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Omar El Ouaer et Nesrine Jabeur en concert à la galerie Artemis : Un duo qui réinvente les codes du jazz

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  • 13 mars 18:45
  • 6 min de lecture
Omar El Ouaer et Nesrine Jabeur en concert à la galerie Artemis : Un duo qui réinvente les codes du jazz

Les deux jeunes artistes ont conquis l’audience par leur talent, mais aussi par leur charisme et leur présence scénique.

La soirée a été marquée par une musique de qualité, une alchimie artistique remarquable et une interaction captivante avec le public.

La Presse — La galerie Artemis-Ridha Laâmouri vient de rouvrir ses portes après plusieurs années de suspension de ses activités. Cet espace culturel situé à El Menzah 9 a été tenu pendant une longue période par feu Ridha Laâmouri, décédé il y a quelques mois, et sa veuve. Il était auparavant dédié aux expositions, mais accueillait quelques spectacles de musique tunisiens et même étrangers, dont le célèbre Nassir Chamma.

Après des travaux de restauration, l’espace est remis sur pied pour poursuivre sa vocation culturelle double, entre expositions et musique raffinée.

Une série de spectacles a été programmée et le coup d’envoi a été donné par le pianiste de jazz Omar El Ouaer en compagnie de la chanteuse talentueuse Nesrine Jaber.

Un public nombreux a été présent à cette rencontre musicale qui réinvente les codes du jazz et lui insuffle une énergie en parfaite harmonie avec les soirées ramadanesques.

Omar El Ouaer est un nom qui s’impose dans la scène de jazz tunisienne et qui résiste par un style qui le définit. Il est célèbre pour son jeu virtuose au piano. S’il choisit de se définir en jazzman, il ne se contente pas de reproduire, mais apporte sa propre signature tout en respectant les racines de ce genre musical. Le concept de ses concerts mêle reprises et créativité. Il joue des airs tunisiens et arabes connus, revisités avec de nouveaux arrangements jazzy inédits et ponctués d’improvisations spontanées. Cette perspective originale paraît audacieuse de prime abord, car elle s’applique à un large éventail de répertoires musicaux, du malouf au rap, en passant par les classiques tunisiens et orientaux. Elle est généralement bien accueillie, comme elle séduit des publics aux goûts variés.

Nesrine Jabeur, avec qui il a partagé plusieurs concerts, excelle dans plusieurs styles musicaux. Sa formation lyrique lui permet d’aborder chaque titre avec une voix à la fois puissante et veloutée.

Le spectacle a été entamé en douceur avec un mouachah andalou intemporel « Belladhi askara men aadhb ellama » suivi de « Ye achikata l wardi » de Zaki Nassif. Pour ces deux titres, les paroles en arabe littéraire ont été en harmonie avec les réarrangements agrémentés de notes de jazz.

Dans un hommage à la Palestine face à la crise actuelle, le duo a enchaîné avec « Yammamwil El Hawa », une chanson de résistance folklorique emblématique qui mêle amour et résilience. Place ensuite à la musique tunisienne avec « Ritek ma naaraf win ». La chanson est connue avec la voix de Lotfi Bouchnak sur une musique signée Anouar Brahem.

La pièce instrumentale initialement intitulée « Halfaouine » mêle les influences traditionnelles tunisiennes avec des sonorités contemporaines, dont le jazz. Avec le jeu de Omar El Ouaer, cette nuance a été plus accentuée, apportant une nouvelle dimension à la chanson.

Le deuxième titre tunisien a été « Lamouni eli gharou menni », initialement composée et interprétée par Hedi Jouini. Là encore, les improvisations au piano de Omar El Ouaer ont été chaleureusement applaudies et n’ont pas dénaturé l’essence des œuvres originales.

Le duo a poursuivi avec « Nassam alayana el hawa » de Fairouz. La musique rythmée des frères Rahbani est devenue encore plus poétique avec les improvisations jazzy, sans altérer son énergie. Le public qui connaît par cœur les paroles a accompagné Nesrine Jabeur au chant tout en se laissant porter par les notes du piano.

Et, comme il n’y a ni règles ni frontières strictes en musique, « Zamilou », un titre du rappeur syrien Abu Kulthum, a été brillamment chanté dans une version plus mélodique qui conserve tout de même la force des paroles. 

Après, retour à la chanson tunisienne avec « Lioum galetli izine ezzine », un autre tube de Hedi Jouini dans une reprise teintée de jazz. La soirée a été clôturée avec un classique du malouf tunisien « Alif ya soltani », encore revisité à la manière de Omar El Ouaer et Nesrine Jabeur.

Les deux jeunes artistes ont conquis l’audience par leur talent, mais aussi par leur charisme et leur présence scénique.

La soirée a été marquée par une musique de qualité, une alchimie artistique remarquable et une interaction captivante avec le public.

Omar El Ouaer, qui s’apprête à s’envoler à Paris pour une série de concerts, nous a expliqué que son approche musicale est parfaitement exportable. Il a effectué il y a quelques années une tournée aux Etats-Unis avec Nesrine Jabeur.

Dans leurs spectacles, ils ont fusionné musique tunisienne, orientale et jazz, à l’instar de leur concert à la Galerie Artemis, et le public étranger a découvert et apprécié ce pan de notre culture grâce à ce style innovant. En Tunisie, c’est plutôt l’inverse.

« Je suis à l’aise dans la musique arabe car c’est là où j’ai débuté ma formation artistique », nous a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, je cherche à faire connaître le jazz à un large public en le mêlant à d’autres genres plus familiers. C’est comme ça que j’essaie de les attirer vers mon univers ». Omar El Ouaer pense que l’artiste ne doit pas exécuter machinalement, mais ouvrir de nouvelles voies tout en ayant un esprit critique de soi-même. Ce qu’il déplore, c’est le soutien insuffisant des médias.

« J’ai enregistré trois disques, mais les radios les passent à peine », a-t-il souligné. De plus, la législation actuelle restreint la participation des artistes indépendants aux festivals, ce qui réduit leur visibilité. « Il y a un foisonnement d’événements culturels saisonniers, puis plus rien ».

Les jeunes artistes peinent à se faire programmer et à faire connaître leurs œuvres. Devant le faible appui des décideurs et l’absence d’une véritable industrie musicale, certains finissent par céder et adopter des choix artistiques dont ils ne sont pas pleinement convaincus, juste pour subsister.

Notons que la galerie Artemis-Ridha Laâmouri organise également d’autres rendez-vous musicaux ramadanesques, dont des spectacles de Aida Niati et Sofiene Safta.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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