d’être explorées. La première consiste à faciliter l’accès au crédit pour les jeunes ménages. Des formules de financement plus souples, des taux préférentiels ou des mécanismes de garantie pourraient encourager les primo-accédants à franchir le pas.
Le développement de logements adaptés au pouvoir d’achat des jeunes constitue également une piste importante. Des appartements de taille plus raisonnable, à des prix plus accessibles, pourraient répondre à une demande réelle mais encore insuffisamment satisfaite.
Enfin, la question du logement ne peut être dissociée de celle de l’emploi et du pouvoir d’achat. Si les jeunes disposent d’une stabilité professionnelle et d’un revenu suffisant, ils seront naturellement plus enclins à envisager l’achat d’un logement et à se projeter dans l’avenir.
Au-delà de l’immobilier, c’est donc toute une vision de l’avenir qui se joue. Redonner aux jeunes Tunisiens la possibilité de devenir propriétaires ne signifie pas seulement relancer un secteur économique.
C’est aussi leur offrir la perspective de construire leur vie et leur avenir avec davantage de confiance.