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Un conflit à 3 000 kilomètres, des répercussions à domicile : ce que la guerre coûtera vraiment à la Tunisie

  • 19 mars 20:56
  • 5 min de lecture
Un conflit à 3 000 kilomètres, des répercussions à domicile : ce que la guerre coûtera vraiment à la Tunisie

Face à la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, l’IACE a publié le 19 mars 2026 une analyse en trois scénarios des risques qui pèsent sur les grands équilibres de l’économie tunisienne : subventions, inflation, croissance et balance des paiements.

La Loi de Finances 2026 a été construite sur une hypothèse de prix du baril de pétrole à 63,3 dollars, pour un montant de subventions énergétiques estimé à 4 993 millions de dinars tunisiens (MDT).

Dans le scénario d’une escalade régionale majeure, avec un baril à 100 dollars, ce montant bondirait à 10 850 MDT. En cas de fermeture du détroit d’Ormuz et de choc pétrolier, à un prix dépassant 120 dollars le baril, la facture dépasserait 12 000 MDT. Seul un cessez-le-feu permettrait de la contenir autour de 7 200 MDT, pour un baril stabilisé à 80 dollars.

Le rapport précise que chaque dollar supplémentaire sur le prix du baril entraîne une hausse des dépenses de subvention de 164 MDT, et que chaque augmentation de 10 millimes du taux de change du dollar génère 43 MDT de charges supplémentaires.

Ces sensibilités budgétaires sont d’autant plus critiques que le déficit énergétique tunisien atteignait déjà 11,2 milliards de dinars en 2025, soit 6,5 % du PIB, et que les subventions énergétiques représentent 7,5 % du budget total de l’État.

Une croissance fortement révisée à la baisse

Sur le plan macroéconomique, les projections de croissance du PIB pour 2026 sont significativement dégradées selon les scénarios. Les prévisions établies avant le conflit tablaient sur une croissance de 3,3 %.

En cas d’escalade régionale, elle tomberait à 2,3 %. Le scénario de fermeture d’Ormuz la ramènerait à 1,9 %. Un cessez-le-feu limiterait le recul à 2,6 %.

Le rapport identifie la demande extérieure comme principal canal de transmission. Les secteurs du textile, de l’habillement et du cuir, ainsi que les industries mécaniques et électriques, sont fortement corrélés à la demande des pays européens.

Une révision à la baisse de la croissance dans la zone euro affecterait directement leurs performances. Le tourisme constitue un second vecteur de fragilité, les touristes européens représentant environ 30 % du total des visiteurs en 2025.

L’inflation orientée à la hausse dans tous les scénarios

L’indice des prix à la consommation serait affecté dans l’ensemble des hypothèses envisagées. Estimée à 5,5 % en l’absence de conflit, l’inflation atteindrait 6,1 % dans le scénario d’escalade régionale, 6,5 % en cas de choc pétrolier majeur et se stabiliserait à 5,8 % dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu.

L’IACE souligne que ces estimations ne prennent pas en compte l’impact potentiel d’une dépréciation du taux de change, qui constituerait un canal de transmission supplémentaire via le renchérissement des importations.

Le rapport pointe également la dynamique des engrais : 30 % des exportations mondiales d’ammoniac et de soufre transitent par le détroit d’Ormuz, une perturbation de ces flux se répercutant directement sur les coûts agricoles et, en régime de prix libres, sur les prix à la consommation.

Une balance des paiements sous pression accrue

La facture énergétique importée, estimée à 13 980 MDT dans les prévisions d’avant-guerre, grimperait à 18 640 MDT dans le scénario d’escalade et à 20 420 MDT en cas de choc pétrolier.

Elle resterait à 15 910 MDT dans l’hypothèse d’un cessez-le-feu. Le rapport rappelle que 98 % du commerce extérieur tunisien transite par voie maritime, ce qui rend l’économie particulièrement exposée à une hausse des coûts de fret et aux perturbations logistiques.

Les recettes touristiques passeraient de 8 520 MDT dans les prévisions initiales à 8 260 MDT en cas d’escalade et à 8 085 MDT dans le scénario le plus sévère, contre 8 690 MDT en cas de cessez-le-feu.

Les transferts des Tunisiens résidents à l’étranger, estimés à 9 200 MDT avant le conflit, seraient légèrement affectés dans les deux premiers scénarios, avec des projections respectives de 9 025 MDT et 9 290 MDT. La communauté tunisienne dans les pays du Golfe est estimée à environ 150 000 personnes.

Un système financier exposé au risque de crédit

Le rapport identifie enfin un risque de dégradation de la qualité des actifs bancaires. Le ralentissement économique combiné au durcissement des conditions financières pourrait affecter la capacité de remboursement des entreprises, en particulier les PME et les acteurs des secteurs les plus vulnérables.

Les entreprises publiques opérant dans l’énergie et le transport aérien sont spécifiquement citées, la STEG et la STIR bénéficiant respectivement de subventions de 1 855 MDT et 3 138 MDT tout en accumulant des arriérés importants.

L’IACE situe ces projections dans un contexte de finances publiques préexistant sous tension. Le budget 2026 affiche un déficit primaire de 3 807 MDT, soit 2 % du PIB, et repose sur des besoins de financement élevés incluant un financement exceptionnel de la Banque Centrale de Tunisie à hauteur de 11 milliards de dinars.

Le rapport met en garde contre un recours excessif au financement monétaire qui accentuerait les pressions inflationnistes, et préconise une stratégie de financement diversifiée ainsi qu’une hiérarchisation rigoureuse des dépenses publiques.

 

Auteur

S. M.

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