Des vols annulés, des voyages repoussés et beaucoup d’incertitudes. La guerre au Moyen-Orient assombrit les perspectives pour le tourisme dans cette région prisée des voyageurs internationaux.
Dans ce contexte de tensions persistantes au Moyen-Orient, les équilibres du tourisme international peuvent être aussi bousculés.
Fermetures d’espaces aériens, perturbations du transport aérien, hausse possible des coûts énergétiques : autant de facteurs susceptibles d’impacter les flux touristiques.
La Presse — Les conséquences de ce conflit sur l’industrie touristique locale — et au-delà — sont difficilement mesurables. Mais elles sont importantes.
Si le conflit au Moyen-Orient s’intensifie ou se prolonge, ses effets pourraient certainement se répercuter sur le tourisme mondial de manière significative, notamment sur des destinations géographiquement éloignées comme la Tunisie. Les récents affrontements ont provoqué des fermetures d’espaces aériens et des perturbations massives dans le transport aérien : des hubs internationaux comme Dubaï, Abu Dhabi et Doha ont suspendu ou limité leurs opérations, laissant des centaines de milliers de passagers bloqués, provoquant des annulations et des retards importants pour les vols entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique.
Effet de substitution
Dans cet environnement régional instable, certaines destinations peuvent bénéficier d’un effet de substitution, où les voyageurs redirigent leur intérêt vers des pays considérés comme plus stables et accessibles. La Tunisie demeure l’un des principaux marchés touristiques de la zone Afrique du Nord, affichant une croissance substantielle avant même les tensions actuelles.
Selon les indicateurs, le secteur touristique tunisien traverse une phase décisive, ouvrant la voie à une nouvelle étape destinée à renforcer son positionnement comme pilier stratégique de l’économie nationale. En 2025, la Tunisie a franchi pour la première fois le cap des 11 millions de touristes, un résultat inédit qui confirme la reprise du secteur malgré un contexte régional et international difficile. Cette performance repose sur une stratégie axée à la fois sur l’amélioration de la qualité de l’offre touristique et sur l’augmentation des volumes.
Dans le même sillage, la Tunisie a réalisé des avancées notables dans plusieurs classements internationaux, se positionnant notamment comme la première destination prisée par les touristes chinois.
Par ailleurs, les indicateurs de la Banque centrale de Tunisie (BCT) montrent que les recettes touristiques ont atteint 7,8 milliards de dinars, jusqu’au 25 décembre 2025, en hausse de 6,3 % par rapport à la même période de 2024.
Une opportunité pour la Tunisie, si…
Selon des analyses spécifiques à la région Mena, des pays d’Afrique du Nord et du Golfe ont continué à enregistrer une croissance des arrivées malgré les tensions.
Pour la Tunisie, l’opportunité existe. Elle ne se concrétiserait que si des conditions économiques spécifiques sont réunies. En effet, il est nécessaire de maintenir une accessibilité aérienne renforcée, notamment via divers pôles de connexion, tarifs compétitifs et accords de routes aériennes, afin de compenser les ruptures de liaison causées par la fermeture ou la perturbation des hubs habituels. Il est aussi souhaitable d’investir dans des campagnes marketing internationales ciblées visant les marchés qui hésitent devant les destinations du Moyen-Orient, ce qui est déterminant pour convertir ces intentions vers la Tunisie.
Faut-il rappeler, par ailleurs, que les tensions dans cette région influent directement sur les cours du pétrole et des carburants. Lorsque les prix du pétrole augmentent, cela se répercute rapidement sur le coût du kérosène, qui représente une part importante des dépenses des compagnies aériennes. Des hausses durables du prix de l’énergie peuvent faire augmenter les coûts d’exploitation des vols long-courriers, ce qui conduit à une hausse des tarifs des billets d’avion et à une réduction de la demande de voyages internationaux.
La part du tourisme augmente dans le PIB
Des réactions professionnelles observées, un peu partout dans le monde, illustrent à quel point ce conflit vient bouleverser un secteur en pleine croissance. En 2025, quelque 100 millions de touristes se sont rendus au Moyen-Orient, soit près de 7 % du nombre total de touristes internationaux recensés dans le monde, selon ONU Tourisme. Leur nombre a progressé de 3 % sur un an, et de 39 % par rapport à la période pré-pandémie. En fonction des destinations, les Européens sont très représentés, suivis des touristes venus d’Asie du Sud, d’Amérique ou encore d’autres pays de la région. Dans ces conditions, avertit le cabinet « Oxford Economics », « une baisse des flux touristiques dans la région portera un coup économique plus sévère que par le passé, car la part du tourisme dans le PIB y a augmenté, de même que l’emploi dans ce secteur ».
38 millions de visiteurs internationaux en moins
La même source alerte qu’en raison de la guerre, les arrivées de visiteurs au Moyen-Orient pourraient diminuer de 11 à 27 % en 2026, contre une croissance de 13% initialement prévue. A la clé, selon le cabinet, entre 23 et 38 millions de visiteurs internationaux de moins par rapport au scénario précédent et une perte de 34 à 56 milliards de dollars de dépenses touristiques.



