Kiosque international
Géopolitique et industrie
La guerre en Iran fragilise la chaîne mondiale de l’automobile
La Presse —Le conflit déclenché fin février 2026 entre l’Iran et les États-Unis commence déjà à produire des effets au-delà du Moyen-Orient. Selon plusieurs analyses industrielles, dont celles de «S&P Global Mobility», les tensions militaires dans la région menacent les chaînes d’approvisionnement mondiales, avec un impact particulièrement sensible pour l’industrie automobile.
Au cœur des inquiétudes se trouve le détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus stratégiques du commerce international. Ce corridor reliant le golfe Persique à l’océan Indien constitue une route essentielle pour le transport de pétrole, de gaz et de marchandises industrielles. La montée des risques sécuritaires pousse déjà certaines compagnies maritimes à modifier leurs itinéraires, tandis que les assureurs augmentent les primes pour les cargos et pétroliers traversant la zone.
Ces perturbations logistiques entraînent une hausse des coûts de transport et des délais de livraison plus longs. Or, l’industrie automobile fonctionne largement selon un modèle logistique «juste-à-temps», qui repose sur des flux continus de pièces et de composants. Toute interruption dans ces chaînes peut donc ralentir la production de véhicules.
La situation intervient dans un contexte où le secteur automobile reste particulièrement vulnérable aux chocs internationaux. Les pénuries de semi-conducteurs durant la pandémie et les perturbations provoquées par la guerre en Ukraine ont déjà mis en lumière la dépendance des constructeurs à des chaînes d’approvisionnement mondialisées.
Au-delà des risques logistiques, le conflit pourrait aussi renchérir les coûts de production. Le Moyen-Orient étant un acteur clé du marché énergétique, toute tension dans la région peut entraîner une hausse des prix du pétrole et du gaz. Une énergie plus chère augmente les coûts de transport, de fabrication et de distribution pour les constructeurs automobiles.
À terme, ces pressions pourraient se répercuter sur le prix final des véhicules et accélérer certaines transformations du secteur, notamment la recherche de chaînes d’approvisionnement plus sécurisées ou la réorganisation géographique de la production. Le conflit rappelle ainsi la forte interdépendance entre géopolitique et industrie dans une économie mondialisée.
Fraude numérique en Afrique
L’IA impliquée dans 69% des fraudes biométriques
L’essor rapide des services financiers numériques en Afrique s’accompagne d’une montée inquiétante de la fraude à l’identité numérique. Selon un rapport publié par la société de vérification d’identité «Smile ID», les technologies d’intelligence artificielle jouent désormais un rôle central dans ces attaques, étant impliquées dans 69% des fraudes biométriques détectées en 2025.
L’étude repose sur l’analyse de plus de 200 millions de vérifications d’identité réalisées en 2025 dans 35 pays africains, couvrant 37 secteurs d’activité. Elle s’appuie également sur une base de données cumulative de plus de 400 millions de vérifications collectées depuis 2019. Les résultats montrent que la fraude numérique sur le continent ne se limite plus à des tentatives isolées : elle est devenue structurée, automatisée et capable d’opérer à grande échelle.
Les cybercriminels exploitent désormais des outils avancés d’intelligence artificielle pour créer des identités numériques très crédibles, notamment à travers des deepfakes, des visages synthétiques ou des technologies de manipulation faciale. Ces méthodes permettent de tromper les systèmes de vérification biométrique utilisés par les institutions financières et les plateformes numériques, remettant en cause l’efficacité de certains contrôles fondés sur les selfies ou les correspondances faciales.
Le rapport met également en lumière la réutilisation massive des identités numériques. Les chercheurs ont ainsi identifié plus de 160.000 tentatives de vérification frauduleuses associées à seulement 100 identités faciales en un mois. Dans certains cas, un même visage a été utilisé plus de 12.000 fois sur différentes plateformes, tandis qu’une seule identité biométrique a généré plus de 1.000 tentatives d’ouverture de compte en 30 minutes, révélant un niveau élevé d’automatisation.
Autre évolution notable : les fraudeurs ciblent désormais davantage les comptes existants. Les attaques lors des phases d’authentification sont aujourd’hui cinq fois plus fréquentes que celles visant la création de nouveaux comptes. Cette évolution intervient alors que l’inclusion financière progresse rapidement sur le continent.
En une décennie, la part des Africains disposant d’un compte financier est passée de 34% à près de 60%, représentant plus de 200 millions de nouveaux comptes. Une expansion qui renforce l’importance de systèmes de sécurité capables de suivre le rythme de la transformation numérique africaine.
Les fausses informations
417 milliards de dollars de pertes par an pour l’économie mondiale
La désinformation représente désormais un coût économique majeur à l’échelle mondiale. Selon une étude menée par le groupe de conseil technologique «Sopra Steria» en collaboration avec l’institut d’analyse «OpSci», les fausses informations entraînent environ 417 milliards de dollars de pertes chaque année pour l’économie mondiale.
Ce montant équivaut à près de 15 % du produit intérieur brut de la France. Les chercheurs ont compilé de nombreux rapports et données internationales afin d’évaluer l’impact économique global de la désinformation, en prenant 2024 comme année de référence. Les pertes proviennent de plusieurs sources, notamment les escroqueries liées aux cryptomonnaies, qui auraient généré près de 18 milliards de dollars de pertes, ainsi que les revenus indirects tirés par certaines plateformes numériques grâce à la diffusion de contenus trompeurs, estimés à 16 milliards de dollars.
La principale source de préjudice économique provient toutefois des faux avis publiés sur les plateformes de commerce électronique. Selon l’étude, ces pratiques représenteraient 227 milliards de dollars de pertes par an, soit plus de la moitié du coût total lié aux fausses informations. Les chercheurs estiment que 20 à 30 % des avis en ligne pourraient être falsifiés, influençant fortement les décisions d’achat des consommateurs.
Les auteurs de l’étude évoquent l’émergence d’une véritable industrie des faux avis, avec des réseaux organisés et des sites proposant la vente de milliers d’évaluations fictives pour quelques dizaines d’euros. La désinformation peut également provoquer une forte volatilité sur les marchés financiers.
L’étude souligne enfin que l’essor de l’intelligence artificielle amplifie le phénomène. Les outils d’IA permettent de produire des contenus trompeurs plus rapidement et à moindre coût, notamment des vidéos ou enregistrements audio falsifiés. Selon les chercheurs, cette évolution pourrait augmenter l’impact économique de la désinformation de 15 à 30 % dans les prochaines années.



