Attaque des trains : justice pour les cheminots
Il suffit parfois d’un geste aussi bref qu’un jet de pierre pour révéler une fracture plus profonde que le simple éclat d’une vitre. Sur la ligne Tunis–Erriadh, dans la nuit du 3 mars, ce ne sont pas seulement des wagons qui ont été pris pour cible, mais un symbole discret et pourtant essentiel de la vie collective : le service public.
Le jugement rendu le 11 mars par la justice tunisienne, ordonnant le placement de mineurs dans un centre de rééducation pour une durée de six mois, vient rappeler une vérité trop souvent oubliée : la République ne saurait tolérer que ses biens communs soient livrés à la désinvolture ou à la violence. Car une voie ferrée n’est pas un simple assemblage d’acier et de traverses. Elle est la métaphore d’un lien social : elle relie les quartiers, les villes, les destins.
Lorsque des pierres s’abattent sur un train, c’est la confiance publique qui vacille. Les voyageurs effrayés, les vitres brisées, les wagons immobilisés composent une scène qui dépasse le fait divers. Elle interroge notre rapport au bien commun.
Comment en sommes-nous arrivés à considérer l’infrastructure collective comme une cible plutôt que comme un patrimoine partagé ?
La réponse n’est pas seulement judiciaire. Certes, la décision du tribunal rappelle que la loi demeure la barrière nécessaire contre les débordements. Mais la sanction, si indispensable soit-elle, ne peut suffire à elle seule à réparer ce que l’indifférence sociale a laissé se fissurer.
Car derrière la pierre lancée, il y a souvent un vide : celui d’une vigilance familiale affaiblie, d’un encadrement social défaillant, d’une pédagogie civique qui s’est effilochée au fil des années.
Un mineur qui attaque un train ne défie pas seulement l’autorité, il révèle aussi les angles morts de notre responsabilité collective.
La Sncft, en appelant les citoyens à protéger les biens publics et à encadrer les jeunes, formule ainsi une évidence que l’on préfère parfois taire : le service public n’est solide que si la société qui l’entoure l’est également.
Autrement dit, la protection des infrastructures commence bien avant les tribunaux— elle commence dans l’éducation, dans l’exemple, dans cette culture du respect qui transforme l’espace public en maison commune.
Il faut donc comprendre cet épisode comme un avertissement. Les trains transportent des passagers, mais aussi une idée de la communauté nationale : celle d’un pays où chacun peut circuler en sécurité, où le bien public est regardé non comme une proie mais comme une richesse partagée.



