Mes Humeurs : Jean Echenoz, l’élégance d’un style inimitable
La Presse — L’Humeur se penche sur la lecture, elle se rapporte à Bristol (Ed. de Minuit), le dernier roman de Jean Echenoz, je suis un peu gêné d’émettre le peu de réserves que j’ai relevées, tant j’ai de l’estime pour l’auteur et de l’admiration pour son style. Disons que je suis un inconditionnel… ou presque.
Divisé en deux parties renfermant trente-deux courts chapitres, le roman raconte une histoire apparemment banale : Bristol sort de son immeuble, il voit un cadavre d’un homme tombé d’une fenêtre du 5e, auquel il ne prête pas attention et continue son chemin, rue des eaux. B. est un cinéaste sans envergure, un seul succès ancien à son actif, il traverse un passage à vide quand il reçoit une commande alléchante : l’adaptation d’un best-seller d’une écrivaine réputée, catégorie Barbara Cartland.
Le tournage se déroule dans un pays africain, où l’attendent des aventures rocambolesques et des difficultés de tournage que les réalisateurs rencontrent toujours. Les bobines du film sont à Paris, suit une projection de presse. Les critiques sont unanimes, un nanard raté comme jamais vu, le blues qui gagne toute l’équipe du film ; la faillite de la maison de production et le désespoir de Bristol. Après ce flop, l’histoire du cadavre du début revient dans le vécu des personnages, doublée cette fois-ci d’un kidnapping, une énigme policière est déclenchée, le roman prend une allure nouvelle avec une belle transition.
A mon avis, Bristol n’est pas le meilleur de l’auteur, on est loin des merveilleuses biographies romancées de Courir, Eclairs et surtout de Ravel (tous aux Editions de Minuit).
Dans mes lectures, je prête peu d’attention au sacro-saint schéma : début, développement, point culminant, dénouement et fin, d’un ouvrage. Ce qui m’intéresse et m’attire c’est le style d’écriture, la construction des phrases, la ponctuation, les images, l’usage d’une langue moderne ; de ces valeurs, le style d’Echenoz n’en manque pas, il est pour le moins captivant; flamboyant.
En exemple, je souligne la description d’une comédienne « les tissus inconnus de lui se conjuguent harmonieusement à sa peau velouteuse, lisse, translucide comme si elle était éclairée de l’intérieur»; un chauffeur « la stature du chauffeur évoque un bâtiment austère, pénitentiaire ou monastique, dont la façade rebute à première vue bien qu’un regard humide, bleu-vert, son dernier étage » lequel de nous, lecteurs aurait eu l’idée d’un homme immeuble…,
Il y a beaucoup de sourires dans Bristol, et pas n’importe lesquels,… un quart de sourire ici, un demi sourire là-bas ou encore Séverine, (personnage principal) qui s’apprête à séduire, elle «…ajuste l’échancrure de son corsage et mobilise les forces vives de son sourire »
Ce qui m’a légèrement agacé c’est la répétition par 3 fois du « il jette un coup d’œil circulaire » et les détails nombreux des descriptions des bêtes en Afrique. Sinon, lisez, dégustez Echenoz, sans modération.



