La Tunisie poursuit en 2026 un ambitieux programme de réforme des institutions et entreprises publiques, visant à améliorer leur performance financière et organisationnelle tout en consolidant leur rôle social et économique.
Les institutions publiques tunisiennes constituent un pilier stratégique de l’économie nationale, jouant un rôle central dans la fourniture de services essentiels dans des secteurs vitaux tels que l’énergie, les transports, l’industrie et les services. Cependant, plusieurs d’entre elles connaissent depuis plusieurs années des difficultés financières et organisationnelles importantes.
Un rapport publié par la Cour des comptes en janvier 2026 révèle des pertes cumulées dépassant un milliard de dinars dans 11 entreprises publiques, relançant le débat sur le futur du secteur public économique et la nécessité de sauver ces institutions sans compromettre leur rôle social.
Malgré ces difficultés, les autorités tunisiennes réaffirment leur engagement à préserver les institutions publiques. Lors d’une visite sur le terrain à la Société Ellouhoum de Ouardia dans le gouvernorat de Ben Arous le 23 février dernier, le président Kaïs Saïed a déclaré que ces entreprises “ne seront ni vendues ni bradées”, insistant sur la nécessité de les purger de la corruption et de la mauvaise gestion qui ont contribué à la détérioration de certaines structures.
Le chef de l’État a également relevé des signes positifs pour certaines entreprises, comme la Société tunisienne de sucre et l’usine d’acier, qui retrouvent progressivement leur niveau d’activité stratégique pour l’économie nationale.
Lors d’une rencontre récente avec la cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, et le ministre de l’Économie et de la Planification, Samir Abdelhafidh, le président a dénoncé la corruption dans de nombreuses institutions publiques, leur sabotage et leur dévalorisation, souvent en vue de leur cession à bas prix.
Un programme de réforme structurant
Le programme de réforme des institutions publiques inscrit dans le projet de budget économique et social 2026 reflète la volonté gouvernementale de restructurer le secteur public, de renforcer sa gouvernance et d’assurer la continuité de son soutien au développement économique et social. L’objectif est de concilier efficacité économique et maintien du rôle social des entreprises publiques.
En 2025, plusieurs mesures réformatrices ont été adoptées pour corriger les problèmes structurels. Parmi elles : la poursuite des contrats-programmes et contrats d’objectifs entre ministères de tutelle et institutions publiques, afin de renforcer la gouvernance et l’efficacité de gestion, le décret n°567 de 2025, interdisant la sous-traitance dans le secteur public, pour limiter l’emploi précaire et stabiliser les pratiques de gestion, la dissolution de certaines sociétés publiques, comme la société de services “Attisaliya”, dans le cadre de la réorganisation institutionnelle de l’État.
Le gouvernement prévoit désormais des mesures structurelles et de gouvernance, incluant restructuration, fusion ou suppression des institutions aux compétences limitées ou à faible impact.
Renforcement de la gouvernance et lutte contre la corruption
En 2026, l’accent est mis sur le renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption et le développement de la gouvernance interne des institutions. Les mesures clés incluent : le renforcement du rôle des conseils d’administration et des conseils d’institution comme instances décisionnelles, la révision des mécanismes de nomination des membres des conseils pour privilégier compétence et spécialisation, l’évaluation et reddition de comptes pour les représentants de l’actionnaire public, la séparation de la direction générale et de la présidence du conseil d’administration, avec généralisation des comités spécialisés (audit interne, gestion des risques), et des programmes de formation et d’accompagnement pour les administrateurs représentant l’État, avec élaboration d’un guide spécifique.
Ressources humaines et contrôle interne
Le programme inclut également : le développement du système de gestion des ressources humaines, avec révision du statut général des agents et publication d’un texte législatif régissant les recrutements externes, le renforcement des mécanismes de contrôle et de gestion interne, avec mise en place d’unités d’audit et de contrôle de gestion pour limiter les abus et améliorer la gouvernance et la création d’une base de données nationale pour suivre la performance des institutions publiques, via un système d’information spécialisé estimé à 676 000 dinars, permettant aux autorités de prendre des décisions éclairées.