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Consommation : Viandes rouges et blanches dures à cuire

  • 12 mars 15:07
  • 7 min de lecture
Consommation : Viandes rouges et blanches dures à cuire

Dans moins de deux mois, nous serons à la recherche d’un mouton pour l’Aïd El Kébir. La fête du sacrifice qui mettra à contribution aussi bien les bourses des consommateurs que les esprits chagrins ou inventifs.

Chacun ira de ses réflexions. Les uns prôneront  des sanctions contre la spéculation qui s’amplifie à cette  occasion, d’autres recommanderont le boycott, d’autres enfin prôneront la nécessité de ne pas sacrifier de mouton faute de ne pouvoir en acheter, vu son renchérissement.

La Presse — Mais ce mouton et ces viandes rouges, on en a parlé à tous les niveaux de manière régulière. Des actifs au niveau de la « défense des consommateurs » ont soutenu que l’on a atteint les soixante dinars le kilo.

Franchement, nous avons essayé de trouver un boucher qui se fait payer cette somme, et nous n’en avons pas trouvé. Les spéculateurs, sachant qu’on les a à l’œil, ont-ils battu en retraite ? Sans rien remettre en question, ces derniers temps, nous avons visité un certain nombre de bouchers   dont les prix ne dépassaient pas cinquante dinars. Nombreux sont ceux qui cèdent du mouton pour moins que cela.

Est-ce une surprise ou une tentative de calmer le jeu pour laisser passer l’orage alors que des développements semblent se dessiner?

En toute conscience

C’est à voir, mais le fait que les bouchers se soient passé le mot est une preuve que ce secteur est bien devenu un véritable cartel qui agit posément, de manière collective, avec précaution, donc en toute conscience.

Et le renchérissement n’a rien à voir avec  le prix du fourrage. Du moins depuis deux ans, la pluie est venue au secours  des pâturages et les troupeaux un peu partout, ont des parcours bien garnis.

Mais où est alors le problème ?

Il est dans cette solidarité, ce cartel que nous avions toujours dénoncé qui anime ce secteur  détenu par des spéculateurs qui tiennent les points névralgiques et qui imposent leurs prix.

A l’occasion de l’affaire de la Société Ellouhoum, nous avions découvert que l’Aïd et Ramadan étaient devenus des occasions pour détourner de ses véritables objectifs, cet organisme créé pour relancer l’élevage, encourager la production nationale, assurer la fourniture d’une bonne partie de ce dont on a besoin en matière de viandes rouges.

D’ailleurs, selon TAP, Ahmed El Amiri, président de la Chambre des bouchers de Tunis, est poursuivi pour des faits de blanchiment d’argent, d’exploitation des facilités offertes par sa fonction ainsi que par son activité professionnelle et sociale, de monopole et de spéculation illicite, d’abus de confiance aggravé, ainsi que de participation délibérée à l’exploitation, par une personne assimilée à un agent public, de sa qualité en vue de causer un préjudice matériel à une entreprise économique dont l’État détient une part du capital, en contrepartie d’un avantage injustifié perçu à son profit.

Et c’est ainsi que l’on a perdu des années pour rien. Il y a pénurie, hausse de prix, manipulations et au lieu d’aller au fond des choses pour comprendre et rectifier le tir, on a tourné autour du pot. Manque de fourrage, renchérissement des aliments pour bétail, etc. sans expliquer quoi que ce soit, sans  jamais lever le voile sur ce qui a détruit en grande partie ce secteur.

Il semble que l’on tient enfin, un bout du fil d’Ariane qui pourrait nous conduire à plus d’enseignements.

Importation de moutons ?

Le fait d’annoncer que l’on procédera à l’importation de quelques milliers de têtes de moutons pour l’Aïd, a refroidi bien des ardeurs et des tentations. De toutes les manières, que cela soit vrai ou un simple ballon d’essai, importer des moutons vaut mieux que nous gaver de bananes et ce Ramadan s’est bien déroulé sans ce fruit. Un fruit apprécié certes, mais il ne faudrait pas oublier qu’on a toujours remarqué, au terme de chaque campagne, qu’il y a des fuites,  des   manipulations et une mauvaise foi  évidente.

De grandes quantités étaient conservées et remises sur le marché à des prix autres que ceux imposés légalement.

Le consommateur tunisien qui a compté sur les fruits issus de son terroir ne s’en porte pas plus mal.  Dattes, largement à la portée de toutes les bourses, pommes, oranges, mandarines, fraises, etc.  Et tout  a bien marché grâce aux initiatives du Groupement Interprofessionnel des Dattes qui a mis en place des points de vente du producteur au consommateur, qui ont coupé l’herbe sous le pied des spéculateurs. Consommer des dattes, c’est bon pour la santé, répond à des traditions centenaires, nous rappelle que la priorité reste pour ce que produisent nos vergers.

Poulet : au même point

Un communiqué du ministère du Commerce qui a entre-temps ouvert une vaste enquête pour connaître les raisons du renchérissement des viandes blanches (il a sans doute découvert le pot au rose) a fixé en cette fin de Ramadan le prix du poulet. Cette viande qui est devenue par la force des choses la seule qui reste  à la portée du consommateur. Les Tunisiens ont besoin  aux alentours de 13 mille tonnes/mois de poulet. Et cette année la consommation a nettement augmenté en ce mois de Ramadan.

Nous avons, au lendemain de ce communiqué, rendu visite à deux grandes surfaces. L’une a résolu le problème en ne mettant en vente que du poulet trônant dans un ravier et emballé. Le prix du kilo apparaissait nettement : 10,900d. L’autre n’avait que deux pièces dans son comptoir réfrigéré. Aucune étiquette indiquant le prix. Inutile de dire que l’on était bien loin de ce que visait cette fixation qui, d’ailleurs, ne définissait aucune date limite.

Autrement dit, la riposte a été vite trouvée. On débite la pièce PAC, on  enveloppe chaque partie et on fixe son prix. Le consommateur n’a plus que ses yeux pour pleurer.

Comment expliquer et déterminer les responsables de ce refus  d’obtempérer à ces communiqués émanant d’une tutelle qui se retrouvera dans l’obligation de procéder à des contrôles et de malheureusement sanctionner ?

Avec le risque de voir les producteurs provoquer une pénurie artificielle en freinant la production.

A quoi sert, il de reconnaître qu’il n’y a que trois points de production du poulet ( !?) qui fonctionnent normalement  et qu’il y a trop de « trafic » dans ce secteur ?

A moins de confirmer que l’on ne sait pas trop ce qui s’y passe.

Il y a quelque chose dans ce bras de fer qui ne tourne pas rond. Le fonctionnement des deux filières rouge et blanche, sont à revoir en délimitant les responsabilités, en exigeant la traçabilité des produits mis en vente sur le marché et en fixant des lignes rouges.

Auteur

Kamel GHATTAS

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