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Economie

Entreprises tunisiennes : Quand la géopolitique s’invite dans la stratégie

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  • 10 mars 19:00
  • 4 min de lecture
Entreprises tunisiennes : Quand la géopolitique s’invite dans la stratégie

La géopolitique frappe désormais au cœur des entreprises tunisiennes. Aujourd’hui, elle est devenue une réalité concrète pour les dirigeants : tarifs douaniers, sanctions, crises régionales ou changements réglementaires peuvent effacer des marges, fermer des marchés ou paralyser des chaînes logistiques en quelques heures. Mehdi Taje, directeur de « Global Prospect Intelligence » et expert en prospective stratégique, souligne : « Intégrer la géopolitique à la stratégie n’est plus une option, c’est un impératif pour sécuriser les investissements, anticiper les risques et rester compétitif sur les marchés internationaux ».

La Presse —Longtemps perçue comme un enjeu lointain, la géopolitique est désormais une réalité tangible pour les dirigeants d’entreprise. Dans ce contexte, Mehdi Taje, directeur de « Global Prospect Intelligence » et senior expert en analyse géopolitique et en méthodologies de prospective et d’anticipation, a souligné « longtemps perçue comme un sujet lointain, la géopolitique est aujourd’hui directement intégrée dans le compte de résultat des entreprises ».

Des contraintes à prendre au sérieux

Selon lui, un tarif douanier peut effacer une marge annuelle, une sanction internationale fermer un marché du jour au lendemain, une crise régionale peut paralyser une chaîne logistique en 48 heures, et un changement de norme environnementale ou sanitaire peut rendre un produit non exportable.

Le « World Economic Forum » le confirme : la géopolitique conditionne désormais l’investissement, l’accès aux marchés et la continuité des chaînes de valeur. Pour une entreprise tunisienne dépendante des échanges extérieurs, l’exposition est maximale et les marges d’erreur quasi nulles.

Ignorer la géopolitique ne rend pas neutre : cela rend vulnérable. Ne pas anticiper les tensions régionales, les changements réglementaires ou les chocs du marché peut coûter très cher, voire compromettre la rentabilité de projets stratégiques. A l’inverse, intégrer la géopolitique dans la stratégie permet de sécuriser les investissements, anticiper les normes, renforcer la résilience opérationnelle et réduire le coût du capital, car les investisseurs valorisent désormais les entreprises capables de gérer les risques stratégiques et de démontrer leur maîtrise des environnements complexes.

Vers une culture stratégique de l’anticipation

Pour Mehdi Taje, la prospective et la veille géopolitique sont devenues essentielles : elles permettent de raisonner en scénarios, de cartographier les dépendances critiques fournisseurs, clients, infrastructures logistiques ou zones sensibles et de préparer des réponses rapides face aux crises.

Comme le rappelle un dirigeant tunisien : « La géopolitique doit entrer dans le comité stratégique, pas rester à la télévision! ». Les grandes entreprises et groupes internationaux ont déjà créé des cellules de veille stratégique ou nommé des Chief Geopolitical Officers pour transformer l’information en décisions opérationnelles et protéger leur compétitivité.

Au niveau national, il insiste sur l’urgence de structurer une capacité d’anticipation stratégique transversale, capable d’éclairer les décisions économiques, sécuritaires et sociales.

La compétitivité future ne dépend plus seulement du coût de production ou du prix, mais de la capacité des entreprises à comprendre les rapports de force, anticiper les ruptures et transformer les bouleversements géopolitiques et géoéconomiques en avantage stratégique.

En résumé, selon Mehdi Taje : celui qui comprend décide, celui qui anticipe avance, celui qui ignore subit. Pour l’entreprise tunisienne, la géopolitique n’est pas une contrainte, mais un levier de résilience et de création de valeur dans un monde instable et compétitif.

Dans ce contexte, le coût de l’anticipation reste toujours inférieur à celui de l’erreur parfois de plusieurs millions d’euros.

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Auteur

Sabrine AHMED

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