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Tunisie : quand ceux du milieu commencent à tomber

  • 12 mars 00:21
  • 4 min de lecture
Tunisie : quand ceux du milieu commencent à tomber

Une note d’analyse de l’Association des économistes tunisiens tire la sonnette d’alarme sur l’effritement d’une catégorie sociale longtemps considérée comme le cœur battant de la cohésion nationale.

Ni pauvres, ni à l’abri. Des ménages tunisiens qui occupaient jusqu’ici une position intermédiaire confortable se retrouvent aujourd’hui suspendus au-dessus du vide, menacés par un déclassement qui n’était pas, il y a encore quelques années, dans le champ des possibles.

C’est ce que révèle une récente note de l’ASECTU, signée par l’économiste Fatma Mabrouk, sous le titre « Quand les crises redessinent la classe moyenne en Tunisie : Vulnérabilités révélées et résilience en action ».

Un socle qui s’effrite sous les coups répétés des chocs

L’analyse rappelle d’entrée qu’appréhender la classe moyenne par le seul prisme du revenu constitue une erreur de lecture. Trois piliers en définissent plus justement les contours : la stabilité de l’emploi, l’accessibilité aux services fondamentaux et la capacité à préserver un certain standing de vie. Or ces trois fondements sont aujourd’hui mis à rude épreuve.

La conjonction de crises économiques, sociales et environnementales a enclenché une dynamique d’érosion du pouvoir d’achat dont le rythme s’est nettement accéléré. Pression fiscale alourdie, hausse continue du coût des services, vagues inflationnistes et phénomènes de pénurie forment un cocktail délétère qui fragilise des foyers pourtant au-dessus du seuil de pauvreté officiel, mais exposés désormais à un risque tangible de glissement vers le bas de l’échelle sociale.

Des stratégies d’adaptation qui ont un prix

Face à cette dégradation, les ménages n’ont pas attendu les pouvoirs publics pour réagir. Diversification des sources de revenus, mobilisation des solidarités de proximité et recours à l’émigration figurent parmi les réponses spontanées les plus fréquemment observées. Autant de ressorts qui ont permis d’amortir, au moins partiellement, les effets des turbulences successives.

Fatma Mabrouk prend soin de nuancer ce tableau : ces mécanismes d’adaptation ne sont pas sans coûts. La précarisation rampante et l’hémorragie des compétences vers l’étranger en constituent les revers les plus préoccupants. La résilience observée relève davantage de la contrainte que d’un choix délibéré, une survie plus qu’un élan.

Formaliser l’informel pour sécuriser l’avenir

Parmi les leviers structurels identifiés par la note, la formalisation de l’économie informelle occupe une place centrale. Ce secteur, qui tient lieu de bouclier contre l’instabilité des revenus pour de nombreux ménages, gagnerait à être progressivement intégré dans les circuits officiels selon une approche inclusive. L’enjeu : sécuriser des moyens d’existence, ouvrir l’accès à la protection sociale et au crédit formel, et renforcer la productivité globale des acteurs concernés.

En complément, la note plaide pour une diversification accrue des activités génératrices de revenus et le développement de l’auto-entrepreneuriat. Plusieurs filières sont identifiées comme prometteuses : commerce électronique, agriculture urbaine, services numériques, énergies renouvelables et artisanat modernisé.

Des secteurs susceptibles de créer de la valeur ajoutée, à condition que les porteurs de projets bénéficient d’un accompagnement ciblé.

La diaspora, réservoir stratégique insuffisamment mobilisé Autre axe développé dans l’analyse : le potentiel encore largement inexploité de la migration circulaire. En facilitant les allers-retours entre la Tunisie et les pays d’accueil, notamment via des accords bilatéraux dédiés, il serait possible de transformer l’émigration en véritable levier de développement local.

Pour la classe moyenne, les bénéfices seraient multiples : stabilisation des revenus grâce aux transferts de fonds, création d’emplois, apports technologiques et investissements productifs sur le territoire national.

Pour activer ce potentiel, la note préconise des dispositifs d’accompagnement au retour, des incitations fiscales fléchées vers l’investissement, ainsi que des programmes structurés de transfert de savoir-faire, élaborés en partenariat avec les associations de migrants et le secteur privé.

Un plan d’action intégré comme réponse d’ensemble

Au-delà des leviers sectoriels, c’est une architecture de politique publique cohérente que l’économiste appelle de ses vœux : un dispositif combinant protection sociale rénovée, accès élargi au financement, sécurisation des parcours professionnels et valorisation stratégique des flux migratoires.

L’ambition affichée est double : restaurer la capacité des ménages à se projeter dans l’avenir et préserver leur rôle moteur dans une dynamique de croissance à la fois durable et inclusive.

 

Auteur

S. M.

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