A l’ère de l’immatériel, la digitalisation s’impose comme un puissant levier de transformation, facilitant l’accès à l’information et aux services publics.
Cadre réglementaire adapté, solutions technologiques innovantes et dispositifs de paiement performants constituent désormais les piliers indispensables pour accélérer une digitalisation encore nécessaire au renforcement de l’inclusion financière en Tunisie.
La Presse — La vague de digitalisation est venue imprimer un nouveau rythme au processus de l’inclusion financière en Tunisie. Elle a ainsi enclenché une nouvelle dynamique pour assurer à moindre coût un accès équitable à tous les produits et services financiers.
La digitalisation aujourd’hui est perçue comme un accélérateur d’accès aux services financiers.
Elle est aussi une piste prometteuse et solide pour pallier la faible pénétration des services financiers auprès des populations non bancarisées.
Une opportunité pour la Tunisie
L’inclusion financière constitue un levier stratégique pour renforcer la résilience économique et sociale, tout en offrant aux institutions financières et aux acteurs du marketing des opportunités d’innovation et de développement.
La Tunisie fait face à un double défi : accélérer l’inclusion financière d’une large partie de sa population et mobiliser les ressources intérieures nécessaires au financement de son économie.
« En 2021, seuls 36 % des Tunisiens possédaient un compte bancaire formel, laissant la majorité de la population en marge des services financiers traditionnels », d’après une analyse élaborée par l’association des économistes tunisiens, baptisée « Tunisie Digitale 2030 : vers une inclusion financière universelle ».
A l’échelle du continent, près de 60 % des Africains n’ont pas accès aux services bancaires classiques. Cependant, « plusieurs pays ont choisi de sauter directement vers la digitalisation financière avancée, contournant les étapes de la transition bancaire classique. Grâce à des solutions, telles que le paiement mobile, les néo-banques, les portefeuilles électroniques et le paiement par QR code, ils ont pu élargir rapidement l’accès aux services financiers.
Ce saut technologique offre à la Tunisie l’opportunité de combler son retard en matière d’inclusion tout en stimulant sa croissance économique de manière endogène », précise l’économiste Chedlia Farhat, auteur de l’analyse.
L’adoption massive du «mobile banking» et des fintechs « peut non seulement garantir à tous des transactions sûres et accessibles, mais aussi canaliser l’épargne informelle vers le circuit économique formel ».
La même source indique que depuis une décennie, la bancarisation en Tunisie stagne : le taux de 36 % enregistré en 2021 contraste avec plus de 70 % au Maroc et en Égypte. « Ce fossé prive une grande partie des jeunes, des femmes et des ménages d’opportunités de crédit, d’épargne et d’assurance et il pèse encore plus lourd dans les zones rurales ».
Mais avec la mise en place d’une infrastructure digitale solide tel le réseau 4G couvrant 95% du territoire, et la possession de 80 % des Tunisiens d’un smartphone ou un téléphone mobile, une base solide s’est constituée pour réussir la transformation numérique du secteur financier. Selon les indicateurs, 368 595 portefeuilles mobiles actifs étaient recensés en 2024 en Tunisie.
Néanmoins, « ce niveau reste faible au regard de la pénétration mobile et montre que le sujet n’est pas uniquement technique : il s’agit surtout d’usages, de confiance et d’accès », ajoute l’économiste.Selon ses dires, une adoption forte de numérisation ne « formalise » pas tout du jour au lendemain.
Dans les premières années, « le mobile money sert beaucoup au secteur informel (petit commerce, transport, services) parce que c’est là que le cash circule. Le gain public vient ensuite : quand les flux basculent du cash vers des rails digitaux, on gagne progressivement en traçabilité (preuve de paiement, horodatage, historique), on réduit les coûts de transaction et on améliore la transparence ».
La Banque mondiale souligne, en l’occurrence, que la digitalisation des paiements publics peut réduire les coûts administratifs et les « fuites », c’est‑à‑dire les paiements qui n’atteignent pas les bénéficiaires.
Tendances encourageantes
La Tunisie accuse un retard dans l’adoption des solutions de finance digitale. Le paiement mobile reste encore « embryonnaire », mais « les tendances récentes sont encourageantes ».
Dans son analyse, l’économiste précise qu’en 2024, la Banque centrale de Tunisie (BCT) a rapporté 5,1 millions de transactions effectuées via des porte-monnaies électroniques, pour une valeur totale de 1.394 millions de dinars, en hausse de +21,4 % par rapport à 2023. Le nombre de portefeuilles mobiles actifs a progressé pour atteindre 368.595 comptes, gérés par 15 prestataires de paiement.
Ces chiffres, bien que modestes à l’échelle nationale (environ 3 % de la population tunisienne), « traduisent le début d’une transition réelle. Plus largement, l’ensemble des transactions électroniques — cartes bancaires, paiements en ligne et paiements mobiles — a atteint 27,9 milliards de dinars en 2024, soit une croissance de 10,6 % sur un an ».
Le marché tunisien se trouve ainsi à l’aube d’une accélération de sa digitalisation financière, soutenue par l’essor des fintechs locales et la volonté des autorités de moderniser les paiements.
Adopter une stratégie nationale de mobile money permettrait d’accélérer fortement cette dynamique naissante.
La BCT et le secteur financier pourront tirer parti des données générées par les transactions électroniques pour améliorer la supervision financière et affiner la politique monétaire, grâce à une visibilité accrue de l’activité économique en temps réel.
Sur le plan international, « la Tunisie gagnerait à s’intégrer pleinement aux réseaux de paiements panafricains et à faciliter les transferts de la diaspora vers les portefeuilles électroniques locaux, ce qui contribuerait à accroître les flux de devises entrantes et à renforcer les réserves du pays ».
Enfin, il est impératif « d’institutionnaliser les progrès réalisés en intégrant l’accélération de la transition vers la finance digitale dans la stratégie nationale de développement.
Cette démarche pourrait consister à fixer des objectifs officiels de réduction de l’utilisation du cash et à mesurer chaque année l’impact du mobile money sur le PIB et sur l’inclusion financière ».
Pour la Tunisie, l’objectif est de réduire la dépendance au cash, rendre les paiements plus pratiques et capter progressivement des flux aujourd’hui peu tracés.
« Cela contribue à lutter contre certaines formes d’informalité, à améliorer la transparence et à faciliter l’accès au crédit ».



