Éducation financière : Transformer le savoir en pouvoir économique
Dans un contexte économique en mutation, marqué notamment par des pressions sur le pouvoir d’achat, l’éducation financière gagne en importance en Tunisie. Pour Helmi Bouabsa, expert bancaire, le renforcement des connaissances financières constitue un levier utile pour accompagner les ménages dans la gestion de leurs ressources, favoriser l’inclusion financière et contribuer, à terme, à une dynamique économique plus équilibrée.
La Presse — Dans un environnement actuel en Tunisie, marqué par une inflation persistante et une pression croissante sur le pouvoir d’achat, l’éducation financière ne peut plus être considérée comme un simple sujet pédagogique. Elle s’impose désormais comme un véritable levier de résilience pour les ménages et, plus largement, pour l’économie tunisienne. Helmi Bouabsa, expert bancaire, formateur professionnel et conférencier, a déclaré que le renforcement des connaissances financières constitue aujourd’hui un outil essentiel pour aider les citoyens à mieux gérer leurs ressources et à faire face aux incertitudes économiques.
Une montée du cash révélatrice des comportements financiers
L’augmentation importante du recours au cash en constitue d’ailleurs une illustration révélatrice. Selon les dernières données disponibles, les billets et monnaies en circulation ont atteint près de 27,8 milliards de dinars en mars 2026, soit une hausse d’environ 19,6 % sur un an. Cette évolution reflète à la fois une certaine méfiance vis-à-vis du système financier formel et une gestion budgétaire souvent centrée sur le très court terme. A ce propos, Helmi Bouabsa souligne que cette tendance met en évidence l’importance de développer une véritable culture financière afin de rétablir la confiance et d’encourager l’utilisation d’outils financiers plus structurés.
Dans ce contexte, renforcer l’éducation financière peut contribuer concrètement à l’inclusion financière à travers plusieurs mécanismes. Comme l’explique Bouabsa, le premier levier consiste à améliorer la gestion du budget des ménages. Lorsqu’une personne dispose de bases solides en matière de finances personnelles, elle peut passer d’une gestion quotidienne souvent subie à une approche plus anticipative.
Comprendre des notions simples, telles que le taux d’intérêt ou le coût d’opportunité, permet par exemple de mieux arbitrer entre consommation immédiate et constitution d’une épargne de précaution.
Le deuxième levier concerne le rapprochement des citoyens avec le système bancaire. Aujourd’hui, près de 40 % des Tunisiens adultes restent en dehors du système financier formel. Une meilleure compréhension des services bancaires pourrait réduire cette distance. Selon l’expert bancaire, la banque ne doit plus être perçue uniquement comme un lieu générant des frais, mais plutôt comme un outil permettant de financer des projets, de sécuriser l’épargne et d’accompagner les ménages dans leurs décisions financières.
Un troisième aspect essentiel réside dans la prévention des situations de surendettement. Face aux difficultés d’accès au financement, certains ménages se tournent vers des circuits informels ou contractent des crédits à la consommation mal adaptés à leur situation.
L’éducation financière permet justement d’apprendre à évaluer sa capacité d’endettement et à distinguer entre une dette utile, qui finance un projet ou un investissement, et une dette qui peut fragiliser durablement l’équilibre budgétaire d’un foyer. Helmi Bouabsa insiste d’ailleurs sur le fait que la maîtrise de ces notions constitue un facteur clé de stabilité financière pour les ménages.
Une responsabilité partagée entre les acteurs
Pour autant, la diffusion d’une véritable culture financière ne peut reposer sur l’action d’un seul acteur. D’après l’expert, il s’agit d’un travail collectif qui doit mobiliser à la fois les autorités de régulation, les institutions bancaires et le système éducatif.
Dans cette perspective, les banques ont un rôle central à jouer. Aujourd’hui, elles ne peuvent plus se limiter à la commercialisation de produits financiers ; elles doivent également accompagner et conseiller leurs clients. Cela passe notamment par une plus grande transparence sur les tarifs, mais aussi par des parcours digitaux plus simples et plus accessibles. L’expert bancaire observe d’ailleurs des signaux encourageants dans ce domaine. Les chiffres montrent une progression notable de l’utilisation des canaux numériques. En 2025, le paiement mobile a connu une forte expansion, avec une hausse de 81 % des transactions par rapport à 2024, ce qui témoigne d’une ouverture croissante des Tunisiens aux solutions modernes de paiement.
Dans ce contexte, les banques pourraient capitaliser davantage sur cette dynamique en intégrant dans leurs applications mobiles des outils de gestion budgétaire et de suivi des finances personnelles. Ces solutions permettraient aux clients de mieux suivre leurs dépenses, d’optimiser leur épargne et de planifier leurs projets financiers.
Le rôle structurant des institutions publiques
Parallèlement, les institutions publiques jouent également un rôle structurant. La Banque Centrale de Tunisie et l’Observatoire de l’Inclusion financière disposent d’une position stratégique pour impulser une vision globale. La mise en place d’une véritable stratégie nationale d’éducation financière constituerait ainsi une étape importante. Celle-ci pourrait notamment se traduire par des campagnes de sensibilisation à grande échelle sur l’utilisation des paiements électroniques, la gestion budgétaire ou encore la protection des consommateurs face aux produits financiers. L’objectif serait également de renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions financières.
Enfin, le rôle du système éducatif demeure déterminant. À long terme, l’éducation financière devrait être introduite dès le parcours scolaire. L’intégration de notions simples de finance personnelle au lycée pourrait avoir un impact considérable. Apprendre à lire une fiche de paie, comprendre un contrat d’assurance ou encore gérer une épargne destinée à un projet sont autant de compétences pratiques qui peuvent influencer durablement les décisions économiques des futurs adultes.
Au fond, l’idée est simple : l’inclusion financière commence sur les bancs de l’école. Un citoyen qui comprend mieux les mécanismes de l’argent prend généralement de meilleures décisions économiques, ce qui contribue également à la stabilité et au développement du pays.
En définitive, lorsque les ménages comprennent mieux les mécanismes de l’argent et les outils financiers disponibles, c’est l’ensemble du tissu économique qui en bénéficie : davantage d’épargne formelle, plus d’investissements productifs et un entrepreneuriat plus solide. Pour Helmi Bouabsa, il s’agit là d’un enjeu stratégique : transformer le capital humain en un véritable moteur de croissance et de développement pour l’économie nationale.



