La Hadhra de Fadhel Jaziri au Festival de la médina : Des moments de grâce et de bonheur
Trente-trois ans après sa création en 1993, « Hadhra » de Fadhel Jaziri, produite par le Festival de la Médina, fait encore sensation et draine un large public.
La Presse — Vendredi 6 mars, le Théâtre municipal affichait complet jusqu’au poulailler. Le spectacle était un hommage à son auteur Fadhel Jaziri. Chedly Ben Younes, président de l’Association du Festival de la Médina, a honoré, au cours de son allocution en présence de l’épouse du défunt et de son fils Ali, Fadhel Jaziri en tant qu’artiste exceptionnel ayant contribué à réaliser une œuvre foisonnante qui continue après sa mort à attirer un public nombreux venu saluer la mémoire de l’artiste qui a marqué par ses méga-spectacles la scène culturelle tunisienne.
« Hadhra » de l’après-Jaziri, spectacle musical soufi qui revisite le patrimoine du chant liturgique avec modernité en utilisant des instruments occidentaux, n’a pas perdu de son charme. Grand spectacle populaire, il a réussi à fusionner chants de confréries, scénographie moderne et rythme métissé provoquant la transe du public.
Le chef d’orchestre et de chœur, Samir Ressaissi, a veillé aux transitions de rythme apportant à cette représentation une touche vocale et instrumentale profonde. Le spectacle, qui comporte 17 chants, a démarré non par une invocation comme c’était le cas dans les versions précédentes, mais par « Haya Nzourou Cheikhna Ya Fougra » suivie d’une « Sirat » à la mémoire du défunt.
La représentation était accompagnée de rafales de youyous et d’ovations en cadence du public qui, téléphone en main, a enregistré des extraits du spectacle. Certains spectateurs fervents ont dansé sur les rythmes endiablés provoqués par les sonorités puissantes des bendirs et de la batterie.
« Khouti », « Makech Soltane », « Jaret Lachoueq », « Nadou Lbabakoum Ya Fougra », la complainte « Elleil Zahi » interprétée par Amna Jaziri, « Khamar Ya Khamar », « Belhassen Chedly » chantée par Samir Ressaissi, « Ala Allah Dilali », « Sidi Boualem », « Salem Alih », « Rais Labhar » servie par la voix puissante de Haithem Lahdhiri, « Moulay Sali Wa Salem », « Mourid », « Hadhi Laya » et pour finir « Jad El Hassanein ». Ali Jaziri, le fils de Fadhel, avec sa guitare tonitruante, était aussi de la partie assurant des sonorités rock qui n’ont fait qu’enflammer la salle.
« Hadhra » n’a pas perdu de son prestige, au contraire elle continue à séduire le public, même après la disparition de son auteur.
Avec ses arrangements modernes et ses chants soufis traditionnels (Tariqa), le spectacle a donné une version colorée et chargée de lumière et d’énergie grâce aussi à des danseurs aux pas assurés qui transmettent les gestes et les mouvements des transes soufies d’autrefois en apportant une touche moderne ainsi que les « Snajeq » flamboyants qui créent une ambiance envoûtante.
Le spectacle préserve son authenticité adoptant la polyphonie des chants aux accents grégoriens et aux airs d’opéra pour déclamer Dieu, ses vertus, ses prophètes et ses saints apportant un souffle de joie en ces temps moroses de guerre et de violence.
Une telle escapade réconcilie les Tunisiens avec leur patrimoine culturel toujours et encore renouvelé.
