Entre mythe et légende urbaine : Qui a inventé la charmoula, ce mets festif ?
Il y a des mets dont la préparation est toujours liée à des fêtes religieuses. C’est le cas de la mloukhiya, du couscous et surtout de la fameuse charmoula dans la région de Sfax (au Centre-est de la Tunisie) et sur l’île des Rêves (Djerba).
Alors, quelle est l’origine de ce plat salé, combinant un ragoût fait de raisins secs et d’oignons avec du poisson séché?
La Presse —En effet, le premier jour du Aïd el-fitr, après un mois de jeûne et de piété, le déjeuner familial chez les Sfaxiens et les Djerbiens se compose essentiellement de «Charmoula», orthographiée aussi «Chermoula», accompagnée de «Hout emellah» (qui signifie poisson salé), tel que : le mérou, le mulet ou la morue («Baccalà», une nomenclature empruntée aux Italiens).
Or, d’après une légende urbaine, l’origine du mot «Charmoula» serait probablement liée à l’association des mots «Charles» et «Moula». Cette hypothèse rejoint une autre légende, prenant racine dans les côtes méditerranéennes de l’Asie Mineure et attribuant l’invention de ce mets salé à un certain Károlos Moulas : un marin grec dont l’embarcation aurait échoué sur les rivages de la Turquie, suite à une tempête dans la mer Égée.
Dernier survivant et affamé, Károlos (l’équivalent du prénom Charles chez les Francophones ou les Anglophones, Ndlr) se servit des raisins asséchés retrouvés dans l’épave de son bateau et de quelques oignons pour préparer une sorte de purée. Le mélange fut a priori convainquant. La «Charmoula» est née !
Et pour apporter un peu de protéines à son plat, le matelot naufragé n’eut pas d’autre choix que d’accompagner sa création culinaire de poisson séché. La consistance du plat fit fureur dans l’Anatolie.
Et c’est grâce aux bateaux commerciaux que ce mets finit par accoster sur les rivages tunisiens, notamment à Sfax et à Djerba, pour devenir un plat incontournable du Aïd el-fitr. Depuis, les Sfaxiens et les Djerbiens l’adoptèrent en lui apportant leurs propres touches et déclinaisons.
Entre mythe et réalité, cette légende méditerranéenne apporte à ce plat un peu de folklore sympathique autour de ce personnage de Károlos Moulas, alias «Charles» Moula, fort probablement fruit de l’imaginaire populaire.
D’ailleurs, ce plat typiquement maghrébin fait partie aussi des traditions gastronomiques de nos voisins algériens et marocains.
Enfin, certains spécialistes de l’histoire culinaire soutiennent l’hypothèse d’une origine berbère ou romaine, voire juive ! À chacun sa version de l’histoire…



