Présentation du livre « Me habitech » à l’Agora : Un nouveau chemin littéraire pour Khaled Houissa
Si le public l’a connu à travers de nombreux rôles au cinéma et à la télé ainsi que par son monodrame « Le quatrième pouvoir », c’est un nouveau talent qu’on vient de lui découvrir.
La Presse — L’acteur Khaled Houissa vient de présenter, le 12 mars à la salle l’Agora, son premier ouvrage « Me Habitech », publié chez Hkeyet Editions. Si le public l’a connu à travers de nombreux rôles au cinéma et à la télé ainsi que par son monodrame « Le quatrième pouvoir », c’est un nouveau talent qu’on lui a découvert dans cette rencontre modérée par la journaliste et écrivaine Nesrine Ben Khadija. L’événement s’est tenu dans une salle archicomble et a rassemblé de nombreux journalistes, acteurs et d’autres personnalités de la scène culturelle tunisienne.
« Me habitech » est un texte en dialecte tunisien écrit à la première personne du singulier, dans lequel Khaled Houissa se met dans la peau de Habib Labben. L’auteur a donné libre cours à son imaginaire pour construire ce personnage de célibataire endurci qui, « d’une certaine manière, nous ressemble tous», comme il l’a expliqué. Habib cherche ce qui est nouveau, ce qui lui apporte un élan de vie.
Le récit a transmis avec humour les réflexions du protagoniste, ses failles, ses émotions, ses frustrations… Il y est question de relations de voisinage, du jugement porté sur les femmes, des rituels de célébration et de deuil… Si les personnages sont imaginaires, Khaled Houissa pense qu’il y a en chacun de nous une part de Habib, notamment dans son chaos interne longtemps refoulé.
« Notre histoire se construit depuis l’enfance pour nous accompagner toute la vie et façonner nos relations avec les autres », dixit Khaled Houissa. Le titre « Me habitech » renvoie, selon l’auteur, à la vie, aux conditions que l’homme n’arrive pas à accepter, à tout ce dont il a rêvé et qu’il n’a pas su accomplir. C’est le récit d’une introspection, d’un conflit intérieur vécu par un personnage déchiré entre l’amour et la haine, entre ce qui peut être dit ou tu, ce qu’il peut se permettre de faire ou non.. « La porte de l’imagination demeure grande ouverte, sans chaînes », a souligné Khaled Houissa.
L’acteur, qui a également coécrit le texte de sa pièce « Le quatrième pouvoir », a raconté que son intention initiale était de créer un deuxième monodrame, puis, progressivement, le récit a pris la forme d’un livre. Il est rédigé sur une période de 4 à 6 mois, entrecoupée par un tournage.
Le processus d’écriture l’a mené par moments à se replier sur lui-même. Il a eu recours au papier et au stylo, à l’ancienne, mais notait parfois des passages sur son téléphone quand l’inspiration surgissait. Deux modes qui, selon lui, ont chacun son charme. En achevant son ouvrage, il s’est senti fortement lié à son personnage. « Habib labben m’a accompagné comme s’il y avait un véritable échange entre lui et moi ».
Si l’auteur de « Me habitech » a opté pour le dialecte tunisien, c’est parce qu’il pense qu’il agit comme une langue entière par « son expressivité, sa richesse sémantique et l’importante charge émotionnelle qu’il véhicule ». Un choix approuvé par l’audience, comme il rend le texte plus accessible aux lecteurs, mais expose en même temps les écrivains aux préjugés et aux idées reçues.
De nombreux intervenants parmi le public ont souligné la difficulté d’écrire de manière fluide, maîtrisée et captivante un texte aussi long en dialecte tunisien. Dans ce sens, l’écrivain Abdelaziz Belkhodja a indiqué que l’écriture en dialecte a ce grand avantage d’abolir le décalage entre l’expérience vécue et le registre académique.
Le livre intègre aussi de nombreuses expressions en français que nous utilisons dans nos échanges quotidiens, ce qui lui donne un ton plus spontané et authentique. Une question a été posée par rapport au fait de se mettre des limites en écrivant, comme un éventuel autocontrôle.
Khaled Houissa a affirmé qu’il tient à être fidèle à sa vision, sans autocensure, mais dans le respect du lecteur. Donc, pas d’expressions crues ni choquantes. « Ce n’est pas parce que le texte est en arabe dialectal qu’on peut utiliser un langage de rue. On peut tout dire avec intelligence et de manière artistique pour ne pas offenser les lecteurs ».
Comment la carrière d’acteur, notamment au théâtre, a-t-elle influencé cette aventure littéraire ? Selon Khaled Houissa, un artiste est toujours dans l’observation, porté par sa sensibilité. « J’ai écrit en images, comme si je voyais les personnages en mouvement, les meubles, tout l’univers de Habib Labben. C’est l’inspiration du théâtre qui me guide ». D’ailleurs, ce livre s’inscrit dans un projet artistique plus large.
Un monodrame inspiré de « Me habbitech » suivra, avec une réécriture dramatique.
Selon l’auteur, le texte actuel se lit à voix haute, d’où sa structure fragmentée pour marquer les intonations et les moments de silence, comme au théâtre. « J’ai voulu faire un livre participatif dont l’univers s’impose à nous », a indiqué Khaled Houissa. D’ailleurs, en lisant quelques passages, accompagné d’un luthiste qui a joué en direct, la dimension théâtrale des scènes a été mise en avant, et l’idée d’un livre audio a même été suggérée.
Finalement, pourquoi écrit-il ? « Je n’ai pas d’attentes particulières », a répondu Khaled Houissa. Une réponse saluée par l’audience et considérée par l’un des intervenants comme « une honnêteté intellectuelle et culturelle ». L’auteur de « Me habitech » a indiqué qu’il considère ce livre d’abord comme un cadeau qu’il s’offre à lui-même, mais aussi un moyen d’aller vers un autre public, différent de celui qu’il rencontre en tant qu’acteur, pour un nouvel échange constructif.
Bien qu’il ait tardé à publier un premier ouvrage, Khaled Houissa a affirmé avoir bien d’autres écrits qu’il n’a pas partagés. Cette idée le traverse depuis des années, mais a été pour longtemps un rêve reporté. D’ailleurs, les interventions des membres de sa famille ont été particulièrement émouvantes et applaudies par l’audience.
Son père nous a raconté qu’il a fait des études de commerce en Tunisie avant de partir à Paris pour un master. C’est là qu’il a fait des ateliers de théâtre. A son retour, il leur a annoncé une décision à laquelle ils ne s’attendaient absolument pas : celle de devenir acteur professionnel.
Après une carrière solide, il s’est lancé dans un nouveau défi, celui d’écrire. « Nous croyons qu’il avait définitivement trouvé sa voie, mais le voilà qui continue à explorer de nouvelles pistes », poursuit le père. Les deux fils de Khaled Houissa ont également exprimé au micro toute leur admiration et leur soutien envers leur papa, l’encourageant inconditionnellement pour mener à bien ses ambitions.
En plus de l’aspect purement littéraire et artistique de la présentation de « Me Habitech », il y avait donc des idées inspirantes mises en avant : oser tenter de nouveaux chemins, croire en soi et en ses rêves, aussi tardifs qu’ils soient, et les concrétiser



