La Presse — La Tunisie traverse une période de transition financière délicate. Alors que les autorités mettent en place des mesures pour réduire l’usage des espèces et promouvoir les paiements électroniques, le cash continue de croître dans l’économie réelle, atteignant des niveaux inédits ces derniers mois. Cette progression, loin d’être anodine, révèle autant les limites de l’intermédiation financière que les difficultés du tissu productif à adopter des instruments modernes de paiement.
Entre la volonté de l’État de formaliser l’économie, de renforcer la traçabilité et d’élargir l’assiette fiscale, et la réalité du terrain où artisans, commerçants et PME privilégient encore le billet pour sa simplicité et sa souplesse, se joue un véritable paradoxe.
Ce dossier explore cette tension à travers deux perspectives complémentaires : la vision stratégique et institutionnelle, présentée par Anis Ben Saïd, qui détaille les objectifs de la réforme, l’importance du séquençage des mesures et le rôle des «wallets » et paiements électroniques; et l’analyse de Jalel Ben Romdhane, qui met en lumière les causes concrètes de la montée du cash et les freins à l’adoption massive de solutions digitales.
Ensemble, ces deux approches offrent une lecture complète des enjeux économiques, sociaux et technologiques de la transition vers moins de cash, et mettent en évidence les leviers nécessaires pour que digitalisation et formalisation deviennent des moteurs de croissance plutôt que de simples contraintes.