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A la une Société

Consommation: Un long, très long chemin à faire

  • 21 mars 19:45
  • 8 min de lecture
Consommation: Un long, très long chemin à faire

Depuis que le monde est monde, dans tous les secteurs — scientifique, technique, industriel, agricole, commercial, sportif, etc. —, la stratégie repose sur l’attaque, la retraite, l’observation et la réaction, c’est-à-dire la contre-attaque.

La Presse — Ramadan, tant bien que mal, a été plié. Le consommateur a trouvé, en général, tout ce dont il avait besoin. Les bonnes dernières saisons pluvieuses et appropriées ont permis à nos terres de tout nous donner. Les fruits en abondance, les légumes à satiété ont garni les tables.

Mais à quel prix?

C’est la première question que l’on se posera au lendemain du bilan.

En le consommateur, en dépit de tous les efforts fournis par les systèmes de contrôle mis en place, a été tout simplement déplumé.

La preuve, un coup d’œil sur les marchés et l’on pourra se rendre compte de ce qui s’est passé à l’issue de ce mois de Ramadan. Les légumes ont plongé. En plein Ramadan, de grosses quantités ont été littéralement retirées de la vente et celles mises sur le marché s’effectuaient au compte gouttes. A titre d’exemple, les petits pois se sont figés à six dinars et six dinars cinq cents.

Les artichauts ont vu leur prix bloqué à deux dinars cinq cents et plus. Les fraises se sont vendues à dix-douze dinars, etc.

A partir de  vendredi, sont apparus ces légumes avec des fanes à moitié pourris,  des  cosses  de petits pois qui tournent vers le jaune et des fèves vendues à deux dinars cinq cents ont dégringolé à moitié prix, toutes noires, des fraises qui tournaient vers le brun, ce qui prouve qu’on les a cueillis et retirés du marché pour amoindrir l’offre et faire monter les enchères.

Seules les dattes, dont on a organisé la vente, ont échappé à ces entourloupettes.

Une mode dépassée

Dans ces mêmes colonnes, nous avons soutenu qu’il fallait absolument revoir nos services de contrôle, nos moyens et modes de distribution, les espaces où se déroulent les échanges, la traçabilité des produits mis en vente.

Bien entendu, il ne s’agit nullement de reprocher quoi que ce soit aux services de contrôle. Les milliers de visites et de procès-verbaux et de sanctions sont là pour prouver que ces hommes et ces femmes (qui observent le jeûne) ont fait le maximum pour assainir les échanges entre consommateurs et producteurs. Un travail sur le terrain, humain qui a des limites.

Cela n’a pas suffi et en dépit de toute la bonne volonté déployée, on n’arrivera jamais à mettre un terme à cette spéculation qui possède sa stratégie, ses repères, ses réseaux, ses points d’attache, des hommes rompus aux manœuvres et au camouflage.

Toute cette organisation a régulièrement un temps d’avance sur les contrôles.

Les marchandises qu’elle lance sur le marché sont soigneusement contrôlées et sont assez suffisantes pour ne pas provoquer l’émoi du consommateur qui, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, a acheté. Quitte à se plaindre, s’endetter et se résigner à souffrir des mois après Ramadan. N’oublions pas en effet, que Ramadan bouclé, l’Aïd El Kébir est là en attendant le Mouled deux mois après, lequel cédera la place à la rentrée scolaire.

Comment reprendre la situation en main?

Etre convaincu tout d’abord que nous ne sommes plus à l’époque du petit carnet acheté à quinze millimes, sur lequel on note au crayon les entrées et les sorties des produits et de la marchandise reçue et que nous sommes bien au 21e siècle, l’ère de l’informatique et des moyens de communication modernes.

Ne pas avoir de complexes

Ensuite et tout simplement en corrigeant nos défauts, en copiant ce que des pays, qui ont vécu à une certaine époque les mêmes problèmes que nous, des pays plus avancés ont fait. Il faut poser des questions, ne pas avoir de complexes en apprenant ce qui nous échappe, adapter et adopter de nouvelles formules, aller au-devant de ceux qui ont des idées, de nouvelles formules pour espérer faire œuvre utile. On ne pourra jamais avancer avec des intervenants noyautés et mis sous l’éteignoir pour des raisons obscures.

Il suffit de se souvenir de ce qu’a révélé le dossier de la société Ellouhoum.

Il faudrait  se souvenir que seuls trois opérateurs tiennent le marché des viandes blanches et que seuls trois abattoirs sur onze sont opérationnels. Faudrait-il à chaque fois qu’intervienne la plus haute autorité de l’Etat pour que ces agissements soient révélés ? On attend d’ailleurs la suite de ces deux dossiers.

Pour commencer, il nous semble qu’il faudrait prendre en main les espaces où évoluent et agissent les spéculateurs.

Est il donc si difficile de décider que les marchés municipaux et les points de vente «Du producteur au consommateur» ouverts seront dorénavant strictement contrôlés de bout en bout par les autorités municipales ?

Est-il si laborieux de mettre un terme à ces livraisons sauvages que l’on enregistre à longueur de journée autour de ces marchés ?

Est-il  si ardu  de refuser l’entrée de toute marchandise non facturée de manière électronique par les marchés de gros?

Personne, sauf ceux qui d’une manière ou une autre contribuent à ces pertes sèches que subit l’économie nationale avec ces centaines et centaines de tonnes de produits, subventionnés ou pas, qu’on est obligé de détruire parce que devenus inconsommables.

Une malnutrition qui menace

A quoi sert toute cette technologie qui est à portée de main et qu’on ignore pour offrir le flanc à la spéculation qui n’attend que ce cadeau du ciel ?

Et la question la plus pertinente et qu’on oublie souvent, le plus souvent à quoi servent toutes les lois, décrets et réglementations qui garnissent les boîtes à archives?

Les archives regorgent de procès-verbaux faisant état du rôle des intermédiaires, de l’omniprésence des spéculateurs dans les secteurs clés.

Dans un pays où les gamins jonglent avec les ordinateurs, où les startups tunisiennes affichent des réussites extraordinaires qui font des jaloux de par le monde, est-il si malaisé de reprendre la situation en main, de remettre de l’ordre, en  mettant un terme à cette impunité qui encourage tous les débordements ?

Indépendamment du renchérissement du coût de la vie imposé, il y a une malnutrition qui menace. Alors que nous produisons tout ce dont nous avons besoin et que nous sommes sur la voie de l’autosuffisance dans bien des domaines, l’appât du gain dans bien des secteurs qui se sentent intouchables met par exemple les laitages et autres denrées essentielles pour nos enfants à des prix dépassant tout entendement. Les yaourts pour une famille coûtent une fortune (on fabrique sept yaourts avec un litre de lait compensé), le raieb a miraculeusement augmenté de deux cents millimes, alors que les fromages sont devenus des produits de luxe.

Tant que les surfaces de vente sont «offertes» à la spéculation et que l’on se cantonne à prendre des dispositions à ranger dans les cartons, le consommateur a encore des jours sombres à vivre. La spéculation, les manipulations auront, elles,  de belles perspectives à exploiter.

Ne parlons pas des tenanciers de cafés, des pâtissiers, des vendeurs de lait non pasteurisé que les autorités sanitaires ont recommandé de ne pas consommer, en raison de la tuberculose qui guette et que l’on continue a acheter malgré des prix ahurissants, des marchands improvisés (qui faussent forcément les prévisions) de makroudh, de zlabia et autres douceurs qui monopolisent le sucre et augmentent excessivement leurs prix, parce que c’est Ramadan, et devant lequel on fait la queue pour se faire étriper, etc.

Bien des services profitent de ce mois de grande consommation et  explosent sans raison.

Mal éduqué et sans volonté

Au point de conclure qu’il y a des spéculateurs, mais aussi un consommateur qui offre le flanc, mal éduqué, sans volonté de se défendre.

Il est pratiquement impossible de tout régenter, plafonner, contrôler. Mais il est possible de mettre de l’ordre et de responsabiliser.

La défense du consommateur  ne se fait pas à coup de longs communiqués, mais conformément à une stratégie où l’éducation repose sur la conviction et les exemples palpables. Il faut des moyens et seul « Docteur Hakim » demeure pour le moment convaincant. En quelques secondes, il distille son message.

La seule fois où on a enregistré une réaction citoyenne, collective, ce fut au marché du poisson à Sfax. Et cela a marché.

Pour finir, il faut absolument instaurer une autre forme de lutte contre cette spéculation, mais en amont il y a des espaces à reconquérir, des privilèges à supprimer, des sanctions fermes à infliger et un consommateur à éduquer. Pour lui-même, pour l’équilibre de sa bourse, pour sa santé.

Il y a du chemin, un long chemin à faire.

Auteur

Kamel GHATTAS

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