Flambée des cours du pétrole, tensions géopolitiques persistantes et incertitudes sur les flux énergétiques mondiaux : la crise actuelle autour du détroit d’Ormuz ravive le spectre d’un choc pétrolier durable.
Si les mesures d’urgence ont permis d’éviter une envolée incontrôlée des prix, la volatilité des marchés et l’absence de perspectives claires d’apaisement continuent d’alimenter les inquiétudes quant à leurs répercussions sur l’économie mondiale et leur durée.
La Presse — A défaut d’un règlement rapide de la guerre en Iran, les cours du Brent continuent de fluctuer, avec une stabilisation relative cette semaine autour de 100 dollars, un niveau encore loin du pic des 149 dollars enregistré en 2008, mais qui inquiète les marchés s’il s’inscrit dans la durée.
En effet, après une hausse rapide frôlant les 120 dollars le baril, la semaine dernière, les cours sont retombés suite notamment au déblocage de 400 millions de barils des stocks stratégiques par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Une situation assez compliquée
Selon une déclaration vidéo de son directeur, Fatih Birol, l’AIE dispose encore d’un stock de 1,4 milliard de barils dans lequel il est encore possible de puiser pour soutenir l’offre et éviter un choc pétrolier.
Mais la question qui continue toujours d’inquiéter les opérateurs s’articule sur la durée que l’agence pourrait couvrir, surtout en l’absence sur le terrain de prémices d’un apaisement du conflit.
Un apaisement relatif a été également observé suite à la reprise en partie des exportations irakiennes à travers un oléoduc menant à un port turc, après un accord avec la région autonome kurde au nord du pays.
Le détroit d’Ormuz, qui attire toute l’attention, continue d’être interdit aux expéditions de pétrole et de gaz pour les navires américains, israéliens et ceux de leurs alliés, malgré les efforts visant à débloquer la situation, entre autres, par une option militaire.
Selon l’Organisation maritime internationale (OMI), pas moins de 3.200 navires et 20 mille marins sont encore bloqués dans le Golfe, dans l’attente des décisions d’une réunion de crise, les 18 et 19 mars courant à Londres, sur leur éventuelle évacuation, ou leur réapprovisionnement, peu probable en l’absence d’une sécurisation totale de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz.
Entre-temps, les prix à la pompe ont déjà augmenté de 24 % aux Etats-Unis, alors qu’en Europe le seuil de 2 euros le litre de gasoil a été déjà dépassé dans certains pays, affectant considérablement le pouvoir d’achat des ménages et les coûts de production des entreprises.
Ils tirent déjà profit des perturbations… !
Au fait, même si globalement, cette hausse des cours aura des conséquences négatives sur l’inflation et la croissance mondiale, tout comme sur les coûts de production et des assurances, les incidences de la hausse des prix du carburant n’affectent pas tous les pays de la même façon.
Les pays producteurs, excepté les alliés des Etats-Unis dans le Golfe, ont déjà commencé à tirer pleinement profit de cette perturbation. L’Iran, par exemple, qui est partie prenante dans le conflit, récolte pas moins de 140 millions de dollars par jour grâce à la flambée des prix. La Russie se présente comme alternative du manque d’approvisionnement mondial en gaz, malgré les sanctions dont elle fait l’objet en raison de sa guerre contre l’Ukraine.
Ce sont les pays importateurs nets d’hydrocarbures qui en souffrent le plus, augmentant les risques de récession.
Il est à noter, par ailleurs, que le monde entier ne dépend pas de l’approvisionnement en provenance des pays du Golfe, ce qui rend le déficit d’environ 20% des hydrocarbures mondiaux qui transitaient par le détroit d’Ormuz potentiellement compensables moyennant d’autres sources en Amériques, en Afrique, ou encore en mer du Nord.
Même les marchés financiers, qui avaient d’abord subi une certaine « nervosité » en lien avec le conflit au Moyen-Orient, sont repassés au vert mercredi 18 mars, avec des variations positives depuis l’Asie jusqu’aux Amériques.
L’on s’accorde à dire, pour autant, que rien ne vaut un retour à la normale pour revenir aux niveaux de février dernier.
Une question préoccupe toutefois tous les esprits, combien de temps durera ce conflit et, partant, les perturbations liées aux flux pétroliers par le détroit d’Ormuz ?



