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Dar Daouletli : un joyau historique devenu centre culturel de la médina de Tunis

  • 17 mars 14:55
  • 3 min de lecture
Dar Daouletli : un joyau historique devenu centre culturel de la médina de Tunis

Au cœur de la médina de Tunis, dans la ruelle Deriba qui se ramifie depuis la rue Sidi Ben Arous à proximité de la Kasbah, se dresse Dar Daouletli, un palais historique chargé de siècles d’histoire politique, urbaine et culturelle.

Construit durant l’époque ottomane muradide (1574–1705), ce bâtiment emblématique a accueilli dès 1934 le siège de l’Institut Rachidi pour la musique tunisienne, ou Rachidiya, institution prestigieuse dédiée à la préservation et à la valorisation du patrimoine musical tunisien.

Autrefois, Dar Daouletli servait de centre de pouvoir, de justice et de sécurité au sein de la médina. Le palais était le siège du Dey Douletli, un haut responsable de la ville chargé de la sécurité, de l’administration et de la justice. Les audiences se tenaient dans la salle de justice, surplombant la cour intérieure, tandis que les prisonniers étaient conduits depuis les cachots par un passage sécurisé. Ce dispositif combinait résidence, administration et justice dans un seul complexe architectural, illustrant l’organisation politique de l’époque ottomane à Tunis.

Le titre “Daouletli”, d’origine turque mais dérivant de l’arabe “dawla” (État), désignait le Dey responsable de l’ordre urbain. Ahmed Agha, ancêtre de la famille Douletli, fut l’un des principaux chefs militaires de Tunis au début du XIXe siècle. Il joua un rôle clé lors de la révolte de 1816 et supervisa l’ensemble de la sécurité urbaine, dirigeant près de 50 Hanebas et 55 Qabtajis, forces de sécurité de l’époque.

Le palais, situé dans une zone surélevée de la médina et à proximité de la Kasbah, a été conçu pour refléter le statut et l’importance de ses occupants. Le Saray, ou résidence principale, s’ouvre sur un grand patio central entouré de galeries à colonnes de marbre, avec des chapiteaux d’inspiration andalouse, maghrébine et italienne. Le bâtiment comprend également cuisines, bains, puits, citerne et dépendances pour le personnel. La Deriba abritait la cour, le tribunal et la prison, reliés de manière sécurisée pour la gestion des audiences.

Au fil du temps, avec la fin du rôle politique du Dey et les changements de régime, Dar Daouletli a été réaffectée à la culture. Depuis les années 1960, elle constitue le siège de l’Institut Rachidi, qui organise des cours, des recherches et des concerts de musique traditionnelle tunisienne, notamment le festival “Tarnimat” pendant le Ramadan. Classé monument historique le 19 octobre 1992, le palais a fait l’objet de travaux de restauration à la fin des années 1990 et de nouvelles rénovations sont prévues afin de préserver son authenticité et sa splendeur architecturale.

Aujourd’hui, Dar Daouletli symbolise le mariage de l’histoire et de la culture, conservant la mémoire ottomane de Tunis tout en incarnant la vitalité du patrimoine musical tunisien, offrant aux visiteurs et aux chercheurs un lieu unique où le passé et la créativité contemporaine se rencontrent.

Auteur

S. R

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