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Hausse des braquages et violences scolaires : Deux projets de loi examinés pour renforcer les sanctions et protéger les enseignants

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  • 18 mars 18:30
  • 6 min de lecture
Hausse des braquages et violences scolaires : Deux projets de loi examinés pour renforcer les sanctions et protéger les enseignants

Face à la hausse des braquages et des violences contre le personnel éducatif, la Commission de la législation générale a examiné le 6 mars 2026 deux propositions de loi visant à renforcer les sanctions et mieux protéger les enseignants.

La Presse — La Commission de la législation générale a tenu, le 6 mars 2026, une séance d’audition avec des représentants du ministère de la Justice consacrée à l’examen de deux propositions de loi. La première portant sur la révision de certaines dispositions du Code pénal relatives aux vols avec violence, communément appelés «braquages», et la seconde visant à réprimer les agressions contre le personnel éducatif.

La proposition de ces deux projets de loi intervient dans un contexte marqué par une hausse des actes de violence, dont une part importante est souvent associée à la consommation de produits psychotropes. Cette situation a suscité une vive indignation dans l’opinion publique et ravivé les appels au durcissement du cadre légal afin de mieux lutter contre certaines formes de criminalité.

Les statistiques du ministère de l’Intérieur illustrent l’ampleur du phénomène. Pour l’année 2025, 181 998 affaires judiciaires ont été enregistrées en Tunisie, ayant conduit à 69 164 arrestations, dont 20 289 liées au trafic de stupéfiants. Des chiffres qui donnent un aperçu de l’ampleur de l’activité criminelle et judiciaire dans le pays et alimentent le débat sur la nécessité d’adapter la législation.

15 à 20 ans de prison et amendes majorées pour les vols avec violence

Concernant les vols avec violence, les représentants du ministère de la Justice ont indiqué que certaines dispositions du Code pénal sont désormais dépassées par les évolutions sociales et économiques et nécessitent une révision. La proposition examinée prévoit notamment un durcissement des sanctions, avec une peine minimale portée à 15 ans de prison et un maximum de 20 ans, ainsi qu’une augmentation significative des amendes pour différents types de vols et de détournements. Ils ont toutefois souligné que la modification de ces articles pourrait nécessiter la révision d’autres dispositions du Code pénal afin d’assurer la cohérence de l’ensemble du dispositif.

Les auteurs de la proposition et plusieurs députés ont estimé que la gravité du phénomène exige une réponse ferme de la loi. Selon eux, ces crimes ont de lourdes conséquences, aussi bien pour les victimes que pour l’image du pays auprès des touristes, sans oublier leur impact sur la paix sociale.

Certains parlementaires ont également souligné les limites des textes actuels, évoquant notamment l’application des circonstances atténuantes et les pressions parfois exercées sur les victimes pour les pousser à renoncer à leurs droits.

Le débat a toutefois fait apparaître des divergences. Si certains députés plaident pour supprimer les circonstances atténuantes afin de renforcer l’effet dissuasif des peines, d’autres jugent cette mesure excessive, estimant qu’elle pourrait pénaliser des jeunes primo-délinquants et contribuer à aggraver la surpopulation carcérale.

Agressions contre le personnel éducatif : 357 plaintes déposées par le ministère

La commission a également examiné une proposition de loi visant à réprimer les agressions contre le personnel éducatif, dans un contexte marqué par la montée de la violence au sein des établissements scolaires. Les représentants du ministère de la Justice ont estimé que les dispositions actuelles du Code pénal relatives aux violences contre les fonctionnaires publics peuvent déjà s’appliquer aux enseignants, suggérant éventuellement un renforcement des sanctions prévues par l’article 127.

On signale à ce propos que lors de la plénière du 20 novembre 2025 consacrée au budget du ministère de l’Éducation, Noureddine Nouri, ministre de tutelle, a alerté sur la montée des violences dans les établissements scolaires, en particulier celles visant le personnel éducatif.

Le ministre avait précisé à cette occasion que les agressions contre les enseignants et cadres éducatifs représentent aujourd’hui une priorité pour le ministère. Selon ses chiffres, 357 plaintes ont été déposées, la plupart concernant des agressions contre le personnel éducatif, témoignant de la volonté des autorités de protéger leurs équipes et de lutter contre l’impunité.

Plusieurs membres de la commission ont néanmoins souligné que cette initiative législative répond à un phénomène préoccupant qui affecte la communauté éducative et porte atteinte à la qualité de l’enseignement ainsi qu’à la réputation de l’institution scolaire. Si certains députés ont rappelé que plusieurs législations étrangères prévoient des dispositions spécifiques pour protéger les enseignants, d’autres ont exprimé des réserves, estimant que l’adoption d’un régime particulier pourrait contrevenir au principe d’égalité entre les professions et ouvrir la voie à des revendications similaires dans d’autres secteurs.

Au terme des échanges, plusieurs députés ont insisté sur la nécessité d’adopter une approche globale pour traiter la question de la violence en milieu scolaire, à travers un cadre juridique clair tenant compte des spécificités de l’espace éducatif et intégrant des mécanismes modernes de prévention et de résolution des conflits, afin de restaurer l’autorité et le prestige de l’institution éducative.

En définitive, ces deux initiatives législatives traduisent l’inquiétude grandissante suscitée par la montée de la violence dans la société et jusque dans l’enceinte des écoles. Derrière les chiffres et les débats juridiques, ce sont des citoyens, des enseignants et des élèves qui aspirent avant tout à plus de sécurité et de sérénité dans leur quotidien. Si le renforcement des sanctions peut constituer un signal fort, plusieurs voix rappellent qu’aucune loi, à elle seule, ne saurait venir à bout d’un phénomène aussi complexe.

Prévention, encadrement des jeunes et restauration du respect de l’institution scolaire demeurent tout aussi essentiels pour reconstruire un climat de confiance et protéger durablement ceux qui font vivre l’école et la société. Mais au-delà des lois et des sanctions, la responsabilité des parents demeure essentielle. L’éducation commence d’abord au sein de la famille, appelée à transmettre aux enfants les valeurs de respect, de discipline et de civisme. Car, comme le rappelle l’adage, la famille reste la première école de la vie.

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Auteur

Samir DRIDI

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