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Crédits agricoles accrochés Au-delà du rééchelonnement des dettes

  • 16 mars 20:30
  • 5 min de lecture
Crédits agricoles accrochés Au-delà du rééchelonnement des dettes

Le projet de loi sur les crédits agricoles accrochés vise à redonner un second souffle à plus de 33.000 agriculteurs exclus du financement bancaire. Entre rééchelonnement des dettes, effacement partiel des intérêts et retour dans la chaîne de production, ce texte intervient dans un contexte de sécurité alimentaire renforcée, de stabilisation des populations rurales et de soutien à un secteur clé représentant 10% du PIB tunisien.

La Presse —Après près d’une année de son dépôt à l’initiative d’un groupe de députés, en mai 2025, le projet de loi sur les crédits agricoles accrochés a été adopté mardi 10 mars courant avec 73 voix pour, 3 contre et 2 abstentions.

Le projet a été adopté en l’absence de l’Exécutif, bien qu’il soit en étroite relation avec les objectifs nationaux de sécurité alimentaire plus que jamais d’actualité, au regard des tensions géopolitiques à l’échelle internationale.

Il concerne, en effet, plus de 33.000 agriculteurs qui se sont vus exclure de tout financement bancaire, en raison de défauts de remboursement, entre autres, à cause des aléas climatiques et de la crise Covid pour ne citer que ces deux motifs.

Le nouveau texte prévoit un rééchelonnement des crédits et l’effacement de pénalités de retard et d’une partie des intérêts non payés, mais surtout le retour de nombreux opérateurs dans la chaîne de production, une fois sortis de la liste des créances carbonisées.

Pour les banques, cela permet de récupérer au moins une partie des sommes dues par les agriculteurs, estimées à 4,4 milliards de dinars, dont 21,5 % sont des créances classées, selon les chiffres révélés à l’occasion d’une journée d’étude parlementaire tenue en janvier dernier.

Pour le pays, le texte de loi renferme des dimensions politiques, économiques et sociales, dans la mesure où cela devrait permettre de conforter les efforts visant la sécurité alimentaire selon le principe de « compter sur soi », de réduire la dépendance de l’étranger avec tout ce que cela implique au niveau de la balance des paiements et, enfin, il devra stabiliser les populations rurales et réduire l’envie d’exode pour améliorer ses conditions de vie…

Une partie du problème

Le projet de loi, qui a fait l’objet de nombreuses réunions avec les parties concernées, devait être adopté en début de saison agricole. Or, maintenant que les campagnes de nombreux secteurs (oléicole, dattes, agrumes, semences pour les grandes cultures) touchent à leur fin, ses retombées ne devraient être ressenties qu’à la saison prochaine.

Soit, le fait de débloquer la situation de nombreux agriculteurs leur permet de se préparer pour réintégrer les circuits de production. Toutefois, les dettes des agriculteurs ne constituent pas l’unique obstacle qui entrave le développement agricole en général qui demeure un secteur névralgique avec 10 % du PIB.

Les discussions sur les dettes agricoles ont été l’occasion pour soulever de nombreux problèmes structurels et qui ont été aggravés par plusieurs années consécutives de sécheresse, mais aussi par les années difficiles de la Covid, ce qui a favorisé le recours plus fréquemment à l’importation pour combler les besoins, notamment en produits de base.

Parmi les insuffisances structurelles évoquées depuis de nombreuses années, figurent l’exiguïté relative des terrains agricoles, le morcellement et la fragmentation des exploitations. Cette situation réduit la compétitivité du secteur primaire et pénalise le consommateur final au niveau des prix. Elle complique également l’arrivée des subventions aux petits producteurs qui en ont besoin et diminue la rentabilité des investissements et l’attraction du secteur.

Des pistes d’amélioration

Plusieurs niveaux d’intervention sont alors identifiés pour combler les insuffisances et revenir à des niveaux de production élevés, surtout dans des secteurs vitaux comme les céréales, les viandes rouges et le lait, etc.

Le premier niveau relève de l’autorité de tutelle et consiste à établir une stratégie de développement à long terme avec des étapes et un plan d’action, sur la base d’études scientifiques et de consultations des parties concernées. Un effort est également demandé du secteur bancaire, en l’occurrence de la Banque nationale agricole (BNA), dont les crédits accordés à l’agriculture ne dépassent pas les 7% de son portefeuille.

Mais la faute ne relève probablement pas de la responsabilité de la BNA, si les dossiers de crédits ne sont pas soutenables, ne sont pas correctement présentés ou ne présentent pas de rentabilité. Cela dit, les petits agriculteurs en général ne recourent pas au financement bancaire, sauf en cas de nécessité urgente, catastrophe naturelle, mais vivotent avec leurs propres moyens.

Un autre segment est identifié concernant le choix des variétés que ce soit au niveau des grandes cultures, des oliviers plantés ou encore du cheptel élevé pour la production des viandes ou du lait. Selon les experts, il existe des variétés plus rentables et plus adaptées au climat tunisien que d’autres…

Et globalement, le secteur a besoin d’être modernisé, pour rattraper son retard, et mieux contrôlé, avec une traçabilité minutieuse «de la fourche à la fourchette»…

Auteur

Lassâad BEN AHMED

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