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Fictions télévisées 2026 : Excès de violence et influences mimétiques

  • 14 mars 19:30
  • 7 min de lecture
Fictions télévisées 2026 : Excès de violence et influences mimétiques

L’excès de violence (accidents, meurtres, bagarres…) et les influences déterminantes, voire mimétiques par les séries  étrangères caractérisent les fictions télévisées de Ramadan 2026, notamment chez les réalisateurs venus du cinéma qui semblent confondre film cinématographique et feuilleton télévisé.

La Presse —Dans les nouveaux modèles de fictions : feuilletons et autres séries, les cinq premières minutes sont décisives. Le spectateur habitué à zapper n’a pas la patience d’attendre un ou deux épisodes d’installation des personnages pour que soit dévoilé le sujet principal. L’entrée en matière, dans un langage littéraire ce qu’on appelle l’incipit, introduit les téléspectateurs dans le vif du sujet  et le tient en haleine pour continuer à suivre les prochains épisodes.

Certains réalisateurs ont compris le processus et s’y sont attelés dans leur œuvre. Nous abordons dans ce qui suit l’incipit de quelques feuilletons diffusés par les chaînes de télévision tunisiennes publique et privée au cours de ce mois de Ramadan 2026.

Véritable porte d’entrée, l’incipit a pour fonction de présenter le cadre spatio-temporel, les personnages principaux, de donner le ton, d’accrocher le spectateur en le plongeant dans l’univers de l’œuvre et en l’incitant à poursuivre la suite des événements avec un rebondissement à la fin de chaque épisode. Pour capter donc l’attention du spectateur, le réalisateur doit installer une tension et les premiers éléments du conflit.

Cette promesse narrative permet de déclencher un mouvement. L’objectif est de créer un déséquilibre qui intrigue et donne envie d’aller plus loin. Cette définition générale montre combien il est important de suivre cette démarche pour donner au spectateur l’envie de consacrer son temps à  une fiction et pas une autre ; d’autant plus qu’au mois de Ramadan, le choix est large, sans oublier les annonceurs sans lesquels ces fictions ne peuvent se produire.

Dans un article précédent, nous avons abordé l’introduction du feuilleton «Khottifa» de Sawssen Jemni et la force avec laquelle la réalisatrice a piloté les premières scènes qui se déroulent en plein jour : une mère égare son enfant dans un marché hebdomadaire situé dans un village. L’enfant monte dans un camion pour rejoindre une hirondelle. Ensuite, il est récupéré par une femme qui, avec la complicité de son frère, tient à l’adopter.

Le père de l’enfant, sous le choc, meurt. Perte et disparition, mère biologique et mère adoptive, frères ennemis, relations familiales et relations amoureuses, autant  d’éléments narratifs pour alimenter cette fiction chargée de tensions et de conflits. Certains pourraient reprocher cette approche spectaculaire qu’ils estiment de l’ordre du «sensationnalisme» jouant sur la fibre affective du spectateur, tandis que d’autres apprécient cette accroche et la trouvent percutante. Contrairement à cette démarche, le feuilleton «Hayet» de Kais Mejri commence par un flash-back sur les six derniers mois. La première scène s’ouvre sur les jambes d’un homme qui descend de sa voiture et écrase une cigarette face à une voiture accidentée.

La scène se passe la nuit. Puis changement d’espace, dans une maison cossue, l’homme de main d’un riche spéculateur étrangle un homme qui rend l’âme. Puis les deux protagonistes se rendent en voiture dans un marabout où sont rassemblés des hommes et leur cheikh qui psalmodient une sourate du Coran. Tout se passe, encore une fois, la nuit dans la pénombre. Le motif du meurtre n’est pas clair.

Mais on imagine d’ores et déjà qu’il y a une rivalité entre le cheikh et le spéculateur. Tout se manifeste par leurs regards haineux l’un vis-à-vis de l’autre. Crime, spéculation, corruption et enquête policière constituent les éléments de base de ce récit dont l’espace et le temps ne semblent pas bien définis. Le rythme lent et le clair-obscur qui dominent les épisodes rendent ce drame policier un peu lourd. Certaines prises de vue s’étalent en longueur sans raison réelle, sans compter les mouvements de caméras superficiels et l’abus du drone.

«L’accident» de  Moutiî Dridi démarre avec un pré-générique, gros plan du visage ensanglanté d’un homme à travers un miroir (une scène vraisemblablement inspirée d’un film américain). L’homme se lave les mains puis apparaît le générique. L’homme en question est un livreur qui prend la commande et emprunte sa moto en traversant la ville le soir.

La mise en place de l’événement autour duquel va se dérouler la narration est lente. La caméra est toujours braquée sur le livreur qui passe voir son copain vendeur de téléphones mobiles puis rentre chez lui où il est accueilli par sa petite fille et sa femme. L’installation des personnages tire en permanence et ce n’est qu’à la fin de l’épisode que l’événement déclencheur, à savoir l’accident, arrive.

Le rebondissement est donc laissé à la fin de l’épisode pour permettre aux spectateurs de rester suffisamment motivés pour la suite où seront dévoilés les attendus de cette histoire dramatique : drogue, corruption, violence…

«Ghaybouba » de Mohamed Khalil Bahri se passe encore une fois la nuit. Dans une villa cossue avec piscine, une riche famille célèbre dans la joie l’anniversaire de la fille dont le père lui offre une voiture luxueuse flambant neuve. Dans la même soirée le père perd connaissance. On apprend qu’il est atteint d’un cancer. La fille est amoureuse de son prof, mais la relation se fissure très vite.

Le fils s’adonne à la drogue. Petit à petit le vrai visage des membres de cette famille se dévoile. Le père, accompagné de sa maîtresse, meurt dans un accident de la route. Une instagrameuse dévoile l’affaire. Les événements se précipitent et l’ami de la famille annonce qu’il est devenu le directeur de la société.

Et, bien sûr avec un dénouement heureux ou presque à la fin du feuilleton où au cours d’un repas familial on comprend que l’utilisation avec mauvais escient du téléphone portable est la cause principale des malheurs des gens. De nombreuses entorses techniques ( des plans qui tanguent, l’utilisation du drone à outrance pour les prises de vue aériennes, des ralentis et des travellings circulaires mal servis, etc,) et au niveau thématique, des fractures sociales et familiales souvent inspirées de séries américaines dont se sont influencés les réalisateurs venant du cinéma qui souvent confondent fiction cinématographique et fiction télévisée.

L’époque a changé et sans être nostalgique, il est loin le temps de «Khottab Al Bab» qui met en valeur le patrimoine et les us  et coutumes tunisiennes aussi bien dans le décor, les costumes, les dialogues et les intrigues abordées sans violence. Et ce n’est pas sans raison que ce feuilleton continue actuellement à être diffusé et toujours apprécié par le public.

Auteur

Neila GHARBI

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