Chaque année, le mois de Ramadan met à rude épreuve les budgets des ménages tunisiens. Entre la hausse des dépenses alimentaires, la disparition de certaines denrées de base des circuits de distribution officiels et la flambée des prix, les consommateurs doivent également faire face à diverses pratiques illégales sur le marché.
Dans ce contexte, le président de l’Organisation tunisienne pour informer le consommateur (OTIC), Lotfi Riahi, a souligné que la pratique illégale la plus répandue demeure la vente conditionnée. Celle-ci est notamment observée dans certains petits commerces où les vendeurs imposent aux clients l’achat de produits supplémentaires pour obtenir une denrée en pénurie, comme le beurre ou le sucre.
Ce phénomène est également signalé dans certains cafés et salons de thé organisant des soirées musicales. Dans ces établissements, les consommateurs se voient parfois contraints de commander des produits additionnels — comme des pâtisseries — en plus de leur café ou de leur thé, une pratique pourtant strictement interdite par la réglementation.
L’application « Kofti » pour signaler les abus
Afin de lutter contre ces pratiques, l’OTIC a lancé une application mobile baptisée « Kofti », qui permet aux consommateurs de signaler les fraudes et les dépassements constatés dans les commerces.
Les utilisateurs peuvent y préciser la nature de l’infraction ainsi que la localisation de l’établissement concerné. Depuis son lancement, la plateforme a déjà enregistré entre une vingtaine et une trentaine de signalements, principalement liés à la vente conditionnée, à la publicité mensongère et aux fausses opérations de soldes.Certains consommateurs ont notamment signalé que les prix de plusieurs articles ne correspondent pas aux réductions affichées. D’autres plaintes signalées sur la plateforme ont concerné la flambée des prix de certaines denrées, notamment la viande rouge dont le prix a dépassé 55 dinars le kilogramme dans certains points de vente.
Malgré la multiplication des opérations de contrôle économique, Lotfi Riahi a relevé que le rôle du consommateur reste déterminant pour lutter contre ces pratiques.
Selon lui, le boycott constitue l’un des moyens les plus efficaces pour contrer la flambée des prix, citant notamment l’exemple de la ville de Sfax où les consommateurs ont récemment boycotté l’achat de poissons en raison de la hausse des prix, une mobilisation qui a rapidement entraîné une baisse des tarifs.
Concernant la hausse générale des prix observée cette année, le président de l’OTIC a relevé, toutefois, que les mesures prises par le ministère du Commerce — notamment le plafonnement des prix et des marges bénéficiaires de plusieurs produits — ont permis de limiter les fortes flambées enregistrées lors des précédents mois de Ramadan.
Pénuries de beurre et de sucre : plusieurs facteurs en cause
Sur un autre plan, les pénuries récurrentes de certaines denrées, comme le beurre ou le sucre sur le marché s’expliqueraient par plusieurs facteurs. D’une part, certains commerces spécialisés, notamment les pâtisseries, procèdent à des achats massifs de matières premières afin de constituer des stocks en prévision de la forte demande.
D’autre part, certains consommateurs contribuent également à accentuer ces pénuries en achetant de grandes quantités dès qu’un produit réapparaît sur les étals.
Le détournement des produits subventionnés pointé du doigt
Les tensions sur l’approvisionnement seraient aussi liées au détournement de produits subventionnés. Destinées initialement aux ménages, certaines denrées de base — comme l’huile végétale, le sucre ou la farine subventionnée — sont parfois utilisées par des commerces, restaurants ou pâtisseries dans la préparation de produits vendus aux prix du marché.
Face à ces pratiques illégales, plusieurs solutions sont envisagées, notamment l’introduction d’un emballage distinct pour les produits subventionnés ainsi que la fixation de quotas pour les industriels et les commerces, afin d’améliorer la traçabilité et la distribution de ces denrées sur les circuits officiels. Il existe également d’autres alternatives, pour certaines denrées de base comme la farine subventionnée, en modifiant le processus de fabrication à partir des céréales. En conservant un taux plus élevé de fibres lors de la mouture, cette farine serait plus nutritive tout en devenant moins adaptée à son usage dans les boulangeries pâtisseries pour la fabrication de certains produits pâtissiers. Sa couleur naturellement plus foncée la rendrait en effet peu compatible avec la confection de gâteaux ou de produits nécessitant une farine très blanche.
Une telle orientation permettrait ainsi de préserver la vocation première de la farine subventionnée, à savoir la fabrication de la baguette subventionnée, tout en limitant son détournement vers des usages commerciaux plus lucratifs.
Des ménages toujours sous pression financière
Dans le même temps, les ménages continuent de subir une forte pression financière durant cette période. Entre les dépenses liées à la préparation des repas de rupture du jeûne, l’achat des pâtisseries traditionnelles de l’Aïd et l’acquisition des vêtements destinés aux enfants, les charges s’accumulent.
Cette année, la situation est d’autant plus délicate que la fin du Ramadan coïncide, dans certaines institutions, avec un décalage dans le versement des salaires.
Dans ce contexte, Lotfi Riahi a affirmé qu’une avance exceptionnelle du paiement des salaires pourrait contribuer à soulager temporairement les ménages et leur permettre de faire face aux dépenses traditionnelles liées à cette période.D’ailleurs, certaines institutions publiques ont déjà pris l’initiative d’anticiper le versement des salaires, offrant ainsi un répit financier à leurs employés. Cette initiative devrait inspirer les structures privées, dans un contexte où le pouvoir d’achat demeure la principale préoccupation des tunisieImen HAOUARI



