gradient blue
gradient blue
Culture

Fictions ramadanesques – « El Matbaa » de Mehdi Hmili : Entre drame intime et polar, une série marquée par ses références

  • 11 mars 17:30
  • 6 min de lecture
Fictions ramadanesques – « El Matbaa » de Mehdi Hmili : Entre drame intime et polar, une série marquée par ses références

Dès ses premiers épisodes, « El Matbaa » laissait entrevoir des accents rappelant la série américaine «Breaking Bad», notamment à travers la trajectoire morale de son protagoniste. Comme Walter White, ce père de famille ordinaire s’est retrouvé progressivement entraîné dans une spirale criminelle qu’il justifie d’abord par la nécessité de protéger les siens.

La Presse« El Matbaa » (L’Imprimerie), série de dix épisodes diffusée sur Al Watania 1 depuis le 11 Ramadan (28 février), a tiré sa révérence hier, au terme d’un feuilleton qui aura progressivement installé son univers et fait évoluer ses personnages au fil d’une intrigue mêlant drame familial et polar social.

La distribution réunissait notamment Younes Ferhi, Sawsan Maalej, Abdelhamid Bouchnak, Ghanem Zrelli, Maram Ben Aziza, Sabra Aouni et Yasmine Dimassi, ainsi que de jeunes talents comme l’excellente Molka Aouij (qui a interprété la chanson du générique) et Slim Baccar.

Écrite et réalisée par Mehdi Hmili, la série suivait Nejib (Younes Ferhi), père dévoué et artiste plasticien et calligraphe talentueux. Alors que son épouse est atteinte de la maladie d’Alzheimer (Sawsan Maalej) et que son fils Hayder (interprété par Younes Nawar) se retrouve mêlé à une affaire de chèques sans provision menaçant son avenir, Nejib se voit contraint de dévier de sa trajectoire morale pour sauver sa famille. Par désespoir, il bascule dans la contrefaçon de billets de banque.

Cet homme, qui a passé toute sa vie à travailler dans une imprimerie aujourd’hui sur le point de fermer ses portes, se retrouve en outre floué par un ancien ami galeriste, lequel ne lui reverse pas les revenus issus de la vente de ses tableaux. Pour arracher son fils à la prison, il se lance dans une activité illégale dont il maîtrise pourtant parfaitement les rouages techniques grâce à son expérience professionnelle.

Il s’adjoint pour cela l’aide de Khaoula (Molka Aouij), une jeune femme de la génération Z, libre et affranchie, dotée de solides connaissances en informatique et déjà familière de l’univers de la falsification de documents, qu’elle utilise pour venir en aide à des migrants en situation irrégulière.

Dès ses premiers épisodes, « El Matbaa » laissait entrevoir des accents rappelant la série américaine Breaking Bad, notamment à travers la trajectoire morale de son protagoniste. Comme Walter White, ce père de famille ordinaire s’est retrouvé progressivement entraîné dans une spirale criminelle qu’il justifie d’abord par la nécessité de protéger les siens.

Au fil des épisodes, la dimension de polar a pris de plus en plus d’ampleur: la fausse monnaie  commençait à circuler, de nouveaux protagonistes apparaissaient dans le camp des malfaiteurs et l’ombre du politique s’était progressivement dessinée, pour se confirmer finalement dans les deux derniers épisodes.

Certains développements narratifs étaient toutefois moins convaincants, notamment dans le traitement de certains personnages secondaires. C’est le cas de la fille de Nejib- influenceuse spécialisée dans la mode interprétée par Nour El Hedi- qui pour aider à réunir la somme qui permettra de libérer son frère de prison, s’est impliquée dans des jeux de paris clandestins.

Elle s’imporvise, du jour au lendemain, organisatrice de soirées poker clandestines, activité jusque-là gérée par son frère et son ami et beau-frère Ishak (Slim Baccar), tous deux soumis au racket d’un policier violent et corrompu.

La jeune femme, qui était présentée comme frêle et plutôt casanière, s’est transformé en figure intraitable, prenant d’une main de fer la gestion de ce commerce et allant même jusqu’à tenir tête au policier.

Cette évolution, que l’on a trouvée précipitée et pas très convaincante, rappelait par certains aspects le personnage de Molly Bloom incarné par Jessica Chastain dans le film « Molly’s Game », inspiré de l’histoire vraie d’une ancienne espoir olympique devenue organisatrice de cercles de poker clandestins fréquentés par des célébrités et des hommes d’affaires.

La série a accordé de l’espace au personnage interprété par Abdelhamid Bouchnak. Ce dernier peinait cependant parfois à convaincre pleinement dans ce registre sombre, notamment lorsque le récit lui a ajouté une dimension psychopathologique. En effet, le policier souffrait d’un trouble dissociatif de l’identité, accompagné de délires rappelant directement le personnage de Norman Bates dans « Psycho » d’Alfred Hitchcock.

Mehdi Hmili a, d’ailleurs, conservé la meme configuration visuelle : une mère omniprésente par sa voix, toujours vue de dos ou de profil, installée dans une chaise roulante. Il a toutefois ajouté une autre présence qu’on devinait hallucinée, celle du frère interprété par Bilal Slatnia.

Les clins d’œil et autres renvois aux références, entre cinéma de genre et cinéma social, se sont multipliés tout au long de la série, parfois de manière mimétique, parfois un peu appuyée, témoignant néanmoins de l’univers cinéphile du réalisateur, qui semblait prendre plaisir à convoquer les œuvres ayant nourri son imaginaire.

Au terme de ses dix épisodes, « El Matbaa » laisse l’image d’une série ambitieuse, oscillant entre drame familial et polar social, marquée par l’influence du réalisme poétique, qui a tenté d’explorer les zones grises de la morale à travers la trajectoire d’un homme ordinaire (figure de l’artiste désachanté) acculé par les circonstances. On en a apprécié la sincérité du jeu des acteurs notamment la révélation Molka Aouij.

Cette belle harmonie entre l’image, les performances et la bande sonore. Le rythme posé, soutenu par une musique discrète et expressive accompagnant les émotions sans jamais les surcharger, qui a permis d’ancrer la plupart des personnages et leur univers, même si l’on aurait souhaité quelques épisodes supplémentaires pour mieux justifier la transformation un peu radicale de Nejib.

Auteur

Meysem MARROUKI

You cannot copy content of this page