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Economie

Billet : L’environnement, une culture de gouvernance

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  • 17 mars 17:45
  • 4 min de lecture
Billet : L’environnement, une culture de gouvernance

La PresseDans le fracas des urgences économiques, des réformes budgétaires et des débats politiques, l’environnement reste souvent perçu comme une question secondaire, presque décorative. Pourtant, derrière chaque croissance durable, chaque territoire prospère et chaque société équilibrée se cache un facteur déterminant : la santé des écosystèmes. Ce capital silencieux, souvent invisible dans les tableaux de chiffres, constitue pourtant l’un des piliers les plus solides du développement.

La Tunisie se trouve aujourd’hui face à une réalité simple, mais décisive : l’économie et l’environnement ne sont pas deux mondes séparés. Ils respirent ensemble. L’un dépend profondément de l’autre. Une terre fertile, des ressources hydriques préservées, des littoraux protégés ou encore des forêts vivantes ne représentent pas seulement un patrimoine naturel.

Ils sont aussi le socle d’activités économiques entières, de l’agriculture au tourisme, de l’énergie aux industries vertes. C’est dans cet esprit qu’une réflexion s’est ouverte au sein du Conseil national des régions et des districts, en présence du ministre de l’Environnement Habib Abid. Au-delà du cadre institutionnel, cette discussion illustre une prise de conscience plus profonde : protéger l’environnement n’est plus un luxe ni un simple geste symbolique. C’est une stratégie nationale.

Car chaque dégradation écologique finit par se transformer en coût économique. Une nappe phréatique surexploitée fragilise l’agriculture. Une côte polluée affaiblit l’attractivité touristique. Une biodiversité appauvrie réduit les capacités d’adaptation face aux crises climatiques. L’environnement agit comme une infrastructure naturelle : lorsqu’elle se détériore, toute l’économie en ressent les secousses.

Mais à l’inverse, un écosystème sain devient un formidable moteur de prospérité. Les pays qui ont compris cette équation ont progressivement intégré la dimension environnementale au cœur de leur planification économique. L’économie verte n’est plus un slogan : elle devient un modèle de compétitivité.

Pour la Tunisie, l’enjeu est d’autant plus crucial que le pays se prépare à définir ses orientations à travers le futur plan de développement 2026-2030. Ce moment représente bien plus qu’un exercice administratif. Il constitue une occasion rare de repenser les priorités nationales et d’inscrire la durabilité au centre des politiques publiques.

L’environnement, dans cette perspective, ne doit plus être traité comme un secteur isolé, confié uniquement aux institutions spécialisées. Il doit traverser toutes les politiques : agriculture, industrie, urbanisme, transport, énergie. Autrement dit, il doit devenir une culture de gouvernance.

Cette transformation exige aussi une nouvelle alliance entre les institutions, les entreprises et les citoyens. Car la protection de la nature ne peut être décrétée uniquement par des lois ou des règlements. Elle se construit par une conscience collective, par une compréhension partagée du lien intime entre prospérité et préservation.

Dans ce sens, encourager l’innovation verte et l’investissement environnemental devient une nécessité stratégique. Les technologies propres, les solutions énergétiques durables ou les modèles d’économie circulaire peuvent ouvrir de nouveaux horizons économiques. Ils représentent non seulement des opportunités pour les entreprises, mais aussi des réponses concrètes aux défis écologiques.

Mais le défi le plus profond reste peut-être culturel. Consolider une véritable conscience environnementale signifie réapprendre à considérer les ressources naturelles non comme des richesses à exploiter sans limites, mais comme un héritage commun à transmettre. Une terre, une mer, une forêt ou un désert ne sont pas seulement des paysages : ils racontent l’histoire d’un pays et conditionnent son avenir.

Dans un monde où les crises climatiques redessinent les équilibres économiques, la Tunisie ne peut plus se contenter de gérer l’urgence. Elle doit anticiper, protéger et valoriser son capital naturel. Car au fond, préserver l’environnement, ce n’est pas seulement protéger la nature. C’est protéger la possibilité même du développement. Et surtout, c’est protéger l’avenir.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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