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Guerre au Moyen-Orient : quelles répercussions économiques pour la Tunisie et les pays arabes importateurs d’énergie ?

  • 10 mars 15:45
  • 6 min de lecture
Guerre au Moyen-Orient : quelles répercussions économiques pour la Tunisie et les pays arabes importateurs d’énergie ?

Les grandes crises géopolitiques au Moyen-Orient dépassent souvent les frontières des pays directement impliqués et entraînent des répercussions économiques à l’échelle régionale. Dans le cas d’une poursuite ou d’un élargissement d’un conflit impliquant l’Iran, les pays arabes non producteurs de pétrole, dont la Tunisie, le Maroc, la Jordanie et le Liban, pourraient être parmi les plus exposés aux retombées économiques.

Des experts économiques estiment que ces pays, fortement dépendants des importations d’énergie et de produits de base sur les marchés internationaux, seraient particulièrement vulnérables à toute perturbation de l’approvisionnement mondial ou à une hausse marquée des prix du pétrole.

Selon ces analyses, les tensions militaires dans la région du Golfe pourraient provoquer une forte augmentation de la facture énergétique de ces économies, ce qui risquerait d’alourdir les budgets publics et d’accentuer les pressions inflationnistes.

Risque de choc sur les marchés pétroliers

Les spécialistes mettent notamment en garde contre l’impact potentiel d’une escalade militaire sur les marchés pétroliers internationaux, compte tenu de l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, considéré comme l’un des principaux passages maritimes pour le transport du pétrole dans le monde. Près d’un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole transite par ce détroit.

Toute perturbation de la navigation ou même la menace de sa fermeture pourrait provoquer une flambée des prix du pétrole sur les marchés internationaux.

Dans ce contexte, l’universitaire et économiste Aram Belhaj a indiqué, dans une déclaration à l’Agence TAP, qu’un choc important sur les prix du pétrole pourrait placer les économies arabes non pétrolières face à des défis financiers et économiques complexes.

Selon lui, si le conflit venait à s’élargir, les prix du pétrole pourraient atteindre des niveaux compris entre 120 et 150 dollars le baril, ce qui entraînerait une hausse significative de la facture des importations énergétiques pour ces pays et pourrait affecter leurs équilibres financiers ainsi que le pouvoir d’achat des citoyens.

Pressions inflationnistes et choix difficiles pour les gouvernements

Dans un tel scénario, les gouvernements pourraient être contraints de faire face à des choix délicats. Ils pourraient soit augmenter les subventions destinées à soutenir les prix de l’énergie sur les marchés locaux, ce qui alourdirait les dépenses publiques, soit répercuter une partie de la hausse sur les consommateurs à travers une augmentation des prix des carburants et de l’électricité.

Une telle évolution risquerait d’alimenter l’inflation et d’accroître les tensions sociales.

Les experts soulignent que l’augmentation des prix de l’énergie se répercute généralement sur l’ensemble de l’économie. La hausse des coûts du carburant et du transport entraîne souvent une augmentation des prix des produits alimentaires, des biens industriels et des services.

Dans les économies fortement dépendantes des importations, l’augmentation des coûts de l’énergie et du transport se traduit généralement par une hausse des prix des produits de base sur les marchés locaux, notamment les denrées alimentaires et les produits industriels.

Impact possible sur l’alimentation, le commerce et l’investissement

Les prix mondiaux des produits alimentaires pourraient également être affectés par les répercussions du conflit, en raison de la hausse des coûts de transport ou de la volatilité des marchés internationaux.

Or, de nombreux pays arabes non pétroliers dépendent largement de l’importation de céréales et de produits alimentaires de base, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux perturbations du commerce international et aux fluctuations des prix.

Les retombées potentielles pourraient également toucher les échanges commerciaux et les investissements. Les tensions géopolitiques créent généralement un climat d’incertitude sur les marchés mondiaux, incitant les investisseurs à faire preuve de prudence, à retarder certains projets ou à réorienter leurs capitaux vers des régions jugées plus stables.

Selon Belhaj, l’aggravation des risques géopolitiques au Moyen-Orient pourrait ainsi ralentir les flux d’investissements directs étrangers vers certaines économies arabes, notamment celles qui cherchent à attirer des capitaux dans les secteurs de l’industrie, du tourisme et des services.

Tourisme et chaînes d’approvisionnement également exposés

Le secteur du tourisme pourrait lui aussi subir les effets indirects d’une escalade régionale, alors qu’il constitue un pilier économique important dans plusieurs pays arabes, notamment la Tunisie, le Maroc et la Jordanie.

Les touristes internationaux ont souvent tendance à percevoir le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord comme un ensemble géographique relativement homogène, ce qui signifie que les tensions sécuritaires dans une partie de la région peuvent affecter l’image de l’ensemble de la zone.

Par ailleurs, les chaînes d’approvisionnement mondiales pourraient faire face à des difficultés supplémentaires, en particulier dans le transport maritime et l’assurance des navires transitant par les passages stratégiques de la région, dont le détroit d’Ormuz.

L’augmentation des coûts du transport et de l’assurance pourrait ainsi renchérir le prix des importations et accentuer les pressions sur les économies déjà confrontées à des déficits commerciaux.

Une crise pouvant aussi accélérer certaines réformes

Malgré ces risques, certains experts estiment que de telles crises peuvent également constituer une opportunité pour repenser les politiques économiques.

La hausse des prix de l’énergie pourrait notamment inciter les pays arabes non pétroliers à accélérer leurs stratégies de diversification énergétique et à renforcer les investissements dans les énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne.

Pour Belhaj, les crises géopolitiques peuvent parfois agir comme un catalyseur pour accélérer les réformes économiques, en particulier dans les domaines de la transition énergétique, du renforcement de la production locale et de la consolidation des chaînes d’approvisionnement internes.

Dans l’ensemble, les expériences passées montrent que les crises géopolitiques majeures au Moyen-Orient ont souvent des répercussions économiques bien au-delà des pays directement impliqués dans les conflits. Pour les économies arabes non pétrolières, le principal défi consiste à renforcer leur capacité de résilience face à ces chocs, à travers des politiques économiques plus flexibles, la diversification des sources de croissance et la réduction de la dépendance excessive aux importations d’énergie et de produits alimentaires.

Auteur

R. I

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