La Tunisie fait face à un risque de stagnation économique persistante, car elle demeure confrontée au piège du revenu intermédiaire, avec un tissu manufacturier encore insuffisamment positionné sur les segments à forte valeur ajoutée et une intégration limitée aux chaînes de valeur mondiales, indique une analyse récemment publiée par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU).
La réindustrialisation s’impose ainsi comme levier de montée en gamme. Renforcer la base industrielle constitue une condition essentielle pour accroître la complexité économique, diversifier les exportations et améliorer durablement la compétitivité du pays, souligne encore cette analyse intitulée « Développer le secteur manufacturier tunisien pour favoriser l’exportation de biens de haute technologie » et élaborée par l’économiste Benen Alaya.
Un récent rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde, cité par l’économiste, montre que plusieurs pays ont réussi à échapper au piège du revenu intermédiaire en réussissant à achever leur processus d’industrialisation tels que Singapour, Taiwan et la Corée du Sud. Pour cela, ils se sont basés sur une combinaison de facteurs. D’une part, Taiwan a investi dans l’éducation et le développement d’une économie basée sur l’innovation et le soutien à la R&D. D’autre part, Singapour s’est focalisée sur des investissements massifs dans les infrastructures pour attirer les entreprises et les talents et a opté pour des stratégies de développement axées sur l’innovation et l’infusion de technologies mondiales, une diversification économique vers des secteurs à haute valeur ajoutée et des services financiers compatibles avec la diffusion des industries de haute technologie. En effet, le progrès technologique et les innovations que l’industrialisation favorise, constituent une opportunité de rattrapage technologique, réduisant la distance du pays par rapport à la frontière technologique.
Ainsi, « afin de pouvoir échapper au piège du revenu intermédiaire, une réindustrialisation à travers le développement du secteur manufacturier constitue un facteur clé dans la production et l’exportation des produits de haute technologie en Tunisie », indique encore le rapport.
Or, « la Tunisie est aujourd’hui enclavée dans le piège du revenu intermédiaire. Malgré sa proximité géographique avec l’Europe, la part des biens de haute technologie dans ses exportations demeure relativement faible. Le secteur primaire, à faible valeur ajoutée, est encore dominant dans l’économie tunisienne qui peine à s’insérer dans les chaînes de valeur mondiales. Le processus d’industrialisation que le pays a entrepris après l’Indépendance a été interrompu prématurément dans les années 1990. Sur le plan sectoriel, la part des exportations manufacturières de haute technologie en Tunisie reste encore modeste : selon l’OCDE, environ 7,7 % des exportations manufacturières sont des produits à haute intensité de R&D en 2023. Cela reste bien en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (≈ 17 %) ».
La réindustrialisation comme levier de montée en gamme
Afin de concilier montée en gamme des exportations, transition économique et durabilité, le document souligne l’importance d’une approche progressive pour aboutir à long terme à une réindustrialisation durable et une transition verte et numérique.
Des réformes structurelles à court terme sont indispensables. Ainsi, l’amélioration du cadre institutionnel, le renforcement de l’efficience des marchés financiers et une flexisécurité adaptée du marché du travail sont des prérequis pour soutenir la transformation industrielle.
La Tunisie doit également, adopter des choix stratégiques ciblés à moyen terme. A cet égard, l’orientation des investissements vers des secteurs prioritaires et des produits technologiquement plus complexes permettra d’accélérer la montée en gamme productive.
A ce titre, le pays doit saisir les opportunités de montée en gamme présentes au niveau de ses produits présentant les niveaux de complexité les plus élevés, mais proches de ses capacités productives existantes. Par conséquent, la Tunisie a intérêt à cibler davantage les secteurs des « machines et matériel de transport » tels que les pompes à gaz/à air et les parties non électriques des véhicules, les produits manufacturiers tels que les matériaux en caoutchouc et les alliages d’aluminium, selon la même source. Toutefois, les produits alimentaires, matières premières et biens à faible complexité offrent peu de perspectives de montée en gamme.
Le pays gagnerait également, à suivre une trajectoire de long terme fondée sur la transition verte et numérique. La réindustrialisation doit s’inscrire dans une dynamique durable, conciliant compétitivité internationale, transformation technologique et création de richesse inclusive.



