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Face à la flambée des prix, le consommateur tunisien a une arme : saura-t-il s’en saisir ?

  • 18 mars 22:06
  • 5 min de lecture
Face à la flambée des prix, le consommateur tunisien a une arme : saura-t-il s’en saisir ?

La politique de l’offre et de la demande, les prix des matières premières, l’inflation et la valeur du dinar tunisien sont autant de paramètres déterminants dans l’évolution des prix, à la hausse comme à la baisse. Ce sont là les fondamentaux de la science économique. Cependant, l’achat responsable ou le boycott des produits dont les augmentations de prix sont abusives et injustifiées constituent également une pratique qui, dans la mesure du possible, peut contribuer à inverser la tendance et à exercer une pression, même relative, en faveur d’une réduction des prix. Décryptage.

Les paramètres évoqués ci-dessus sont ce que les économistes qualifient de déterminants classiques des prix. Mais Monsieur Tout-le-Monde, ce bon père de famille qu’il est, n’est pas nécessairement à l’aise avec les chiffres ni avec le vocabulaire technique des théories économiques. Pour lui, la conjoncture ne se lit pas dans les indicateurs macroéconomiques : elle se mesure au contenu de son couffin, plein ou vide.

De son côté, l’État, à travers ses services compétents, mène des croisades sans répit contre les spéculateurs et contre les circuits d’appauvrissement, afin de les tarir à la source. Mais en attendant la réalisation des objectifs fixés par le gouvernement, à savoir la stabilité des prix, une baisse notable de l’inflation et l’abondance des produits de première nécessité pour mettre fin à la pénurie, rappelons que ces objectifs sont atteignables et que le gouvernement s’emploie à les concrétiser.

En attendant, le citoyen dispose d’une seule arme qu’il se doit d’utiliser sans hésitation, à savoir l’achat responsable et le boycott, deux outils redoutables face aux pratiques commerciales déloyales et face à la cherté de la vie. Les expériences comparatives nous en apprennent beaucoup, et les exemples suivants en témoignent.

Le précédent marocain de 2018 reste la référence la plus documentée dans le monde arabe en matière de boycott citoyen motivé par la cherté de la vie. Lancé le 20 avril 2018 sur les réseaux sociaux sous le nom “Moukatioun”, le mouvement a visé trois marques accusées de pratiquer des prix excessifs : les stations-service Afriquia, l’eau minérale Sidi Ali et les produits laitiers Centrale Danone.

Les résultats ont été rapides et chiffrés : Centrale Danone a enregistré une chute de 40 % de son chiffre d’affaires au deuxième trimestre 2018, tandis que Sidi Ali perdait 88 % de ses ventes sur le premier semestre. Pour Transparency Maroc, ce succès traduit autant une prise de conscience citoyenne qu’un malaise profond face à une économie jugée minée par la rente et les conflits d’intérêts.

Le cas jordanien de 2023-2024 constitue un autre précédent marquant, bien que d’origine politique. Lancée en octobre 2023, la campagne de boycott a provoqué une chute des ventes de Carrefour de plus de 75 %, contraignant le groupe émirati Majid Al Futtaim, détenteur de la franchise dans la région, à fermer ses 51 magasins jordaniens le 4 novembre 2024. McDonald’s a connu le même sort, annonçant à son tour son retrait du pays. Au-delà du retrait des enseignes étrangères, le boycott a produit un effet économique local notable : selon le Centre d’études stratégiques de l’Université de Jordanie, 95 % des participants se sont réorientés vers les produits locaux.

Revenons à présent à notre pays. La pratique de l’achat responsable et du boycott des produits dont les prix sont excessifs n’est pas encore ancrée comme elle le devrait. Un constat s’impose : seule l’organisation de défense des consommateurs a appelé au boycott à maintes reprises, notamment en mai 2022, lors du boycott des viandes de volailles, après avoir reçu de nombreuses plaintes de consommateurs de plusieurs régions, à un moment où le ministère du Commerce avait fixé les prix de vente des volailles en abattoir à 6 300 millimes le kilo et à 7 250 millimes pour les consommateurs.

Pour l’escalope de dinde, le prix de vente avait été fixé à 10 500 millimes le kilo, et celui destiné au grand public à 12 dinars. Dans le même contexte, le président de l’Organisation tunisienne de l’orientation des consommateurs (OTIC), Lotfi Riahi, a récemment estimé que le boycott est une arme efficace contre la hausse vertigineuse des prix, tout en appelant au boycott des viandes rouges et des bananes.

Cependant, tous ces appels tombent dans l’oreille d’un sourd : l’idée de boycott et d’achat responsable n’a pas encore pénétré les esprits des consommateurs pour se transformer en une arme redoutable. Le constat est sans appel : le boycott des produits dont les prix sont excessifs ne fait pas partie des pratiques des Tunisiens.

Faudrait-il peut-être former une nouvelle génération à la consommation responsable ? Faudrait-il consacrer un cours, dans le cadre des séances d’éducation civique au lycée, à cette thématique ?

 

Auteur

S. M.

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