gradient blue
gradient blue
Economie

Technologies digitales et relations humaines en entreprise : La machine à café, l’outil de management le plus puissant

Avatar photo
  • 14 mars 18:15
  • 5 min de lecture
Technologies digitales et relations humaines en entreprise : La machine à café,  l’outil de management le plus puissant

Certes, les outils numériques sont devenus aujourd’hui indispensables pour faciliter la communication et la collaboration entre les employés, mais aussi entre les générations au sein de l’entreprise.

Toutefois, le partage de valeurs communes et la mise en place d’un cadre de travail propice à l’émergence d’idées novatrices demeurent des leviers essentiels pour un management intergénérationnel efficace.

La Presse — Au tout début, l’introduction des nouvelles technologies au sein des entreprises avait pour principal objectif de moderniser l’organisation. Mais à mesure qu’elles ont offert de nouveaux outils de spécialisation (pour la gestion des ressources humaines, la comptabilité, etc.) et qu’elles sont devenues capables de répondre au moindre besoin des collaborateurs et des entreprises d’une manière générale, ces technologies numériques se sont imposées comme l’allié n°1 des managers.

Et ce, non seulement dans leur mission de gestion des équipes, mais aussi dans celle du management intergénérationnel.

Le thème a, d’ailleurs, été débattu lors d’un panel organisé à l’occasion de l’édition 2026 du « Human Resources Expo », tenue à la Cité de la culture. Parmi les spécialistes présents figuraient Charles-Henri Besseyre des Horts, professeur émérite, Faten Ben Aissa, consultante en communication stratégique, et Jihane Bouzayen, CEO de Bee.

Lors du débat, les intervenants ont surtout mis l’accent sur le rôle subversif des outils numériques au sein des organisations. En révolutionnant le management et en offrant des outils de communication plus clairs au sein des équipes, les nouvelles technologies redéfinissent progressivement les règles du management intergénérationnel.

Incompréhension entre générations 

Partant de son expérience et de sa proximité avec les jeunes générations, Faten Ben Aissa a souligné que le défi des entreprises consiste à former une nouvelle génération capable de maîtriser les outils digitaux tout en collaborant efficacement avec les générations les plus expérimentées. L’experte en communication a également soulevé une particularité qui peut passer inaperçue au sein des organisations : la perception des outils numériques diffère selon les générations.

Pour étayer ses propos, elle a cité l’exemple de jeunes qu’elle a interviewés, qui ont confirmé l’incompréhension entre générations lorsqu’il s’agit de l’utilisation du smartphone. Pour les moins jeunes, il s’agit souvent d’une source de distraction au travail, alors que pour les plus jeunes, il est considéré comme un véritable outil de travail.

« […] On a finalement compris que, pour cette génération-là, le fait de recevoir un mail est une urgence. Or, pour nous, cela relève plutôt de l’archive : on préfère recevoir un message sur Teams, par exemple, c’est plus simple pour nous […]», a-t-elle expliqué.

Ben Aissa a ajouté que les jeunes expriment leur volonté de coopérer et de construire un pont entre les générations. Ils ne remettent pas en cause l’expertise des aînés, mais proposent plutôt un échange gagnant-gagnant : les seniors transmettent leur méthodologie et leur expérience, tandis que les jeunes apportent leur aisance numérique et leur maîtrise d’outils innovants, y compris l’intelligence artificielle.

Elle a toutefois souligné que des résistances subsistent, notamment dans les organisations traditionnelles, où les jeunes ont parfois du mal à mettre en pratique les compétences digitales acquises. A l’inverse, certaines entreprises reconnaissent déjà les bénéfices concrets du numérique: gain de temps, meilleure communication, valorisation du potentiel des jeunes et amélioration de la performance globale.

L’environnement de travail, c’est essentiel !

De son côté, le professeur de gestion des ressources humaines Charles-Henri Besseyre des Horts a expliqué comment les technologies numériques ont transformé le fonctionnement des organisations et la collaboration entre générations. Selon lui, l’arrivée de l’e-mail dans les années 90 a constitué une première révolution, car elle a permis de casser les hiérarchies traditionnelles en donnant la possibilité de communiquer directement avec ses supérieurs.

Il a également insisté sur l’importance des outils de partage des connaissances (knowledge management). Ceux-ci permettent de transmettre le savoir tacite des employés expérimentés, par exemple grâce à des tutoriels ou des micro-vidéos, afin de diffuser l’expérience et les compétences dans toute l’organisation.

A cela s’ajoute le rôle des réseaux sociaux d’entreprise et des outils collaboratifs (comme Teams) qui facilitent la communication et le travail collectif. Cependant, il a averti que la technologie seule ne suffit pas. Son efficacité dépend avant tout de la culture d’entreprise, du management et de la confiance entre les collaborateurs. Selon lui, le mentorat et l’apprentissage intergénérationnel, où juniors et seniors échangent leurs connaissances, demeurent un enjeu central pour les organisations.

Il a, en outre, plaidé pour une organisation plus ouverte et inclusive, dans laquelle chaque employé peut proposer des idées grâce aux outils numériques. Il a comparé cette approche au modèle du bambou, basé sur un réseau de racines (valeurs, technologies et culture) qui permet à de nouvelles initiatives d’émerger partout dans l’entreprise.

Il a conclu que les outils numériques, malgré leur importance et leur précieux apport, sont insuffisants. L’environnement du travail reste un élément clé indispensable pour la gestion efficace de l’entreprise. « Le numérique, c’est bien. Mais il faut aussi créer des moments où l’on vit ensemble. D’ailleurs, la machine à café est, à mon avis, l’outil de management le plus puissant », a-t-il conclu.

Avatar photo
Auteur

Marwa Saidi

You cannot copy content of this page